samedi 31 octobre 2020
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L’écosystème GIMACPAY, « une grande première africaine » (Valentin Mbozo’o)

L’écosystème GIMACPAY, « une grande première africaine » (Valentin Mbozo’o)

Valentin Mbozo’o, Directeur Général du GIMAC, nous explique en quoi la plateforme GIMAC PAY va révolutionner le transfert d’argent et accélérer l’évolution de la CEMAC vers la « Cashless Society ».

Agence Ecofin : le transfert d’argent entre opérateurs mobiles est depuis une certaine période, possible en zone CEMAC, grâce à la plateforme GIMAC PAY. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les personnes qui utiliseront cette solution ?

Valentin Mbozo’o : Cela signifie que les utilisateurs de la solution GIMACPAY disposent à l’échéance de la fin d’année 2020, d’un moyen d’envoyer et de recevoir de l’argent en temps réel d’un compte mobile money vers un compte mobile money d’un autre opérateur mobile money, à l’échelle de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), sous-région qui regroupe le Cameroun, la Centrafrique, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad.

A noter pour vos chers lecteurs que cette solution ne s’arrête pas qu’aux transferts d’argent entre opérateurs mobiles money, celle-ci intègre également les transactions avec les banques ainsi que les micro finances qui disposent d’un portemonnaie mobile adossé aux comptes bancaires, et aussi les transferts internationaux de l’étranger vers des comptes mobiles dans la CEMAC.

AE : Dans le cadre des transactions via les téléphones mobiles, quel est le rôle de chacun, notamment du GIMAC, des banques dont les noms apparaissent sur les supports de communication, et des opérateurs de téléphonie mobile ?

Valentin Mbozo’o : L’ensemble des acteurs interagissent dans l’écosystème GIMACPAY, plateforme connectée à l’ensemble des plateformes des acteurs et offrant ainsi l’interopérabilité des différents types de transactions des acteurs évoqués dans votre question. L’environnement GIMACPAY assure le routage des transactions en temps réel, la compensation en franc FCFA et le règlement via le RTGS sous régional (SYGMA). Les acteurs bancaires, les opérateurs mobiles, ainsi que les Sociétés de Transfert d’Argent (STA) fournissent à leurs clients différents services interopérables, allant du simple transfert d’argent de compte mobile money à compte mobile money, de compte mobile money à compte bancaire et vice versa, d’un transfert d’argent international à un compte mobile money ou bancaire, d’un retrait d’argent transféré d’un compte mobile money, d’un compte bancaire, ou en provenance de l’international, sans carte sur GAB, des paiements de factures à partir de tous ces instruments de paiement de manière interopérable, pour ne citer que ces services.

A titre d’illustration, pour une transaction initiée par un client d’un opérateur mobile money A souhaitant transférer de l’argent dans un compte mobile money d’un opérateur B, GIMACPAY va recevoir la transaction initiée par la plateforme A et la transmettre à la plateforme mobile money B qui se chargera d’informer le bénéficiaire de celle-ci. GIMACPAY se chargera par la suite de la compensation et du règlement via SYGMA.

AE : Qu’advient-il du système qui jusque-là était utilisé par les opérateurs de téléphonie mobile et les banques commerciales ?

Valentin Mbozo’o : GIMACPAY est un écosystème de paiement convergent carte, mobile, transfert d’argent et non un système. Chaque système participant à l’environnement GIMACPAY, à savoir les opérateurs de téléphonie, les banques, les micro finances ainsi que les STA, ajoute à ses offres de services GIMACPAY, le bouquet de services interopérables qu’apporte ledit écosystème.

A titre d’illustration, pour un opérateur mobile money ou un opérateur mobile banking, GIMACPAY, en plus de ses services privatifs délivrés à ses porteurs pour le mobile money ou clients ayant souscrit au mobile banking, a l’opportunité d’offrir des services interopérables aux porteurs ou aux clients des autres participants au réseau monétique intégrale GIMACPAY.

AE : Quelles opportunités ouvre ce nouveau système des paiements ?

