Accueil / International / Le fonds souverain qatari affronte une nouvelle crise

Le fonds souverain qatari affronte une nouvelle crise

Le fonds souverain qatari affronte une nouvelle crise

Après le contre-choc pétrolier, le fonds souverain du Qatar doit gérer une crise géopolitique régionale.

Le fonds souverain Qatari , la Qatar Investment Authority (QIA), et ses 335 milliards de dollars d’acatifs, va t-il pâtir de l’isolement diplomatique décidé par ses voisins du Golfe, Arabie saoudite en tête ? Le fonds d’investissement étatique affronte une nouvelle épreuve après le contre-choc pétrolier de 2014-2015.

Aujourd’hui, le fonds détient des participations dans des groupes comme Volkswagen (11,5 milliards de dollars), Glencore (4,5), Barclays (2,7), Royal Dutch Shell (2,1), Sainsbury (1,7), Crédit Suisse (1,5). Les investissements stratégiques du fonds (luxe, hôtels, immobilier…) détenus dans une optique de long terme, ne devraient pas être cédées à court terme.

Heureusement pour lui, le fonds a transféré en mars et au ministères des finances la gestion de son portefeuille de 100 milliards de dollars d’actions du Qatar (Qatar Airways, Qatar National Bank, Ooredoo…), qui sont en chute libre depuis le début de la semaine. QIA se concentre désormais sur les investissements réalisés hors du pays.

En revanche, si la situation économique s’aggrave, il pourrait être tenté de faire le ménage dans certaines de ses participations. Récemment, le fonds a vendu près de la moitié de sa participation dans Banco Santander Brasil (2,5% du capital), pour un montant de près de 740 millions de dollars, et a vendu une partie de ses titres détenus dans Agricultural Bank of China.

D’après le rapport sur les fonds souverains de l’université Bocconi, en 2015, le fonds qatari avait cédé pour 1,7 milliards de dollars de participations mais il avait investi à hauteur de 15 milliards de dollars dans de nouveaux projets, ce qui le positionnait comme le fonds le plus actif devant le chinois « CIC ».

Selon les périodes, les actions ont représenté jusqu’à 60% de ses actifs, et les obligations autour de 20%. L’immobilier , qui assure des revenus réguliers au fonds, a représenté jusqu’au tiers de ses capitaux. Il est aussi présent sur les infrastructures, capital investissement et hedge funds.

Diversification géographie

Pour éviter d’être trop dépendant d’une zone géographique donnée, le fonds s’est diversifié au cours de son existence sur certains continents et pays ( Grande Bretagne , Etats-Unis , Canada, Inde Russie, Chine…). Estimant qu’il était trop investi en Europe, le fonds a pris ses distances avec le Vieux continent depuis 2 à 3 ans. Il est très peu présent dans les pays du Golfe avec lesquels il est en conflit. De même il a peu investi en partenariats avec les autres fonds de la région. De tels partenariats souffrent et sont au point mort quand les relations se détériorent entre les pays qui possèdent ces fonds.

Instrument d’influence

Le fonds souverain QIA est pour le Qatar un Instrument d’influence diplomatique et politique : un moyen de se faire entendre et respecter sur la scène internationale. Le fonds qatari s’est notamment rapproché de la Russie, allié de l’Iran. Le Qatar et la Russie envisagent des projets communs d’investissement pour un montant de 12 milliards de dollars.

Rapprochement avec la Russie

Fin 2016, QIA associé et Glencore, dont il est actionnaire, ont acquis 19,5% du capital du groupe russe Rosneft, pour un montant de 11,3 milliards de dollars. L’année passée, le fonds avait aussi pris position dans la société qui exploite l’aéroport « Pulkovo » de Saint Petersburg. La manne financière du Qatar est d’autant plus appréciée que les caisses des fonds souverains russes ont vite diminué depuis le contre-choc pétrolier. Le ministre des finances Anton Siluanov a déclaré en mai que les ressources du Reserve Fund, le fonds de stabilisation budgétaire alimenté par les recettes pétrolières, seront vite épuisées. Le pays puisera alors dans les caisses du deuxième fonds souverain du pays, le National Reserve Fund.

Nessim Aït-Kacimi
lesechos.fr

Aller en haut