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Le patron de Samsung inculpé pour corruption et détournement de fonds

Le patron de Samsung inculpé pour corruption et détournement de fonds

A 48 ans, Jay Y. Lee, l’héritier du plus grand conglomérat sud-coréen, risque d’être condamné à une très lourde peine de prison ferme.

Après plusieurs mois d’enquête sur les ramifications du gigantesque système de trafic d’influence mis en place autour de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, les magistrats ont annoncé, ce mardi, les mises en examens de plusieurs acteurs du scandale et ont notamment inculpé Jay Y. Lee, le patron de l’empire Samsung, pour corruption, détournement de fonds ou encore parjure.

Au total, l’héritier de la famille qui a fondé et contrôle toujours le plus grand conglomérat du pays devra répondre devant les juges de cinq chefs d’accusation et fera face à une condamnation potentielle à une très lourde peine de prison ferme qui pourrait contraindre l’entreprise à repenser en profondeur sa gouvernance.

Une fuite vers l’étranger ?

A l’occasion d’une conférence de presse, le porte-parole du parquet spécial, désigné pour instruire cette affaire qui mêle les plus grands “chaebols” du pays, la Chef de l’Etat et plusieurs de ses proches, a indiqué que Jay Y. Lee ainsi que quatre autres cadres de Samsung se verraient notifier formellement leurs inculpations dans la journée. Trois de ces cadres viennent d’annoncer leur démission.

Jay Y. Lee est pour l’instant le seul dirigeant de la société à avoir été écroué par les juges coréens dans l’attente de cette mise en examen. Un tribunal avait estimé le 17 février qu’il pourrait être tenté de fuire vers l’étranger et qu’il devait dès lors être interpellé. Les autres cadres inculpés sont eux toujours en liberté et actifs au sein des différentes filiales de Samsung et particulièrement de Samsung Electronics, la perle du conglomérat aussi présent dans l’hôtellerie, la publicité, l’industrie lourde ou l’immobilier.

Trois mois d’interrogatoires

A l’issue de trois mois d’interrogatoires et d’études de documents saisis à la présidence et chez Samsung, les magistrats accusent Jay Y. Lee, et certains de ses collaborateurs au sein de Samsung Electronics, d’avoir sciemment versé des pots de vins à une proche de Park Geun-hye afin d’obtenir des arbitrages favorables à leur entreprise dans des dossiers industriels et financiers.

Au total, le “chaebol” aurait ainsi versé, par le biais d’intermédiaires, 43 milliards de wons (35 millions d’euros) à différentes organisations dirigées par Choi Soon-sil, la plus intime conseillère de la présidente . Cette confidente a, elle aussi, été arrêtée, et Park Geun-hye a vu l’Assemblée nationale voter sa destitution dans le cadre de scandale. Si elle a perdu son pouvoir, elle attend toujours toutefois l’avis de la Cour constitutionnelle sur la validité de cette procédure de destitution et sera définitivement fixée sur son sort le 10 ou le 13 mars prochain.

L’héritier de l’empire Samsung dément

Jay Y. Lee a pour l’instant démenti toutes les accusations du parquet. Il a certes reconnu des « donations » de Samsung aux organisations de l’amie de la présidente mais a assuré qu’elles n’étaient pas motivées par des arrière-pensées politiques. Les enquêteurs lui rétorquent que ces généreux versements correspondent à une séquence délicate pour Samsung.

Le conglomérat, qui n’est pas organisé en holding mais constitué d’une soixantaine de filiales détenant toutes des parts capitalistiques les unes dans les autres, avait besoin d’organiser la fusion entre deux de ses principales entités. Ce rapprochement était crucial pour le conglomérat qui organisait la passation de pouvoir entre le président du groupe Lee Kun-hee et son fils unique Jay Y. Lee.

La patriarche de l’empire était alors dans l’incapacité de diriger l’entreprise fondée par son propre père. Depuis qu’il a subi une crise cardiaque en 2014, il est hospitalisé, au secret, probablement dans le coma, dans un hôpital de Séoul contrôlé par Samsung. Pour consolider son pouvoir à la tête du « chaebol » Jay Y. Lee avait besoin de récupérer des parts de capital détenues par son père et ainsi besoin d’organiser en 2015 la fusion entre Cheil Industries et Samsung C&T.

Pas encore d’impact économique

A l’époque, nombre d’élus et d’investisseurs militaient ardemment contre ce rapprochement mais le National Pension Services (NPS), un grand fonds de pension contrôlé par le gouvernement sud-coréen et actionnaire clef des deux filiales, avait lui soutenu l’opération, à la grande surprise d’autres actionnaires privés.

Fin 2016, l’ancien directeur du NPS avait été mis en examen dans le cadre de ce dossier et avait reconnu avoir subi des pressions de l’exécutif pour valider la fusion controversée entre les entités de Samsung. Ayant décortiqué cette séquence, les enquêteurs sont convaincus que Samsung à “rétribué” des proches de la présidente pour qu’ils l’encouragent à faire valider toute l’opération.

Pour l’instant, ce gigantesque scandale n’a pas eu d’impact économique sur le conglomérat et n’a pas ému les actionnaires de Samsung Electronics qui notent que Jay Y. Lee n’avait pas de fonctions exécutives intenses au sein de la société. Il n’est d’ailleurs officiellement que le vice-président du groupe et affirmait se concentrer essentiellement sur la définition des futures orientations stratégiques du “chaebol”.

Titre en hausse

Ce mardi après-midi, l’annonce de la mise en examen formelle de plusieurs dirigeants de l’entreprise n’a d’ailleurs pas fait chuter le titre sur la place de Séoul. Quelques minutes avant la clôture, il était même encore en hausse de plus de 1%.

La crise va tout de même pousser Samsung a repenser sa gouvernance pour tenir compte de la mise à l’écart, pendant une période encore indéterminée, de son leader naturel. Le conglomérat a encore promis d’aménager certaines de ses entités pour éviter de nouveaux conflits d’intérêt dans le futur. Dès ce mardi, la société a ainsi indiqué qu’elle allait abolir son “bureau de la stratégie” qui servait de facto, depuis des années, de “tour de contrôle” de l’empire mais était régulièrement accusé d’agir dans l’opacité.

Yann Rousseau (à Tokyo)
les echos

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