Valentin Mbozo’o : La grande innovation de ce nouvel écosystème GIMACPAY et le grand intérêt qu’il véhicule repose sur le décloisonnement des systèmes de paiement existants, en multipliant les services de paiement offerts grâce à l’interopérabilité des canaux et des instruments de paiements avec à terme, plus de trente-cinq (35) services offerts.

Il permet à des acteurs de différents canaux mettant en œuvre différents instruments, de communiquer et d’interagir au sein d’un même écosystème GIMACPAY, une grande première africaine avec au-delà des perspectives offertes de fourniture des services financiers digitaux aux populations, de digitaliser ceux de dépense et d’encaissement des Etats à travers les services des trésors nationaux, des douanes et des impôts.

En d’autres termes, GIMACPAY offre une opportunité unique d’accentuation de la « Cashless Administration », voire d’une manière plus globale de la « Cashless Society », toutes choses d’un très grand intérêt en matière d’inclusion financière et de maîtrise des flux de capitaux et de la masse monétaire de la sous-région.

AE : Derrière chaque opportunité se cache un risque, et dans le cas présent on parle beaucoup de protection des données personnelles. Comment cette question est-elle prise en compte dans le déploiement du système ?

Valentin Mbozo’o : Dans un contexte de lutte anti blanchiment des capitaux, d’évasion fiscale et de lutte contre le terrorisme, les données personnelles de l’initiateur et du bénéficiaire d’une transaction monétique intégrale GIMACPAY bien que traçables et connues à partir du KYC établi de part et d’autre, sont protégées par des technologies similaires à celles des transactions cartes bancaires. Aussi, tout comme cela se fait dans le monde de la carte avec les contraintes de confidentialité et de protection des données personnelles, le dénouement de bout en bout des transactions monétiques intégrales se fait sans partage d’information personnelle en dehors de l’initiateur et du destinataire des fonds, les données nécessaires partagées en dehors de ceux-ci relevant exclusivement du strict minimum d’ information indispensable à l’aboutissement de la transaction.

AE : Sera-t-il possible pour les entreprises d’exploiter le système pour la gestion de leur trésorerie courante, comme le paiement de petits fournisseurs ?

Valentin Mbozo’o : GIMACPAY peut effectivement servir au règlement de la trésorerie, pour cela les entreprises devraient se rapprocher de leurs opérateurs mobiles money et de leurs banques.

AE : Que devient le marché du transfert d’argent en zone CEMAC si le mécanisme est démocratisé et que tout le monde peut désormais effectuer cette opération depuis son téléphone ?

Valentin Mbozo’o : Le marché du transfert est en train de connaitre une révolution, il est désormais à la portée de tout le monde et de toutes les bourses, avec tout ce que cela engendre en termes d’accélération des échanges financiers, d’intégration sous régionale et de mobilité dans l’espace CEMAC.

Par ailleurs, en intégrant la rémittence dans le bouquet de services offerts par les acteurs du paiement de la sous-région, allégeant ainsi le dénouement de ces opérations telles que pratiquées jusqu’alors, d’énormes facilités d’entrées de flux de capitaux, source de plus-value en matière d’exportation, et d’injection dans les économies des capitaux en provenance de la diaspora, s’ouvrent pour la CEMAC.

AE : Il y a eu comme des désaccords avec certains pays dont les gouvernements souhaitaient jouer un rôle actif dans le processus, cela est-il réglé aujourd’hui?

Valentin Mbozo’o : En lieu et place de désaccord, il est préférable de parler d’incompréhension. Du fait de la méconnaissance de l’existence de l’énorme charge de travail assumée par le GIMAC pour la mise en œuvre de l’interopérabilité mobile, il y a eu des projets de mise en place d’une interopérabilité nationale qui ont été suspendus une fois que les possibilités offertes par GIMACPAY ont été connues; ceci afin d’éviter la redondance. En tout état de cause les échanges et discussions en cours, vont dans le sens d’une solution consensuelle.

Dans le même ordre d’idées, le GIMAC a été reconnu d’utilité publique par le Comité Ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) en date du 30 avril 2020, qui a prescrit l’accélération de l’arrimage des acteurs de la sphère privée du paiement ainsi que les administrations nationales des trésors publics des pays de la sous-région à la plateforme GIMACPAY.

agencecofin

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