vendredi 18 septembre 2020
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L’émeraude, l’autre richesse minière zambienne

L’émeraude, l’autre richesse minière zambienne

La dernière découverte d’émeraude «géante» sur le marché mondial de la pierre précieuse a été effectuée en Zambie. Nommée «Inkalamu» (émeraude lion en langue locale), la pierre de 1,1 kg a été récupérée à la grande mine Kagem, qui est opérée par la compagnie Gemfields et qui fournit environ 25% de la production mondiale. Si le cuivre vient en premier plan lorsqu’il s’agit d’évoquer les richesses minières de l’ex-Rhodésie du Nord, le pays n’en demeure pas moins un des leaders de l’émeraude alors qu’il contrôle à peine son secteur. C’est dire son potentiel.

 

Gemfields, principal acteur de l’émergence de l’émeraude en Zambie.

En février dernier, le géant des pierres précieuses de couleur Gemfields, a annoncé son entrée sur le marché AIM de la bourse de Londres, soit sa troisième cotation après les bourses de Johannesburg et du Botswana. Cette introduction est censée offrir une visibilité internationale accrue au rubis qu’elle exploite au Mozambique, mais également à l’émeraude produite par sa mine Kagem en Zambie.

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Les émeraudes extraites en Zambie sont très convoitées par les joailliers.

 

« L’admission d’aujourd’hui sur le marché londonien est une étape importante pour Gemfields, après une décennie de croissance de la demande et des prix des pierres précieuses de couleur », dixit Sean Gilbertson, PDG de la compagnie, qui a vendu en 2019 ses derniers intérêts dans le manganèse pour se concentrer sur les pierres précieuses.

Si la Colombie est le premier producteur d’émeraude au monde, les richesses du sous-sol zambien ont permis au nouveau venu Gemfields de gagner peu à peu une grosse part du marché. Bien que la découverte des premiers gisements zambiens d’émeraudes remonte à plusieurs décennies, leur exploitation n’est devenue industrielle et moderne que depuis quelques années, notamment avec l’arrivée de la compagnie basée au Royaume-Uni.

Bien que la découverte des premiers gisements zambiens d’émeraudes remonte à plusieurs décennies, leur exploitation n’est devenue industrielle et moderne que depuis quelques années, notamment avec l’arrivée de la compagnie Gemfields.

Cette dernière a acquis 75% d’intérêts dans le projet Kagem, une mine qui produit des émeraudes depuis 20 ans, mais avec des performances médiocres. La compagnie transforme alors le projet en un actif de classe mondiale, faisant de la petite mine de 41 km², la plus grande, en matière de production d’émeraudes dans le monde. Kagem assure aujourd’hui le quart de l’approvisionnement mondial du secteur avec des bénéfices impressionnants pour Gemfields et la Zambie.

La particularité de l’émeraude zambienne

5655 carats, 1,1 kg. L’Inkalamu mérite son nom d’émeraude lion. Si la pierre n’est pas la plus grande de l’histoire (une émeraude de 180 000 ct découverte à Bahia au Brésil revendique ce titre), elle témoigne de la valeur et de la particularité de la gemme verte zambienne.

« La découverte de cette pierre précieuse exceptionnelle est un moment important pour nous et pour le monde de l’émeraude, en général. Nous connaissons une demande croissante et frappante d’émeraudes zambiennes de haute qualité de la part des grandes marques, en particulier en Europe, qui admirent la richesse des couleurs et la transparence unique de nos pierres précieuses », commentait à l’époque Elena Basaglia, gemmologue de la compagnie.

« Nous connaissons une demande croissante et frappante d’émeraudes zambiennes de haute qualité de la part des grandes marques, en particulier en Europe, qui admirent la richesse des couleurs et la transparence unique de nos pierres précieuses ».

Reconnaissables à leur couleur verte d’une grande transparence, les émeraudes extraites en Zambie sont très convoitées par les joailliers. Elles présentent une clarté et une teinte verte unique, légèrement bleutée, qui en font des merveilles prisées des acheteurs, lors des enchères organisées par Gemfields.

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5655 carats, 1,1 kg. L’Inkalamu mérite son nom d’émeraude lion.

En 10 ans (2009-2019), la compagnie a généré des revenus totaux de 635 millions de dollars, grâce notamment à 34 ventes aux enchères organisées dans la capitale zambienne (Lusaka) ou à Singapour. Elle a par ailleurs procédé à l’acquisition en 2013 de la maison de joaillerie Fabergé afin de transformer certaines de ces découvertes en bijoux.

 

Une contribution à l’économie zambienne non négligeable, mais éclipsée par le cuivre

Selon les données de la direction générale du Trésor français, la Zambie est, avec un PIB de 25 milliards de dollars en 2018, la quatrième économie d’Afrique australe, derrière l’Afrique du Sud, l’Angola et le Zimbabwe. L’économie du pays est très dépendante du secteur minier qui représente environ 15% du PIB et plus de 75% des recettes d’exportation en moyenne, ces dernières années, en particulier le cuivre. S’il existe peu de données sur la contribution réelle du secteur de l’émeraude à l’économie, c’est parce que les autorités zambiennes ont fait du métal rouge leur priorité.

