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Les banques publiques d’investissement interpelées

Les banques publiques d’investissement interpelées

Un projet d’investigation sur les conséquences sociales, écologiques et environnementales des différents investissements au Sénégal des banques multilatérales de développement est en cours. Ce projet qui engage une dizaine de journalistes de la presse écrite et audiovisuelle est piloté par l’Ong Lumière Synergie pour le Développement qui, en collaboration avec OSIWA, a organisé les 2 et 3 octobre derniers une session de formation suivie d’une visite de terrain à Bargny, sur le site de la Centrale à charbon de Sendou financée par un consortium de banques.

Une dizaine de journalistes sénégalais de la presse écrite et audiovisuelle sont formés les 2 et 3 octobre derniers à Dakar pour s’engager en matière de transparence, de redevabilité et de droits de l’homme au sein des banques d’investissement au Sénégal. Cet atelier qui a été suivi d’une visite de terrain à Sendou sur le site de la Centrale à charbon, était organisé par l’Ong Lumière Synergie pour le Développement, membre de la coalition des Organisations de la société civile africaines (OSC africaines) sur la Banque africaine de développement (BAD), en collaboration avec OSIWA (Open Society Initiative for West Africa). Les banques multilatérales de développement sont des institutions qui favorisent l’investissement de capitaux publics et privés dans des projets et programmes de nature à contribuer au développement économique et social.

DES FAMILLES CONDAMNEES POUR 118 MILLIARDS FCFA

Toutefois, malgré leur engagement à respecter leur responsabilité sociale, leurs milliards contribuent souvent à installer le chaos au sein des communautés qui sont non seulement expropriées de leurs terres, mais aussi menacées aux plans écologique, environnementale et social. C’est le cas à Bargny où le financement de la Centrale à charbon de Sendou par un consortium de banques à hauteur de 118 milliards F Cfa a anéanti l’espoir de centaines de familles victimes de l’érosion côtière et qui sont ainsi expropriées de 1500 parcelles de terre qui étaient délibérées en leur faveur par la mairie pour leur recasement. «La Banque africaine de développement (BAD) ne devrait pas être très fière de son investissement et de son rôle dans la mobilisation des financements de la Centrale électrique à charbon de 125 MW à Bargny-Minam qui devrait fournir 50% des besoins en électricité du Sénégal», a laissé entendre Aly Sagne, président de Lumière Synergie pour le Développement (LSD/Sénégal).

LE CHEPTEL EN SURSIS

En effet, l’étude de l’Ong Lumière Synergie pour le Développement (LSD) démontre que le projet est très contesté à Bargny. Cheikh Fadel Wade, coordonnateur du Collectif des communautés affectées par la centrale, signale qu’il y avait «deux lotissements sur les sites de Minam 1 et Minam 2 pour recaser les victimes de l’érosion côtière dont souffre Bargny». Moussa Dia, représentant les éleveurs au sein du collectif ne dit pas le contraire. Selon lui, «il y avait aussi des (zones de) captages d’eau où s’abreuvait le cheptel du département».

Pour sa part, Ibrahima Diagne de l’association Takkom Jerry a signalé qu’il voulait «déposer une plainte à l’encontre de l’Etat du Sénégal qui persiste à vouloir exploiter un projet qui va nuire au bien-être de ses populations». Il dit avoir suspendu sa démarche dans la mesure où «la plainte déposée au niveau de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) semble avoir eu des effets positifs car les travaux de la centrale sont pour le moment suspendus», la mission de l’OCDE étant de promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être des populations.

Aujourd’hui menacée par une forte érosion côtière à l’Ouest, par la Sococim au Nord, et la Centrale électrique à charbon au Sud, Bargny est condamnée à disparaitre. D’autres projets d’investissements comme l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), l’autoroute à péage, parmi tant d’autres, ont été financés et mis en œuvre sans pour autant que les impacts négatifs découlant des études d’impacts environnementales et sociales n’aient été pris en compte.

Pour ce projet de Sendou, «la BAD n’a pas respecté sa propre politique de sauvegarde environnementale et sociale». Et, pire, au lieu «de battre campagne pour appuyer les efforts déployés par les pays membres régionaux pour accéder aux technologies propres, elle est en train de battre campagne pour des technologies polluantes», renseigne Aly Sagne.

Chérif FAYE
sudonline.sn

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