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Le Japon s’en prend ouvertement aux ambitions maritimes de la Chine

Le Japon s’en prend ouvertement aux ambitions maritimes de la Chine

Le Livre blanc de la défense publié mardi par Tokyo dénonce l’attitude de Pékin en mer de Chine du Sud. En dix-huit mois, la Chine a gagné 800 hectares autour d’îlots artificiels qu’elle a construits dans la zone.

La situation est loin d’être normalisée en mer de Chine du Sud. Alors que Pékin en revendique ouvertement 90 % de la superficie tout en entretenant avec le Japon un différend territorial sur l’archipel des Senkaku (Diaoyu en chinois), Tokyo a choisi de passer à l’offensive… verbale.

Dans son Livre blanc sur la défense, publié mardi, l’archipel nippon dénonce ouvertement la manière autoritaire « unilatérale et sans compromis » avec laquelle agit Pékin en mer de Chine du Sud. Et de pointer des « tentatives coercitives pour changer le statu quo ». En cause, sept îlots artificiels sur lesquels Pékin, à grands renforts de travaux de remblaiement a gagné, en l’espace de dix-huit mois quelque 800 hectares qu’il équipe désormais en terrain d’aviation, ports en eaux profondes ou encore en stations radar comme notamment à Fiery Cross Reef, dans l’archipel des Spratleys.

S’agissant des Senkaku-Diaoyu, le Japon s’étonne que le nombre de navires chinois patrouillant dans les eaux contestées « ne cesse d’augmenter. En février 2015, trois navires gouvernementaux de 3.000 tonnes y ont fait incursion pour la première fois », souligne le document. Enfin, le Japon exige l’interruption des travaux de forage en mer qu’il soupçonne Pékin de mener dans ces fonds relativement riches en gaz.

La démarche de Tokyo ne tient pas au hasard. Elle intervient quelques jours après le durcissement de sa politique de défense de Tokyo sous la houlette de son Premier ministre, Shinzo Abe. « Une première version du Livre blanc était prête au début du mois. Jugé trop conciliant, le texte concernant la Chine a été musclé dans une deuxième mouture », explique Edouard Pfimlin, chercheur associé à l’Iris (Institut des relations internationales stratégiques).

Agacement

Le Japon n’est pas seul à montrer son agacement. Les Philippines viennent ainsi de décider d’accroître leurs dépenses militaires de 25 % en 2016. Le budget – 509 millions d’euros – est certes sans commune mesure avec celui de la Chine – 132 milliards d’euros –, mais cette augmentation en dit long sur la détermination de Manille à surveiller son territoire. Cela, sur fond de renforcement de l’axe entre Tokyo et Manille. Les Philippines ont signé un contrat pour l’acquisition auprès d’un chantier naval japonais de dix patrouilleurs. De plus, un premier exercice naval commun vient tout juste d’avoir lieu au large de Palawan.

Critiqués de toutes parts, les Chinois continuent de se défendre en se référant à des textes confirmant que ces territoires font partie intégrante de celui de la Chine. Et qu’importe si Pékin se retrouve en marge de la loi. Celle sur la mer, par exemple, interdit de revendiquer des eaux territoriales autour d’un récif artificiel, font valoir les experts. Bien que sûres de leur bon droit, les autorités chinoises gardent un œil sur l’ONU. « S’il prenait fait et cause pour les Philippines. Cela pourrait alors contrarier les ambitions chinoises », estime Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Iris.

Les Philippines ont déposé un recours en 2014 devant le tribunal arbitral de l’ONU à La Haye. L’examen de l’action introduite par Manille a débuté ce mois pour une décision prévue en mars 2016. En attendant, les Etats-Unis renforcent leurs positions dans la région. Outre le Japon avec lequel ils sont liés par un traité de sécurité collective datant de 1960, ils discutent avec les autres Etats de la région – Philippines, Vietnam, Malaisie – afin d’adopter un code visant à encadrer le comportement de chaque partie prenante dans la région.

Ce document pourrait être proposé à la signature lors du prochain sommet de l’Asean qui se tiendra à Kuala Lumpur en novembre. Ce qui est loin de plaire à Pékin.

Michel de Grandi / Journaliste, service international
lesechos.fr

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