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Le nouveau canal de Suez, pari économique et politique

Le nouveau canal de Suez, pari économique et politique

Inauguration aujourd’hui de l’ouvrage, en présence de François Hollande. L’Egypte prévoit un doublement du trafic et plus de 250 % d’accroissement des recettes du canal d’ici à 2023. A la clef, la création de plus de 1 million d’emplois sur sa zone économique.

C’est  « le » chantier du président égyptien Abdel Fattah Al Sissi. Le nouveau canal de Suez, inauguré en grande pompe ce jeudi à Ismaïlia, est le symbole de la « nouvelle Egypte » et le « cadeau au monde » voulus par le maréchal adepte de la répression et en mal de légitimité intérieure et internationale. Cette extension du canal vieux de 146 ans a d’ailleurs répondu au seul  « temps » politique : élu le 3 juin 2014, Sissi a exigé qu’elle soit réalisée en un an – jour pour jour – là où les ingénieurs prévoyaient trois années de travaux… Pari tenu.

Canal d suez defi

Le chantier a été – évidemment – pharaonique… : 37 des 193 kilomètres du canal existant ont été élargis et approfondis et 35 kilomètres de voie parallèle large de 317 mètres ont été construits par 43.000 ouvriers pour un coût total de 7,8 milliards d’euros, financés par souscription auprès des Egyptiens eux-mêmes.

Doublement du trafic

L’objectif du Caire : renforcer la position du canal de Suez parmi les toutes premières voies maritimes du monde afin d’augmenter les revenus d’un pays très malmené sur le plan économique : le tourisme s’est effondré et l’investissement étranger a totalement fondu depuis la chute d’Hosni Moubarak en 2011 et les troubles politiques et sécuritaires qui ont suivie.

La grande nouveauté du  nouveau canal est de permettre une circulation croisée (et non plus alternée) des navires sur son parcours, et de gagner ainsi beaucoup de temps et donc de flux. De quoi augmenter encore sa compétitivité face à Panama. La réduction de la durée du transit de 18 heures à 11 heures et celle du temps d’attente à son entrée de 11 heures à 3 heures devraient conduire à un doublement du trafic. En 2023, 97 bateaux transiteront quotidiennement par le canal contre 49 aujourd’hui, propulsant les recettes de la Suez Canal Authority -sans augmentation des tarifs- à quelque 11,7 milliards d’euros à cet horizon contre 4,7 milliards prévus cette année, estime Le Caire. A la condition que le commerce mondial, auquel la vie du canal est liée, reprenne effectivement son souffle.

Effet de levier sur la plate-forme économique du canal

L’effet « fluidité » du nouveau canal devrait se doubler d’un véritable levier économique, selon les autorités égyptiennes, dans un pays en mal d’emplois. Près de la moitié des 7,8 milliards d’euros de l’investissement total du projet ont été consacrés au développement de la zone qui borde le canal, afin d’y créer une plate-forme industrielle et commerciale à partir des quatre ports existant (Port Saïd, Port Fouad, Ismaïlia et Suez). S’y ajoutera un centre de services pour les flottes commerciales qui traversent le canal. Au total, c’est plus de 1 million d’emplois que le regain d’activité de l’isthme de Suez devrait créer au cours des quinze prochaines années, espère l’Egypte.

François Hollande invité d’honneur

La cérémonie d’inauguration du nouveau canal, dont François Hollande est l’invité d’honneur, se fera ce mercredi sous haute surveillance : les attaques djihadistes se sont multipliées dans le Sinaï depuis des mois et l’EI rôde.

Les trois premiers avions de combat Rafale livrés récemment par la France à l’Egypte participeront au défilé arien qui survolera les festivités à Ismaïlia. On est loin de l’ambiance de la première inauguration du canal, le 17 novembre 1869, en présence de l’impératrice Eugénie et de l’empereur d’Autriche François-Joseph, où fut joué l’opéra « Rigoletto »… faute d’« Aïda ». Verdi n’avait pas terminé la composition du célèbre opéra commandé pour l’occasion par le pacha d’Egypte.

Daniel Bastien / Grand reporter
lesechos.fr

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