Accueil / Développement / Les banques menacées par une lente fuite des dépôts ?

Les banques menacées par une lente fuite des dépôts ?

Les banques menacées par une lente fuite des dépôts ?

(Easybourse.com) C’est une question à laquelle a tenté de répondre Hervé Alexandre, professeur à l’Université Paris Dauphine à l’occasion d’une conférence organisée mercredi 22 mars sur les risques de financement du business model bancaire. Ce dernier s’est essayé à exposer les dangers potentiels pour les banques sous-jacents à l’arrivée des fintechs dans certains domaines d’activités qui leur sont propres.

« Le marché bancaire a longtemps été l’exemple type d’un marché non contestable, sur lequel un petit nombre d’acteurs se faisaient concurrence mais étaient peu menacés par le risque d’être confrontés à des nouveaux entrants à même de remettre en cause l’équilibre établi » avance Hervé Alexandre.
Ce marché s’est alors développé du début des années 1990 à la crise de 2008 sur deux piliers : une réglementation relativement stable et favorable, un environnement technologique en lente évolution.

A la suite de la crise, à partir de 2010 en particulier, la réglementation s’est considérablement durcie pour les institutions bancaires et a cherché à permettre sur certains périmètres d’activité (le paiement, l’octroi de crédits) la pénétration de nouveaux acteurs. Parallèlement, on a assisté à un saut technologique considérable avec le smartphone sans doute plus important qu’avec Internet. « L’apparition de l’Internet avait ouvert un nouveau canal de distribution par lequel les banques pouvaient atteindre des clients. Le smartphone remet carrément en cause la manière d’exercer le métier de banquier. L’accessibilité à la consommation des services bancaires avec le smartphone n’est plus la même » commente Hervé Alexandre.

Le marché bancaire est progressivement devenu plus contestable.

Au-delà de la distribution du crédit, des moyens de paiement la question se pose de savoir si les banques ne vont pas finir par être concurrencées par ces nouveaux entrants dans leur activité de dépôt.

La fuite des dépôts dans le secteur bancaire n’est pas nouvelle. Déclenchée par un mouvement de panique en raison de craintes sur la solvabilité de l’établissement, elle a fait des victimes de renom comme Northern Rock, Bear Stearns … Il s’agirait cependant dans ce nouveau cas de figure d’une forme inédite de fuite des dépôts, une fuite des dépôts progressive et continue qui serait bien plus dangereuse pour les banques commerciales que les banques de financement et d’investissement.

Si pour l’instant, les nouveaux entrants n’ont pas encore pris le chemin, la menace est cependant bien réelle à la lecture des réponses de 39 dirigeants de Fintechs françaises à un questionnaire soumis par l’équipe de recherche d’Hervé Alexandre.
L’analyse des résultats révèlent que les fintechs s’attendent d’ici 2020 à une consolidation, au passage à un marché d’industrie, à l’émergence d’acteurs de taille plus importante pour créer des synergies, amoindrir les couts, accroitre leur notoriété et capter une clientèle de masse. « C’est seulement à ce moment qu’une stratégie pourrait être menée pour avoir un rôle plus diversifié et attirer les dépôts des consommateurs » subodore le professeur de Paris Dauphine.

Pour l’heure, en raison d’un cadre réglementaire du fait de sa complexité est de nature à ralentir leur croissance, d’un déficit de rentabilité, de la nécessité de combler des besoins prioritaires tels que le développement technologique et le recrutement de personnes clés ; ces fintechs sont plus dans une logique de coopération, d’entraide, avec les banques que dans une logique d’affrontement.

Imen Hazgui
easybourse.com

Aller en haut