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Le plan choc d’Opel pour sortir du rouge

Le plan choc d’Opel pour sortir du rouge

Le redressement passera par des réductions de coûts et la mise en commun de plates-formes. Le point douloureux des suppressions de postes n’a été qu’effleuré, alors qu’une négociation s’ouvre avec le syndicat IG Metall.

Cent jours. C’est le temps qui avait été imparti en août à la direction d’Opel, après la clôture de son rachat par PSA , pour présenter son plan de redressement. Un plan très attendu car, compte tenu de la situation de la firme, qui a accumulé 15 milliards de dollars de pertes depuis 2000, beaucoup d’observateurs s’attendaient à un bain de sang.

Et Carlos Tavares, le PDG de PSA, n’avait rien fait pour les rassurer, rappelant, il y a quelques semaines encore, que les coûts de production dans les usines d’Opel étaient supérieurs de 50 % à ceux des usines du groupe. « Opel est dans une situation dramatique, c’est un fait, il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il martelé jeudi, à Rüsselsheim, près de Francfort, où se situe le siège de la marque à l’éclair.

Les négociations vont démarrer

Les mesures annoncées par le directeur général d’Opel, Michael Lohscheller, se sont toutefois voulues rassurantes – dans un premier temps. PSA avait déjà promis qu’il n’y aurait ni fermeture de site, ni licenciement en Allemagne, jusqu’à fin 2018 – il a néanmoins déjà annoncé en octobre 400 suppressions de postes chez Vauxhall, sa marque soeur en Grande-Bretagne. « Nous devons réduire les coûts du travail, ce sera inévitable, nous le ferons de manière responsable et réfléchie, en évitant les licenciements et les fermetures d’usines », a déclaré jeudi Michael Lohscheller, mentionnant des mesures sur le temps de travail, des départs volontaires ou des préretraites. Les négociations vont démarrer avec IG Metall, principal syndicat allemand. « Les décisions ne seront pas faciles, mais les managements impopulaires d’aujourd’hui seront les héros de demain », a déclaré Carlos Tavares.

Restaurer la profitabilité d’Opel en 2020 et atteindre les objectifs déjà fixés (free cash flow positif et marge opérationnelle de 2 % en 2020, et de 6 % en 2026) passera par bien d’autres leviers. Les coûts seront réduits dans toutes les fonctions, des frais administratifs aux dépenses de R&D en passant par les investissements, qui passeront de 6 % à 4 % des revenus. Les véhicules d’Opel aujourd’hui fabriqués sur 9 plates-formes techniques ne le seront plus que sur 2 en 2024. De même pour le nombre de blocs « moteurs et boîtes de vitesse », qui tombera de 10 à 4. En outre, la firme allemande n’utilisera progressivement plus que des plates-formes et des moteurs du Groupe PSA.

Réduire le coût de production de 700 euros par voiture

Enfin, des productions aujourd’hui effectuées en Corée, héritées de l’histoire commune avec General Motors (près de 200.000 véhicules), seront rapatriées sur le Vieux Continent, ce qui permettra de mutualiser les achats et de charger les usines d’Opel. Objectif, réduire le coût de production de 700 euros par voiture d’ici à 2020, et le point mort de rentabilité d’Opel à 800.000 véhicules par an. Le groupe n’a pas précisé les chiffres actuels. Au total, Opel mise sur 1,1 milliard de synergies d’ici à 2020 et 1,7 en 2026.

Deuxième grand volet, le redressement du chiffre d’affaires d’Opel. D’une firme qui perd des parts de marché et réalise 40 % de ses ventes aux particuliers à des prix bradés (aux loueurs ou aux concessionnaires), il s’agit de faire une entreprise conquérante non seulement en Europe, mais aussi au grand international.

Un lancement majeur par an

Alors que certains craignaient que la marque Opel soit abandonnée, il n’en est pas question. Au contraire. PSA veut faire d’Opel la marque allemande du groupe. Ses véhicules seront conçus dans le centre de R&D de Rüsselsheim.

Cette image de « technologie, précision, et qualité » liée à son caractère allemand, selon les termes de Michael Lohscheller, doit permettre à la marque d’augmenter ses prix, de même que l’arrivée de nouveaux modèles – Opel promet un lancement majeur par an. Une fois la marque repositionnée, après 2020, elle sera lancée sur de nouveaux marchés, notamment la Chine et le Brésil.

Une version électrifiée

Enfin, il s’agit aussi de préparer Opel aux échéances européennes en matière de CO2. « C’est un point essentiel, car sinon, le niveau des amendes représente un risque vital pour l’entreprise », a rappelé Carlos Tavares. La firme allemande utilisera donc progressivement les technologies de PSA pour électrifier son parc, de sorte que tous ses modèles comportent une version électrique ou hybride d’ici à 2024. A Rüsselsheim, les salariés ont commencé à retrousser leurs manches.

Anne Feitz
lesechos

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