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Le retour vers l’Asie au centre de la stratégie de HSBC

Le retour vers l’Asie au centre de la stratégie de HSBC

DECRYPTAGE Tout en restant une banque mondiale, HSBC veut revenir à ses racines asiatiques.

Stuart Gulliver, a été clair ce mardi matin : malgré la cession des filiales brésilienne et turque, HSBC restera « une banque mondiale ». Mais le groupe va « pivoter vers l’Asie », a expliqué le patron de l’établissement bancaire britannique, qui présentait une mise à jour de sa stratégie aux investisseurs et une réorganisation comprenant la suppression de quelque 25 000 postes dans le monde . C’est en Asie que HSBC investira le plus au cours des prochaines années. Au terme de la restructuration, en 2017, le continent asiatique représentera plus de 40 % des actifs du groupe, contre 33 % aujourd’hui.

Quels seront les pays les plus touchés par la réorganisation ?

Le Royaume-Uni sera l’un des principaux pays touchés. Jusqu’à 8.000 postes pourraient être supprimés, soit près d’un cinquième des effectifs, et des agences seront fermées. La banque de détail sera séparée des autres activités d’ici à 2019, comme le demande le régulateur britannique pour tous les établissements du pays. Le siège de cette activité sera transféré de Londres à Birmingham et la marque HSBC disparaîtra. A terme, Stuart Gulliver n’exclut pas de céder cette filiale, mais rien n’est décidé pour l’instant.
Et la France ? La filiale tricolore de HSBC pourrait être touchée par les suppressions de postes, mais elle reste stratégique pour le groupe. Stuart Gulliver a souligné que l’activité de banque de détail, héritée de l’acquisition du CCF il y a quinze ans, était « profitable ». Il a toutefois souligné que les activités de banque d’investissement dans l’Hexagone tiraient les résultats vers le bas.

Comme l’expliquent les analystes d’UBS, il s’agit d’un « retour vers le futur » pour HSBC. Il ramène le groupe à son histoire très particulière, qui prend racine il y a tout juste 150 ans dans l’empire britannique. Jusqu’au début des années 1980, la Hong Kong & Shanghai Banking Corporation était présente essentiellement dans la petite colonie britannique du Sud de la Chine. Dominant le marché bancaire de Hong Kong, elle y faisait quasiment figure de banque centrale. Dans les années 1960, elle a même volé au secours de la Hang Seng Bank lorsque celle-ci s’est trouvée en difficulté.

Une internationalisation récente

L’internationalisation de HSBC – sa « dé-hongkongisation » – est récente à l’échelle de l’histoire du groupe. Le tournant a commencé il y a trente ans à peine. En 1985, le Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, et le président chinois, Deng Xiaoping, signent une déclaration commune qui prévoit la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997.

Consciente que ce changement pourrait fragiliser HSBC, le management prépare activement cette échéance en sortant la banque de son marché historique. L’internationalisation commence à marche forcée à la fin des années 1980, avec l’acquisition de participations dans la Midland Bank, au Royaume-Uni, et Marine Midland, aux Etats-Unis. HSBC devient ainsi l’une des principales banques de détail britanniques. En 1993, elle déménage son siège social à Londres.

Dans les années 1990, les acquisitions s’accélèrent. Toutes éloignent HSBC de sa base asiatique. L’établissement devient l’un des principaux acteurs bancaires au Mexique, au Brésil, en Argentine. En France, la banque achète en 2000 le CCF, menacé d’une OPA hostile du néerlandais ING. Aux Etats-Unis, HSBC se renforce encore avec l’acquisition de Republic New York Corporation et Safra Republic Holdings.

Cap sur le Sud de la Chine

Ce mardi, Stuart Gulliver a clairement signalé la fin de cette phase. HSBC investira désormais en priorité dans le Sud de la Chine, dans les régions de Canton et Shenzhen, juste de l’autre côté de la frontière « de plus en plus poreuse » avec Hong Kong. Au total, une région métropolitaine de 45 millions d’habitants, a souligné Stuart Gulliver. Le groupe compte rester l’un des principaux bénéficiaires de l’internationalisation de la monnaie chinoise. Il va aussi concentrer ses efforts sur les pays de l’Asean comme l’Indonésie, Singapour, le Vietnam ou les Philippines.

HSBC revient donc résolument vers ses racines asiatiques. L’Asie est déjà la région la plus rentable pour le groupe : elle représente 37 % des revenus mais 78 % des bénéfices. L’établissement pourrait même décider de rapatrier son siège social de Londres vers l’Asie. Ce serait la conséquence ultime de cette stratégie, mais rien n’est encore décidé.

Vincent Collen / Correspondant à Londres
lesechos.fr

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