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Le discours plus offensif de la Fed soutient le dollar et freine Wall Street

Le discours plus offensif de la Fed soutient le dollar et freine Wall Street

La Fed a relevé ses taux en décembre et prévoit trois nouvelles hausse des taux en 2017. Le discours est plus « faucon » face aux anticipations de croissance et d’inflation. Reste l’inconnue du programme Trump.

C’est fait ! Pour la première fois depuis un an et la deuxième depuis 10 ans, la Fed a augmenté son principal taux directeur d’un quart de point à 0,50-0,75 %. Comme prévu, puisque 100 % des investisseurs sondés attendaient cette décision. Le rally boursier de fin d’année et l’absence de volatilité après les élections américaines et le référendum italien, avaient largement ouvert la porte à une telle décision de la Fed.

Mais plus que la décision, ce qui importait c’était le discours, le ton qui devait accompagner l’annonce de la hausse des taux. Un discours jugé plus « hawkish », plus faucon. La Fed anticipe maintenant 3 hausses de taux en 2017, une de plus que prévu par le marché. Le sondage Reuters effectué jeudi auprès des acteurs du marché obligataire montre d’ailleurs que ceux-ci n’attendent pour l’instant pas plus de deux mouvements de hausse l’an prochain.

Un vote de confiance

L’évolution du taux de chômage, proche du plein emploi, la hausse des anticipations d’inflation et la croissance qui devrait repartir, sont « des facteurs suffisamment favorables pour autoriser un resserrement des conditions monétaires », estime Aurel BGC. « Un vote de confiance dans l’économie américaine » selon la Présidente de la Fed. « Nous anticipons que la nouvelle administration américaine fournira un stimulus budgétaire qui soutiendra l’activité », souligne David Page chez Axa IM, qui n’attend toutefois que 2 hausses des taux en 2017, en « prenant en compte le durcissement plus général des conditions de financement », lié notamment au dollar.

En effet, la devise américaine a repris sa course en avant après l’annonce de la Fed. Il a inscrit un nouveau plus haut depuis janvier 2003 , tombant dans la nuit de mercredi à jeudi à 1,0468 dollar pour un euro, avant de revenir à 1,0503 en fin de matinée. Le Bloomberg Dollar Spot s’apprécie aussi de 0,36 % contre un panier de devises. Il gagne 5,54 % depuis l’élection de Donald Trump. « La première réaction du marché semble indiquer que quelques acteurs du marché ont trouvé la déclaration un peu plus agressive que prévu », notent les analystes d’UBS.

Les 20.000 points du Dow Jones s’éloignent…pour le moment

La hausse du billet vert a aussi comme conséquence de freiner la progression de Wall Street. Le Dow Jones qui gagne plus de 13 % depuis le début de l’année, a terminé en repli de 0,60 % à 19.792 points. Il n’est parvenu à franchir en séance le seuil symbolique, et record, des 20.000 points. La progression du dollar pourrait en effet peser sur les marges des entreprises américaines, déjà soumises pour certaines, à une hausse des pressions salariales. A contrario, la baisse de l’euro profite aux actions européennes, en retard sur Wall Street. L’indice CAC 40 gagne 0,80 % à 4.807 points, alors que l’Euro Stoxx 50 s’adjuge 0,67 %.

Enfin les tensions repartent aussi sur les taux… Le 10 ans américain est à 2,606 %. Il a gagné plus de 80 points de base en un mois, ce qui, en soit, constitue un premier exemple du resserrement des conditions financières aux Etats-Unis, pour les entreprises, mais aussi potentiellement pour les ménages. Le taux à deux ans est aussi sous pression à 1,2799 %. Il a pris près de 50 points de base depuis début novembre. Les taux européens se sont aussi tendus, le ton plus « faucon » de la Fed rendant moins probable la mise en place par la BCE de mesures complémentaires à celles annoncées début décembre.

Le discours plus offensif de la Fed soutient le dollar et freine Wall Street

Nouveau départ pour la Fed

La Fed semble donc donner un nouveau départ à son programme de normalisation de sa politique monétaire. Elle fait tout de même face à une inconnue de taille pour évaluer l’évolution future de la croissance et surtout de l’inflation : le programme économique qui sera réellement mis en place par Donald Trump courant 2017. « Sans surprise, la Fed refuse de spéculer sur les décisions politiques de la future administration », indique Aurel BGC jeudi matin. Janet Yellen s’est bornée « à noter la « très grande incertitude » à ce sujet ». La mise en oeuvre de ces trois hausses de taux « dépendra de l’impact économique des propositions de Trump », ajoute Lee Ferridge chez State Street Global Markets. « Si le marché semble bien croire (et c’est semble-t-il aussi le cas de la Fed) que le plan Trump produira une relance significative de la croissance l’an prochain, la question reste ouverte. Le débat n’est certainement pas tranché sur la question de savoir si les mesures fiscales prévues suffiront à surmonter les difficultés engendrées par un dollar fort et des taux d’intérêt plus élevées aux Etats-Unis ». De là à imaginer que Donald Trump en vienne à fustiger la Fed de trop augmenter ses taux alors qu’il l’avait accusée de ne l’avoir pas fait auparavant pour avantager le clan Obama-Clinton…

Pierrick Fay
lesechos

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