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Le pétrole a trouvé un « équilibre instable » autour de 55 à 60 dollars le baril de brent

Le pétrole a trouvé un « équilibre instable » autour de 55 à 60 dollars le baril de brent

Le marché reste structurellement excédentaire de 1,5 à 2 millions de barils par jour.

Après un plongeon spectaculaire en 2014, le pétrole semble avoir trouvé son plancher depuis plusieurs semaines. Ayant chuté de plus de 50 % en six mois, le prix du baril de brent, à Londres, s’est stabilisé depuis la mi-janvier dans une fourchette comprise entre 55 et 60 dollars. Il a terminé la séance de lundi à 58,12 dollars, après avoir pris 3,17 dollars dans la journée. De la même façon, le baril de WTI, à New York, oscillait depuis trois mois entre 45 et 50 dollars – mais il a gagné 3 dollars lundi, à 52,4 dollars.

« On est parvenu à un équilibre instable », commente Guy Maisonnier, analyste à IFP Energies Nouvelles. Alors que le marché reste structurellement excédentaire de 1,5 à 2 millions de barils par jour (mb/j), deux tendances contraires maintiennent le statu quo. D’un côté, les conflits au Moyen-Orient font craindre des tensions sur la production, même si celle-ci n’est pour l’instant que faiblement affectée. L’Arabie saoudite a même enregistré une production record en mars, à plus de 10 mb/j, selon des données réunies par Reuters, et l’Irak a vu ses exportations augmenter sensiblement, à près de 3 mb/j. « Mais le conflit au Yémen pourrait embraser réellement la région et, in fine, peser sur l’offre », note Guy Maisonnier.

La production américaine ne ralentit pas

A l’inverse, l’accord conclu avec l’Iran, qui pourrait permettre la levée des sanctions économiques (s’il est entériné d’ici à la date butoir du 30 juin, lire page 7), pèse sur les cours. L’Agence internationale de l’énergie avait estimé, début février, que la production iranienne, tombée à 2,8 mb/j en 2014 (contre 4 mb/j avant l’embargo), pourrait progresser de 800.000 barils dans les trois mois après la fin des sanctions. D’autres experts jugent que la montée en puissance sera plus lente, compte tenu de l’état des infrastructures pétrolières. Quoi qu’il en soit, un accord débouchera sur une reprise progressive des exportations du pays (tombées à 1,1 mb/j en 2014, contre 2,5 mb/j en 2011).

Surtout, la production américaine ne donne aucun signe de réel ralentissement. Beaucoup d’observateurs avaient interprété la baisse du nombre de forages pétroliers observée aux Etats-Unis (à 802, soit – 700 en un an) comme un signe d’une baisse de la production. « En réalité, ce n’est pas si simple, insiste Alexandre Andlauer, analyste chez AlphaValue. Il y a moins de puits, mais ils sont plus productifs. Par ailleurs, la pression sur les coûts réduit le prix de revient des barils qu’ils produisent. Enfin, on compte plus de 800 puits sur lesquels le forage est terminé mais où la production n’a pas démarré : ils pourraient commencer à produire dans les prochains mois, car ils ne peuvent légalement rester ainsi en attente que pendant douze mois. »

La légère baisse de la production américaine observée la semaine dernière (de 36.000 b/j) n’est, selon l’expert, qu’un épiphénomène. « La production d’huile de schiste aux Etats-Unis a déjà augmenté de 300.000 b/j depuis le début de l’année et devrait encore progresser de 300.000 b/j au deuxième trimestre », prévoit-il. Au final, alors que la production américaine atteint désormais 9,4 mb/j, il va falloir attendre la seconde moitié de l’année pour observer un réel rééquilibrage du marché lié à un ralentissement outre-Atlantique.

Anne Feitz
lesechos.fr

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