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Le sort de Commerzbank met les banques françaises

Le sort de Commerzbank met les banques françaises

Dans une interview au « Handelsblatt », le patron du Crédit Agricole, Philippe Brassac, a exprimé son intérêt pour le marché allemand.Et ce alors que Commerzbank pourrait être mise en vente par Berlin et que BNP Paribas est à l’affût.

Qui mettra la main sur la deuxième banque allemande ? En France, comme outre-Rhin, les spéculations vont bon train sur un mariage franco-allemand avec BNP Paribas , voire sur un mariage italo-allemand, avec Unicredit. Et ce lundi, les déclarations du patron du Crédit Agricole sont venues raviver les débats sur le sort de cette banque sauvée de la faillite par l’Etat Allemand en 2008.

« Notre présence en Allemagne a été à ce jour une réussite (…) Ce serait bien si nous pouvions offrir au client en Allemagne une offre aussi complète que celle déjà présente en Italie et en France », a indiqué Philippe Brassac dans un entretien au « Handelsblatt ». Sans manquer d’ajouter : « si une grande banque comme Commerzbank était en effet à vendre, nous devrions, en tant que l’un des établissements les plus importants de la zone euro, certainement analyser cela ».

Ne pas rester hors du jeu

Sur la place de Paris, ces déclarations n’ont pas surpris outre-mesure : « Crédit Agricole a un tropisme très affirmé pour la banque de détail, il est logique qu’il veuille rester dans le jeu », estime un banquier français. D’autant que les actifs bancaires de Commerzbank sont considérés comme « relativement sains, ce qui n’est pas si courant en Europe ».

« Beaucoup de banques françaises pourraient regarder Commerzbank. Celle-ci a énormément souffert des taux bas et, de ce fait, est désormais valorisée à la moitié de ses fonds propres. D’autant que, dans une perspective de hausse des taux d’intérêt, on peut considérer que le pire est passé pour Commerzbank », indique David Benamou, associé gérant d’Axiom AI.

Au Crédit Agricole, on temporise toutefois : « aucun pojet de fusion n’est à l’étude » et « Commerzbank n’est pas à vendre ». « Dans cette phase d’incertitude économique, nous privilégierons la croissance organique », a aussi fait valoir Philippe Brassac au « Handelsblatt ». Pour la banque verte – qui s’est jusqu’à présent recentrée sur la France – il s’agit donc surtout de rester à l’affût d’éventuelles opportunités en Allemagne. Elle ne réalise que 2% de ses revenus dans le pays aujourd’hui, alors qu’elle souhaite en faire son troisième marché après la France et l’Italie.

Des obstacles aux grandes manoeuvres à lever

Pour l’heure, ils subsiste beaucoup d’obstables à la relance des grandes manoeuvres en Europe. Le premier tient aux contraintes prudentielles imposées au secteur : « une fusion avec Commerzbank est susceptible de renforcer le caractère systémique de la banque qui déciderait de l’absorber et d’entraîner un supplément de surcharge en capital pour risque systémique de l’odre de 0,5% pour des acteurs comme BNP Paribas ou Crédit Agricole », indique un autre spécialiste.

Autre détail, et non des moindres, Commerzbank n’est sans doute pas à vendre aux cours actuels. Soucieux de retrouver les deniers publics engagés, l’Etat allemand est tenté d’attendre que le cours remonte pour céder sa participation de 15% au capital de Commerzbank. Le sujet ne devrait quoi qu’il en soit pas être sur la table avant la nomination du nouveau gouvernement allemand en fin d’année.

Il reste que si le secteur bancaire outre-Rhin intéresse autant, c’est parce que les lignes devraient bouger. L’Allemagne est en effet l’un des principaux pays visés par Danielle Nouy, la présidente du superviseur des banques européennes, lorsqu’elle appelle à plus de consolidation. « Beaucoup de banques de la zone euro ne couvrent pas le coût de leurs fonds propres. Il semble qu’il y ait trop de banques en concurrence. Les fusions devraient nous aider à réduire les surcapacités européennes », a t-elle souligné fin septembre. De quoi maintenir les banques françaises sur le qui-vive.

Sharon Wajsbrot
lesechos

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