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L’économie mondiale malade de ses surcapacités

L’économie mondiale malade de ses surcapacités

La croissance mondiale reste faible, minée par le caractère trop timide des politiques de relance post-2008. Il est temps que les politiques budgétaires prennent le relais des politiques monétaires, incapables d’enrayer la déflation.

Qui aurait cru que, six ans après la crise financière mondiale, les économies les plus avancées seraient encore en train de nager dans le magma de politiques monétaires non conventionnelles ? A l’instar de la Fed américaine, la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et des banques centrales de plus petites économies avancées, comme la Banque nationale suisse, ont toutes adopté de telles politiques. Pourtant, l’inflation reste faible et en baisse dans presque toutes les économies avancées. En effet, aucune banque centrale de ces pays ne parvient à se conformer à son mandat, explicite ou implicite, de 2 % d’inflation et certaines ont du mal à éviter la déflation. En outre, la valeur du dollar est en forte hausse par rapport au yen, à l’euro et à la plupart des monnaies émergentes. Le prix de l’or depuis l’automne 2013 a chuté de 1. 900 dollars à environ 1.200 dollars l’once. Et le bitcoin a connu la pire performance monétaire mondiale en 2014, avec sa valeur en baisse de près de 60 %.

La raison pour laquelle les banques centrales ont adopté de plus en plus fermement les politiques monétaires non conventionnelles est que la relance post-2008 a été extrêmement anémique. Ces politiques ont été nécessaires pour contrer les pressions déflationnistes causées par la nécessité d’un désendettement douloureux, suite à de fortes accumulations de dettes publique et privée.

Dans la plupart des économies avancées, la production et la demande restent aujourd’hui bien inférieures à leur potentiel. Ainsi les entreprises ont un pouvoir de fixation des prix limité. Et on n’a constaté aucune accalmie considérable sur les marchés du travail : trop de chômeurs sont à la recherche de trop rares emplois disponibles, tandis que le marché et la mondialisation, ainsi que certaines innovations technologiques qui demandent moins de main-d’oeuvre, exercent de plus en plus de pression sur les emplois et les revenus des travailleurs, ce qui ajoute un frein supplémentaire à la demande.

Les marchés des matières premières sont également devenus une source de pression désinflationniste. La révolution du gaz de schiste en Amérique du Nord a fait baisser les prix du pétrole et de l’essence, tandis que le ralentissement de la Chine a sapé la demande pour une vaste gamme de produits, y compris le minerai de fer, le cuivre et d’autres métaux industriels, qui sont tous en surproduction après des années de tarifs élevés qui ont stimulé les investissements dans de nouvelles capacités.

Le ralentissement de la Chine, après des années d’investissements excessifs dans l’immobilier et dans les infrastructures, est également à l’origine d’une surabondance mondiale de marchandises manufacturées et industrielles. Alors que la demande intérieure dans ces secteurs se réduit à présent brusquement, la surcapacité dans les secteurs de l’acier et du béton chinois (pour ne citer que deux exemples) alimente d’autant plus la pression déflationniste sur les marchés industriels mondiaux. La hausse de l’inégalité des revenus, en redistribuant les revenus de ceux qui dépensent davantage vers ceux qui épargnent davantage, a exacerbé l’insuffisance de la demande.

En bref, nous vivons dans un monde qui souffre de trop d’offre et de trop peu de demande. S’ensuit une pression désinflationniste continue (pour ne pas dire déflationniste), malgré un assouplissement monétaire agressif.

L’incapacité des politiques monétaires non conventionnelles à éviter la déflation pure et simple reflète en partie le fait que ces politiques visent à affaiblir la monnaie, améliorant de la sorte les exportations nettes et faisant augmenter l’inflation. Ceci cependant est un jeu à somme nulle, qui exporte simplement la déflation et la récession vers d’autres économies.

Le fait plus important est peut-être un profond décalage avec la politique fiscale. Pour être efficace, le stimulus monétaire doit s’accompagner d’une relance budgétaire temporaire, qui fait aujourd’hui défaut à toutes les grandes économies. En effet, la zone euro, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Japon poursuivent tous des degrés variés d’austérité et de consolidation.

Tout cela vient s’ajouter à une croissance lente, à une stagnation séculaire, à la désinflation, voire même à la déflation. C’est pourquoi, en l’absence de politiques budgétaires appropriées pour traiter une demande globale insuffisante, les politiques monétaires non conventionnelles resteront un élément crucial du paysage macroéconomique.
Nouriel Roubini, est président de Roubini Global Economics et professeur d’économie à la Stern School of Business de l’université de New York.

Nouriel Roubini / Président de Roubini Global Economics
lesechos.fr

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