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Les banques grecques, toujours ultra-fragiles, rouvrent sous contrôle

Les banques grecques, toujours ultra-fragiles, rouvrent sous contrôle

Le contrôle des capitaux est maintenu tandis que le seuil du retrait d’argent liquide est assoupli.

Après trois semaines de portes closes, les banques grecques rouvrent leurs portes aujourd’hui. Confirmant les annonces du ministre délégué des Finances, Dimitris Mardas, le gouvernement grec a publié samedi un décret qui autorise les établissements à rouvrir leurs portes. Pour les banques grecques, cela ne signifie pas pour autant un retour à la normale.

Le contrôle des capitaux restera en vigueur dans le pays et va continuer de paralyser l’économie. Les conditions du retrait d’argent liquide vont toutefois être assouplies. Les seuils du retrait passent en effet aujourd’hui de 60 euros par jour à 420 euros par semaine. Dans les agences, seules les opérations simples et retraits de petits montants pourront donc être réalisés.

Ces restrictions visent à protéger un système bancaire de plus en plus précaire. Tenues à bout de bras par la Banque centrale européenne (BCE), les banques grecques ont bénéficié jeudi dernier d’un nouveau relèvement du plafond de liquidités d’urgence (ELA) de 900 millions d’euros. Une mesure d’urgence valable une semaine, alors que les établissements ont de moins en moins de collatéral à offrir pour obtenir ces liquidités.

Depuis l’élection de Syriza, les retraits massifs des épargnants ont pesé sur la capacité des banques à se financer. En parallèle, la dégradation de leurs portefeuilles de crédits menace leurs fonds propres. Or, la BCE ne peut financer que des banques solvables. C’est pourquoi le sommet de la zone euro, achevé lundi dernier, a prévu de recapitaliser les banques grecques. La mesure devrait se concentrer sur les quatre premiers établissements, qui dominent 95 % du marché. Si le Mécanisme européen de stabilité (MES) est prêt à mettre 10 à 25 milliards d’euros à disposition, le montant final se situera sans doute dans le haut de la fourchette. Le juge de paix sera la BCE, qui va lancer à l’automne des tests de résistance sur ces établissements sous la coupe du régulateur unique MSU.

Dans ce petit groupe, la banque du Pirée affichait fin mars le taux de prêts non performants le plus élevé, soit 39 % du portefeuille. Son ratio de fonds propres durs (CET1) est aussi le plus faible à 11,9 %. Eurobank, la seule banque pas majoritairement aux mains du fonds hellénique de stabilité financière (HFSF), affichait de son côté un ratio de capital de plus de 14 %. Sur le papier, ces banques sont donc dans les clous des exigences des régulateurs. Mais le contrôle des capitaux a détérioré la capacité des emprunteurs à rembourser leurs prêts. Selon RBS, la proportion des prêts non performants pourrait ainsi avoir gagné jusqu’à 20 points de base.

Une lecture difficile des fonds propres des banques

Les prêts en souffrance étaient couverts fin mars pour près de 60 % par des provisions. En cas de pertes allant au-delà, pas sûr que les fonds propres puissent jouer leur rôle d’amortisseur. Ces derniers sont en effet pour près de moitié constitués de crédits d’impôts différés (DTC) sur l’Etat grec, déclaré insolvable fin juin et secouru désormais par des prêts européens. La présidente du MSU, Danièle Nouy, a chiffré ces créances sur l’Etat grec à 12,8 milliards d’euros, représentant 46 % des fonds propres des grandes banques du pays. La BCE n’en avait pas tenu compte pendant les tests de résistance publiés en octobre 2014. Elle ne peut ignorer la loi grecque, mais on sait l’institution critique sur les dispositifs nationaux empêchant une lecture harmonisée des fonds propres des banques.

La commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager a entendu le message, et fait désormais étudier si le mécanisme des créances sur le fisc est une aide d’Etat illégale. S’il en était jugé ainsi, alors un trou béant serait creusé dans le bilan des banques grecques et du sud de la zone euro, lesquelles profitent du même dispositif.

Jean-Philippe Lacour / Correspondant à Francfort et Sharon Wajsbrot
lesechos.fr

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