mardi 19 janvier 2021
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L’effectivité des initiatives politiques de développement des EnR en Afrique subsaharienne

L’effectivité des initiatives politiques de développement des EnR en Afrique subsaharienne
3.300 panneaux solaires forment le plus grand parking couvert solaire d'Afrique au centre commercial Garden City à Nairobi (Kenya), générant 1.256 MWh par an. Vue de ce parking le 26 octobre 2015 / AFP/Archives
Malgré des investissements toujours plus importants et de multiples initiatives qui le poussent vers de nouveaux horizons, le secteur des énergies renouvelables est freiné dans son développement par des entraves d’ordre institutionnel, structurel, et parfois aussi par des entraves réglementaires nationales. Décryptage avec les avocats Anaïs Reilhac et Paul Elfassi (BCTG Avocats).

Une personne sur deux, soit plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne, dont 75% vivent en zone rurale, n’a, à ce jour, pas d’accès à l’électricité, selon l’Africa Energy Outlook 2019 de l’IEA.

Il existe pourtant un consensus pour considérer que le développement des énergies renouvelables (solaire, hydroélectrique, éolien, géothermique, biomasse, marin), inexploitées à ce jour sur le continent africain, permettrait à l’ensemble de la population d’Afrique subsaharienne d’y accéder.

En effet, l’énergie solaire peut être développée sur tout le continent, l’énergie hydroélectrique en Afrique centrale grâce notamment aux fleuves Nil, Zambèze ou Congo, la biomasse représente un potentiel important dans les régions centrales et méridionales grâce à la forêt primaire d’Afrique centrale et la bagasse, de même que la géothermie dans la vallée du Rift (Afrique de l’Est) et l’éolien sur les côtes et les îles; comme le détaille une analyse de l’IRENA, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (in l’Atlas mondial 2013).

Dans L’Afrique et les énergies renouvelables : la voie vers la croissance durable, celle-ci estimait ainsi à l’époque que « la part des énergies renouvelables en Afrique peut passer de 17% en 2009 à 50% en 2030 et à près de 75% d’ici 2050. La production électrique provenant de ces sources passerait de 28 GW en 2010 à 800 GW d’ici 2050 avec 245 GW générés à partir du solaire photovoltaïque, 242 GW de l’hydroélectricité, 94 GW de l’énergie solaire thermique à concentration, 69 GW de la biomasse et 8 GW de l’énergie géothermique. Ce scénario prend en compte l’objectif visant à atteindre l’accès universel à des services énergétiques modernes d’ici 2030, tout en réduisant considérablement les coûts à long terme ».

Forts de ce constat, de nombreux gouvernements africains et organisations régionales et internationales ont considéré les investissements dans le secteur des énergies renouvelables comme prioritaires. Conséquemment, de nombreuses initiatives ont été lancées afin de soutenir le développement du secteur énergétique (I.), sans que leur effectivité ne soit, pour l’instant, pleinement satisfaisante (II.).

Le foisonnement d’initiatives internationales et régionales de développement des EnR en Afrique subsaharienne

Chaque sommet mondial relatif au développement durable, chaque « COP », chaque conférence sur le développement du continent africain, est l’occasion de rappeler la précarité énergétique du continent et les obstacles que cela représente pour le développement économique de l’Afrique subsaharienne.

Chacun de ces rassemblements est également l’occasion de mettre en place une nouvelle initiative ou un programme d’aide au développement du secteur énergétique africain.

En mai 2016, une vaste opération de cartographie de ces initiatives a été lancée par le Partenariat Afrique-UE pour l’énergie (PAEE). En limitant la portée de cette étude à « d’importants programmes et initiatives engagés au niveau continental ou régional avec une certaine forme de participation du secteur public », 58 ont été répertoriées au total.

En majorité, ces initiatives et programmes fixent des objectifs chiffrés de développement (doubler la part des EnR dans le mix énergétique, atteindre l’accès universel en 2050,…) et offrent une assistance technique (développement des compétences) et/ou financière (subventions, prêts et garanties, actions) pour les atteindre.

