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L’érosion de l’euro ne connaît pas de répit face à la toute puissance du dollar

L’érosion de l’euro ne connaît pas de répit face à la toute puissance du dollar

Panne de croissance, risque de déflation, incertitude en Grèce concourent à affaiblir l’euro et les marchés boursiers. Alors que la Banque centrale européenne s’apprête à agir, l’euro est au plus bas depuis 9 ans face au dollar.

L’euro a franchi la barre des 1,20 dollar lundi pour toucher un nouveau plus bas depuis mars 2006 à 1,1860 dollar. Depuis le 16 décembre, l’euro a perdu 4,8 % de sa valeur face au billet vert, après avoir plongé déjà de 12 % en 2014. Depuis son pic atteint le 17 mars à 1,39 dollar, il perd même 14,5%. A l’époque, ministres des Finances et entreprises de la zone s’inquiétaient d’un euro trop fort et d’un dollar trop faiblard, porteur des germes de la déflation dans la zone euro. En avril, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne avait même sonné l’alarme : « la poursuite de l’appréciation du taux de change de l’euro pourrait nécessiter une action monétaire». Un an plus tard, après intervention massive de la BCE, l’euro a plongé, mais la déflation n’a jamais été aussi menaçante. L’inflation devrait ainsi passer en territoire négatif au premier trimestre 2015, en raison notamment de la chute des prix du pétrole.

La remontée du dollar face à l’euro est une tendance lourde, une histoire de divergence. Divergence économique d’abord entre les Etats-Unis qui ont retrouvé un rythme de croissance fort (3,1 % prévu en 2015 par le FMI) alors que la zone euro se débat pour obtenir plus de 1 %. Divergence de politique monétaire ensuite. La Fed a prévu d’augmenter ses taux d’intérêt cette année, quand la BCE s’apprête à devenir plus accommodante que jamais. La lancement d’un plan de rachats de dettes souveraines devrait entraîner une hausse importante de son bilan et de facto augmenter le nombre d’euros en circulation. « Les anticipations de plus en plus forte de voir la BCE adopter un programme d’assouplissement quantitatif le 22 janvier, associées à des inquiétudes politiques avant les élections législatives en Grèce, devraient maintenir l’euro sous pression », conclut Michel Sneyd de BNP Paribas.

La Grèce déboule en effet comme un chien dans un jeu de quille, en replaçant la zone euro face à ses fragilités. La question du « Grexit » agite la place financière alors que le magazine Der Spiegel affirmait dimanche que Berlin ne craindrait plus une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, sortie jugée inévitable en cas de victoire de la gauche anti-austérité lors des élections législatives grecques du 25 janvier. Cette affirmation a poussé l’euro sous les 1,19 dollars dès l’ouverture des marchés en Asie, malgré les démentis formels du gouvernement allemand.

Des éléments déjà validés par les marchés mais qui n’en finissent plus de renforcer le dollar. « Une nouvelle année, mais le même vieil euro », constate ainsi Kit Juckes à la Société Générale, qui estime que le consensus sur le niveau de l’euro en fin d’année devrait baisser. Il est actuellement de 1,18 dollar et pourrait se diriger vers les 1,14 dollar, soit une baisse potentielle de 4,5 %. Avant d’aller plus loin à l’horizon 2016 ? Pour Asoka Wöhrmann de Deutsche AWM, « Les Etats-Unis étant précurseurs du cycle économique international, le dollar maintiendra son élan. A long terme, il vise la parité avec l’euro. »

Pierrick Fay
lesechos.fr

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