Alors qu’il ne fait aucun doute que l’émeraude zambienne a largement contribué au succès et à la croissance de Gemfields, il faut souligner que le partenariat entre la compagnie et Lusaka profite également au pays d’Afrique australe. D’après les rares chiffres disponibles, la société a versé à l’Etat zambien 20% des revenus générés par la mine Kagem, sur la dernière décennie, soit un montant total de 107 millions de dollars en impôts, redevances et dividendes.

D’après les rares chiffres disponibles, la société a versé à l’Etat zambien 20% des revenus générés par la mine Kagem, sur la dernière décennie, soit un montant total de 107 millions de dollars en impôts, redevances et dividendes.

La compagnie œuvre également dans le pays à la formation de compétences locales dans le secteur minier avec l’emploi de centaines de Zambiens à Kagem. Elle participe aussi au développement du pays, à travers divers projets communautaires au bénéfice des populations.

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 L’émeraude zambienne a largement contribué au succès et à la croissance de Gemfields.

 

Pour avoir une idée approximative de la contribution du secteur de l’émeraude au PIB zambien, il faudrait ajouter aux recettes rapportées à l’Etat par les exploitations de Gemfields, les revenus générés par les autres acteurs, y compris les mineurs artisanaux.

 

De grands défis pour concrétiser le véritable potentiel du secteur

La Zambie conteste aujourd’hui le leadership de la Colombie sur le marché de l’émeraude. Malgré une contribution de près de 40% à l’offre mondiale de la pierre verte, il existe pour l’ex-Rhodésie un véritable potentiel de croissance si les bonnes politiques sont mises en œuvre.

En effet, si le développement du secteur est porté par Gemfields, celle-ci a longtemps fait cavalier seul dans l’exploitation industrielle des ressources d’émeraudes du pays. En 2017, le magnat israélien du diamant Lev Leviev a acquis 50% des parts dans le projet Grizzly, une des plus grandes mines d’émeraude du continent, dans une opération rebaptisée Gemcanton Investments Holdings. Alors que la transaction était pressentie pour stimuler la production zambienne d’émeraude (le pays a produit 74,7 tonnes d’émeraude et de béryl en 2016), le milliardaire doit faire face à une action en justice, suite à un différend avec son partenaire local, Abdoulaye Ndiaye.

En 2017, le magnat israélien du diamant Lev Leviev a acquis 50% des parts dans le projet Grizzly, une des plus grandes mines d’émeraude du continent.

Aujourd’hui, une grande partie des richesses en émeraudes de la Zambie est exploitée de manière artisanale. Selon France Infos, 400 mines artisanales détiennent un permis d’exploitation.

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Kagem, la plus grande mine du monde en matière de production d’émeraudes.

 

Cependant, en raison du manque de moyens techniques et financiers pour l’exploitation, leur production ne représente encore qu’une part négligeable sur le rendement national officiel. Cette situation ouvre surtout la voie à l’exploitation minière illégale, avec son corollaire de pertes de revenus pour l’Etat et d’insécurité pour les mineurs.

 

L’éternelle question de la régulation de l’exploitation artisanale

L’exploitation artisanale fait perdre à la Zambie, comme à plusieurs autres pays africains, des millions de dollars, chaque année. Le pays peut encore augmenter considérablement son emprise sur le secteur s’il arrive à réglementer cette production artisanale.

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La Zambie conteste aujourd’hui le leadership de la Colombie sur le marché de l’émeraude.

 

« Le marché [zambien, NDLR] est complètement fragmenté et non transparent. L’émeraude est encore souvent extraite dans de petites mines artisanales qui échappent à tout contrôle et réglementation. Le cheminement de la pierre, de la mine à la vitrine, est d’une grande opacité », a déclaré au journal Le Temps Daniel Nyfeler, géologue et directeur des laboratoires Gübelin Gem.

Pour lutter contre cette situation, le gouvernement zambien avait envisagé en 2013 l’interdiction de la vente de gemmes hors du pays. Si cette solution n’a plus été appliquée, elle présentait tout de même l’intérêt de favoriser le développement d’une filière artisanale légale et contrôlée. Une autre option serait l’installation par l’Etat, de centres d’achats de la production artisanale d’émeraudes, à l’image de la récente décision similaire annoncée pour l’or.

Le gouvernement zambien avait envisagé en 2013 l’interdiction de la vente de gemmes hors du pays. Si cette solution n’a plus été appliquée, elle présentait tout de même l’intérêt de favoriser le développement d’une filière artisanale légale et contrôlée.

Une chose est certaine, la concrétisation du réel potentiel de l’émeraude zambienne passera forcément par une détermination du gouvernement à agir dans ce sens et à mettre en place les politiques adéquates. Alors que les relations qu’entretient Lusaka avec l’industrie minière se sont dégradées ces derniers mois, il faudra sans doute attendre pour voir un jour la Zambie ravir à la Colombie la place de leader mondial de l’émeraude.

agenceecofin

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