Si la Banque mondiale et l’Union européenne sont les deux organisations à l’origine du plus grand nombre de ces initiatives, celles-ci émanent également d’organisations régionales telles que la Banque africaine de développement (BAD), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA), mais aussi pour beaucoup d’agences bilatérales de développement (l’AFD pour la France, la GIZ pour l’Allemagne, la JICA pour le Japon,…).

Il ressort également de cette cartographie qu’en Afrique subsaharienne, le Kenya est le pays qui reçoit, de loin, le plus gros volume d’aide publique au développement dans le secteur de l’énergie, tandis que les pays d’Afrique centrale sont les grands perdants.

L’effectivité de ces initiatives en Afrique subsaharienne n’est pas pleinement satisfaisante

Concrètement, ces initiatives ont permis à de nombreux projets de voir le jour. Ceux-ci étant tellement nombreux, seuls quelques exemples seront développés :

Le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures (ITF), qui fonctionne depuis juin 2007 et regroupe les ressources de la Commission européenne et des États membres de l’Union européenne, de la Banque européenne d’investissement, des institutions européennes de financement du développement et de la Banque africaine de développement, a permis le financement de projets énergétiques majeurs. L’un des premiers projets financés est l’aménagement hydroélectrique de Félou, sur le fleuve Sénégal : centrale au fil de l’eau, d’une puissance installée de 60 MW qui produit de l’énergie à destination du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal.

Le Fonds mondial pour la promotion de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables (GEEREF), créé en 2008 pour stimuler les investissements privés dans les EnR, crée et finance des fonds régionaux qui, à leur tour, apportent du capital-risque pour financer des projets en y prenant des participations. Ce fonds a permis le financement de la centrale géothermique Corbetti dans la vallée du grand Rift en Ethiopie d’une puissance de 500 MW, premier partenariat public privé du pays.

L’initiative de l’Afrique sur les énergies renouvelables (IAER), lancée lors de la COP 21 en 2015 à Paris par 54 chefs d’États africains, a mis en place une plateforme permettant aux ONG et entreprises du secteur privé en recherche de financement de déposer des projets d’EnR en Afrique. En 2017, les projets de centrales solaires à Agadez et Gourou Banda au Niger et à Onigbolo au Bénin ont par exemple été sélectionnés pour être financés.

L’initiative « Energie durable pour tous » (ou Sustainable Energy for all – SE4ALL), lancée en septembre 2011 par le Secrétaire général des Nations unies, a élaboré en 2015 un programme de développement du marché de mini-réseaux verts afin d’encourager l’adoption des mini-réseaux comme moyen d’améliorer l’accès à l’énergie en milieu rural. Grâce à ce programme, l’ONG « Energie 4 impact » apporte un soutien aux développeurs de mini-réseaux à travers « la modélisation commerciale et financière, la sélection du site, les études de faisabilité, l’engagement des communautés, l’évaluation de la demande, la conception du système technique, la levée de capitaux, l’acquisition d’équipement, la construction, la mise en service, l’exploitation et la maintenance de mini-réseaux ». L’ONG offre également « des services d’accompagnement commercial, technique et financier sur le terrain aux petits utilisateurs producteurs de mini-réseaux ». Ce soutien a bénéficié à plus de 4 000 entreprises locales.

Toutefois, en pratique, le constat reste que, malgré le développement de ces initiatives depuis plus de vingt ans, la région d’Afrique subsaharienne reste la moins électrifiée du monde.

Cela pourrait s’expliquer, d’une part, par le fait que les initiatives semblent se chevaucher, la coordination semble limitée et les efforts dupliqués. Il est ainsi difficile de retrouver toutes les informations liées à ces initiatives, que ce soit concernant leur mise en œuvre, le nombre et le type de projets financés, l’aide accordée, le secteur privilégié, etc. Il n’est ainsi pas aisé pour un nouvel acteur de s’y retrouver et de pouvoir bénéficier de ces soutiens.

D’autre part, malgré les investissements toujours plus importants, le développement des EnR en Afrique subsaharienne se heurte à des défis d’ordre institutionnel, réglementaire et structurel au niveau national.

afrique.latribune

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