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Les attentes déçues du phénomène BRICS

Les attentes déçues du phénomène BRICS

Seule l’Inde reste un moteur de la croissance mondiale.

Il y a quelques années, à en croire les grands manitous de l’économie et les dirigeants politiques, les BRICS (l’ensemble de pays constitué par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) allaient devenir les moteurs de la croissance mondiale.

Mais aujourd’hui il y a une certaine désillusion. Les économies du Brésil et de la Russie se contractent, tandis que celles de la Chine et de l’Afrique du Sud connaissent un fort ralentissement. Seul le taux de croissance de l’Inde reste élevé, dépassant légèrement celui de la Chine. Les BRICS vont-ils répondre aux promesses que l’on attendait d’eux ou bien les problèmes actuels persisteront-ils?

La Chine, l’Inde et le Brésil dont une très grande partie de la population est encore rurale ont fait de grandes avancées dans la lutte contre la pauvreté. Dans ces trois pays, des centaines de millions de personnes (la plus grande proportion étant en Chine) sont sortis de la misère au cours des dernières décennies et leurs classes moyennes se développent rapidement. Le progrès rapide des pays émergents contribue au pessimisme économique en Europe et en Amérique du Nord. Le PIB de l’ensemble des pays en développement dépasse maintenant celui des pays avancés – une situation inimaginable il y a une génération.

Mais il pourrait être de plus en plus difficile aux BRICS de rester sur la voie d’un progrès rapide. L’expérience montre qu’à partir d’un certain point – généralement quand le revenu par habitant atteint 15.000 à 20.000 dollars (sensiblement le tiers du revenu par habitant aux USA), la croissance ralentit. Au cours des dernières décennies, seuls quelques pays (notamment la Corée du Sud, Taiwan et Singapour) ont réussi à échapper au «piège du revenu moyen» et restent sur la voie d’une prospérité croissante.

Au-delà des problèmes auxquels sont confrontés tous les pays en développement – par exemple des institutions faibles et une mauvaise gouvernance – chacun des pays des BRICS est confronté à des problèmes spécifiques. Ainsi le Brésil est confronté à une récession, à un prix du pétrole peu élevé et à une corruption sans précédent à Petrobas. Face à cette situation, la présidente Dilma Rouseff devrait en priorité libéraliser les échanges, en particulier avec les pays de l’ALENA (Canada, USA et Mexique), et encourager les investissements étrangers, notamment dans le secteur de l’énergie.

La Russie est touchée elle aussi par le faible prix du pétrole, que ce soit au niveau budgétaire ou dans sa capacité à poursuivre le développement de son secteur énergétique, ou en raison des sanctions économiques qui la frappent et aggravent encore la situation. Elle est également confrontée à une diminution de sa population, à une espérance de vie très inférieure à celle de la moyenne des pays avancés et à une fuite des cerveaux.

De tous les pays BRICS, c’est l’Inde qui connaît les meilleures perspectives économiques, au moins à court terme. L’inflation, une grave menace pour l’économie jusqu’à il y a peu, a été jugulée sous la conduite du gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan. La prévision de croissance est de 7,5% pour cette année. Mais la position budgétaire du pays reste problématique et la population indienne qui va bientôt dépasser celle de la Chine, est essentiellement rurale et très pauvre.

Malgré les problèmes qui s’annoncent, le Premier ministre indien, Narendra Modi, est lent à mettre en œuvre les réformes économiques promises. En dépit de quelques petites améliorations dans la réglementation, les privatisations et les transferts de richesse en faveur des plus pauvres, il n’y a pas encore eu de réforme de fond de la propriété de la terre et du marché du travail.

La Chine pour sa part tente un difficile rééquilibrage économique, passant d’un modèle basé sur l’exportation à un modèle basé sur la consommation. Le président chinois Xi Jinping se fait peut-être des illusions en pariant sur la demande en biens manufacturés d’une classe moyenne en croissance rapide pour éviter que l’énorme surcapacité de production des industries de base n’entraîne une vague de chômage de masse.

En Chine, la consommation des ménages qui représente moins de 40% du PIB (contre plus de 60% dans les pays avancés) peut encore augmenter. Mais un nuage lourd de menaces pèse sur l’économie chinoise. Ainsi que cela s’est produit au Japon il y a plusieurs décennies, la Chine doit maintenant faire face à la concurrence de pays à moindre coût de production, le Vietnam par exemple.

Enfin, les problèmes de l’Afrique du Sud traduisent une perte de confiance dans le gouvernement, une corruption endémique, des besoins massifs en matière d’infrastructure et une réglementation trop restrictive concernant le marché du travail et les investissements étrangers. Et en terme de réformes, le président Jacob Zuma ne va pas dans la bonne direction.

Les BRICS sont – et ont toujours été – soumis aux mêmes forces économiques que les autres pays. Mais, après avoir accru leur dépendance à l’égard des forces du marché, leurs gouvernements continuent à imposer un trop grand nombre de décisions économiques importantes, ce qui augmente le risque de déséquilibre, voire de crise. Leur capacité à créer un système favorable au libéralisme économique, reposant davantage sur la libre concurrence et moins sur l’Etat, sera probablement le facteur déterminant de leur succès à long terme.

Michael J. Boskin
Stanford et Institut Hoover
Project Syndicate

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