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Le Kenya lève des fonds par « mobile money », une première mondiale

Le Kenya lève des fonds par « mobile money », une première mondiale

L’Etat kenyan a lancé la première levée de fonds mondiale via mobile-money. Une opération rendue possible grâce à la large diffusion des services financiers mobiles dans le pays mais qui doit encore trouver son public.

 

Première mondiale

En avance sur le monde entier, l’Etat kényan a lancé fin mars M-Akiba, une obligation du trésor achetable et échangeable exclusivement sur une plateforme de mobile-money. Une première mondiale, qui permet au Kenya de se servir désormais des services financiers mobiles pour lever des fonds directement auprès du grand public.

Concrètement, l’utilisateur peut prêter de l’argent à l’Etat en débitant son propre compte de mobile-money. Une démarche simple et rapide car «[…] pour souscrire, les investisseurs [n’ont qu’à ouvrir] un compte de dépôt via leur téléphone mobile, sans fournir de documentation physique supplémentaire », a rappelé Henry Rotich, le ministre des Finances kényan, au cours de la présentation du projet M-Akiba, en septembre dernier. Les obligations M-Akiba sont rétribuées à un taux d’intérêt net annuel de 10%, avec un délai de maturité à trois ans. Quant au montant de souscription minimum, il a été fixé à 3000 shillings (28 euros) contre 50 000 shillings (460 euros) pour des obligations du Trésor ordinaires. Les autorités ont voulu ainsi attirer les ressources des petits épargnants et faire entrer dans le quotidien ce type d’opérations financières.

Demi-succès

Pour ce premier test, le Trésor kenyan s’était donné du 23 mars au 10 avril 2017 pour mobiliser un emprunt de 150 millions de shillings (environ 1,4 millions d’euros). Un montant qui devrait en toute hypothèse être atteint puisque les dernières données communiquées par le Ministère des Finances, le 5 avril, indiquaient une levée effective de 148,5 millions de shillings à cette date. Un succès qui fait dire à Patrick Njoroge, gouverneur de la Banque centrale du Kenya, cité dans les médias locaux, « qu’il est possible de démocratiser la finance, et [que] de nouveaux produits viendront bientôt confirmer que le Kenya est à la pointe de l’innovation en termes de technologie financière ».

Il semble toutefois que le principal public visé par M-Akiba – les petits épargnants- n’ait pas véritablement répondu à l’appel. Ainsi, seules 5692 personnes sur les 102 603 inscrites sur la plateforme ont effectivement souscrit à l’emprunt, soit 5,5% seulement de l’effectif total. Un constat de semi-échec que le ministère kenyan des Finances a du reste reconnu. Le montant moyen de souscription s’est pour sa part situé à 23 000 shillings par investisseur, si l’on s’en tient aux chiffres fournis par l’administration kényane.

Safaricom

L’opération aura en tous les cas confortée encore un peu plus la position dominante d’un acteur de la scène financière kényane, Safaricom. Sur les près de 150 millions de shillings levés, 140 millions l’ont ainsi été via M-Pesa, le très populaire service de mobile money de l’opérateur télécom. Loin derrière, Airtel Money a fait de la figuration (8 millions) tandis que la plateforme Orange Money n’était même pas retenue parmi les véhicules de placement, à cause semble-t-il d’un retard technique sur ses concurrents. Les regards sont maintenant tournés vers le mois de juin l’Etat kényan ayant annoncé une nouvelle campagne de souscription des obligations M-Akiba à cette date et ce avec un objectif de levée de fonds beaucoup plus ambitieux : 4,85 milliards de shillings.

Patrick Nelle
forbesafrique.com

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