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L’économie sud-africaine en manque de mégawatts

L’économie sud-africaine en manque de mégawatts

Banales dans beaucoup de pays d’Afrique, les coupures d’électricité à répétition touchent désormais l’Afrique du Sud, perturbant depuis novembre l’économie et la vie quotidienne du pays le plus industrialisé du continent.
« Le système va rester tendu pour les deux ou trois prochaines années, le temps que nos nouvelles centrales thermiques soient complètement entrées en service », prévient Khulu Phasive, un porte-parole de la compagnie publique d’électricité Eskom qui livre 95 % du courant.
Ces dernières semaines, les caprices du réseau, sans provoquer le chaos de début 2008, sont redevenus la grande affaire nationale et le terme de mégawatts, unité de mesure de la puissance des centrales, n’aura jamais été autant prononcé. C’est « un obstacle à la croissance économique et une gêne majeure pour chacun d’entre nous dans le pays », a reconnu jeudi soir dans son discours annuel le président Jacob Zuma.
Depuis la fin du régime ségrégationniste d’apartheid en 1994, l’électricité a été apportée à des millions de foyers sud-africains noirs, mais cette nouvelle demande et un manque de maintenance ont amené le réseau à la limite extrême de ses capacités durant la forte croissance des années 2000.
Dès 1998, un rapport mettait en garde le pouvoir contre un risque d’effondrement du système. Mais il a fallu atteindre 2007 pour voir débuter les travaux de la centrale géante de Madupi, la première centrale neuve du pays en 20 ans. La première unité de 4 764 mégawatts devait démarrer en 2012. Mais des retards successifs ont repoussé à juin 2015 le raccordement au réseau. Et une autre centrale en construction ne commencera à produire qu’en décembre 2016.
Du coup, le ronronnement des générateurs au diesel dans les maisons ou immeubles de bureaux est devenu commun, tout comme les plaintes des Sud-Africains.
Mais les petites entreprises, celles sur lesquelles repose l’essentiel des espoirs de création d’emplois pour répondre à un taux de chômage de plus de 24 %, n’ont pas toutes les moyens de s’équiper.

Feux de circulation éteints
Des pâtisseries vendent à la lueur de la bougie, des patrons de café tremblent de perdre leurs stocks de produits réfrigérés, et des établissements d’ordinaire bondés pour le brunch du dimanche matin n’ont plus de clients… faute de pouvoir servir le moindre café ou omelette.Sur les routes, les feux de circulation sont éteints, provoquant de spectaculaires embouteillages.
Pour ajouter au mécontentement, les tarifs de l’électricité, qui ont déjà plus que triplé depuis 2008 pour financer la modernisation et un redimensionnement des infrastructures, vont encore augmenter de 13 % le 1er avril.
Combien cela pourrait-il coûter de points de PIB à l’Afrique du Sud ? Les estimations varient : -1 % dit la Standard Bank qui souligne que ce sera en partie compensé par la baisse de la facture pétrolière. La très libérale Free Market Foundation chiffre à -0,4 % la perte de croissance.
« Aussi longtemps que ça dure, je ne vois pas comment le pays peut créer de la croissance et des emplois. La situation aura des effets à long terme sur la croissance, c’est inquiétant », souligne son économiste Loane Sharp. La Chambre de commerce et d’industrie (Sacci) parle d’un impact potentiel « inestimable sur les affaires, la confiance des entrepreneurs et les consommateurs », selon son responsable Vusi Khumalo.
Récemment la Banque centrale nationale a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2015 de 2,5 % à 2,2 % à cause, entre autres, du manque d’électricité.
Et la monnaie nationale est tombée au plus bas depuis six ans face au dollar, à 0,84 dollar pour un rand, comme en octobre 2008.
Les seuls qui peuvent se frotter les mains sont les industriels du nucléaire, sur les rangs pour livrer les six réacteurs que M. Zuma s’est promis d’acheter, malgré un coût faramineux et controversé, pour ajouter 9 600 MW au réseau en… 2023.
« Juste à temps pour qu’Eskom mette à la retraite une partie de ses centrales âgées », a souligné M. Zuma.
Cinq pays sont en compétition : la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et la Corée du Sud, qui ont signé des accords préalables avec l’Afrique du Sud.

lorientlejour.com

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