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Les banques publiques maliennes se portent mal: La BNDA au bord …

Les banques publiques maliennes se portent mal: La BNDA au bord …

Les banques publiques maliennes se portent mal: La BNDA au bord de la banqueroute

Les banques publiques maliennes se portent mal. La Banque de Développement du Mali (devenue la BDM-SA) par exemple n’a en réalité rien développé depuis plus d’un demi siècle. Elle a récemment changé de main à la suite d’une décision du ministre des Finances Mamadou Igor Diarra. C’est la BHM-SA qui est en passe aujourd’hui d’être mise sous « administration provisoire » sur recommandation d’une commission bancaire de l’UEMOA. Cela après que son PDG, Modibo Cissé ait été viré par le gouvernement malien. C’est à présent au tour de la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA) d’être dans le collimateur du gendarme des banques africaines.

Ce sont les mêmes règles de gestion que les banques privées. Mais, on ne sait trop pourquoi, les responsables des banques publiques s’autorisent tellement de libertés avec ces règles et piétinent parfois les Conseils d’Administration à un tel point que le résultat est presque toujours le même. La descente aux enfers pour les fonds propres des banques publiques, l’arrivée, au pas de course, de la faillite…

N’oublie pas d’exiger des garanties

Prêter à des clients sans exiger des garanties en cas d’insolvabilité, il n’y a pas beaucoup de banques qui osent aujourd’hui ce genre de largesses. C’est même une tradition. De façon générale, les banques, comme le disent les pauvres, ne prêtent qu’aux riches, c’est-à-dire, ceux qui n’ont pas besoin d’argent, dans leur entendement. Histoire de dire que les banques se donnent tous les moyens de sécuriser les rares prêts qu’elles accordent à leurs clients dans ce pays. C’est une pratique sacro-sainte dans les banques privées qui ne sont en réalité que des banques de dépôt.

Mais étrangement, dans les banques publiques, les premiers responsables, on ne sait trop pourquoi, prêtent souvent à tout va à de gros clients qui sont généralement des personnes morales ou physiques avec lesquelles ils entretiennent de solides amitiés. Cette pratique, selon des informations que «Le Nouveau Réveil » vient de se procurer, aurait pignon sur guichet en ce moment à la BNDA (Banque Nationale de Développement Agricole). Où près de 5 milliards seraient dans la nature, sans aucune garantie.

Des rumeurs sur ces prêts sans garanties sont parvenues aux oreilles du gendarme des banques de l’espace UEMOA, la Commission Bancaire qui vient de réaliser un audit du portefeuille crédits de ladite banque et s’est aperçu de certaines réalités pas très sonnantes et trébuchantes. Ou du moins elles sonnent et trébuchent hors des caisses de la banque.

Encore de graves manquements en matière de gestion?

Les gendarmes de l’UEMOA, selon nos sources n’auraient pas beaucoup apprécié la gestion du PDG de la BNDA, Moussa Alassane Diallo. Ils lui reprocheraient de ne pas veiller sur les fonds de la banque. Et d’accorder des prêts sans s’entourer de garanties valables pour leur recouvrement. Les prêts accordés, selon les auditeurs, sont largement au-dessus de ceux qui peuvent être autorisés par le PDG sans l’aval du Conseil d’Administration.

Son plafond de crédit cumulé pour un même client est de 500 millions. Mais selon nos sources, sans l’avis du Conseil d’Administration, un prêt de 1,5 milliard de FCFA aurait été accordé à un client. Ce prêt de 1,5 milliard qui aurait été accordé au responsable d’une entreprise commerciale court depuis 2010 (deux mois seulement après sa création?), et n’a pas encore été remboursé. Selon la Commission bancaire, ce prêt aurait été accordé sans aucune garantie.

Un autre prêt de 2,5 milliards, selon les gendarmes, aurait été accordé sans garantie à une société d’intrants agricoles dont nous tairons pour l’instant le nom.

Autre exploit, les gendarmes de l’UEMOA auraient identifié 800 clients de la banque qui auraient bénéficié de prêts sans véritables garanties de remboursements. Montant total de ces prêts difficilement récupérables? Environ 11 milliards de FCFA. N’en jetez plus!

Recommandation des «gendarme»? Que la BNDA provisionne ce montant dans la nature. Mais un tel correctif aurait pour conséquence de faire plonger les fonds propres à moins 6 milliards de FCFA. Autant dire qu’on n’est pas loin de la situation de la BHM-SA qui était quasiment en cessation de paiement.

Il ne reste au PDG de la BNDA qu’à courir dès à présent derrière ces clients pour récupérer l’argent de la banque. Allez, tous au guichet !

Nominations politiques, gestions approximatives

Qu’est-ce qui fait que les banques publiques que le régime-IBK a menacé en début de mandat de privatiser pour éviter les pertes, ont tant de mal à bien se porter comme les banques privées ?

Selon un « expert » du secteur qui sait de quoi il parle, il faut chercher dans le mode de nomination des dirigeants des banques publiques, les sources de la mal gouvernance qui ronge ces banques. Selon lui, «la composition des Conseils d’Administration des banques où l’État est majoritaire est politique. Le PDG n’est pas choisi sur la base de ses compétences et sa probité. Il est choisi parce qu’il est le protégé d’un homme politique au sommet de l’État au point où il se trouve intouchable et défie même le Conseil d’Administration».

Et notre expert de donner ce conseil que nous transmettons à qui de droit: «Nous ne devons pas conduire le Mali de l’émergence 2020 de cette façon. Il ne devrait pas avoir des hommes intouchables, impunis. C’est pourquoi, nous pensons que le limogeage simple du Président Directeur Général de la BHM-SA n’est pas suffisant. Sur la base des audits menés, il faut situer les responsabilités et amener les uns et les autres à répondre de leurs actes. Ce serait trop facile de gérer l’argent des épargnants et du contribuable, faire des prêts de complaisance sans recueillir la moindre garantie pour assurer le remboursement du prêt.

Dans le cadre de la BNDA, le caractère répétitif des prêts sans garantie et le nombre de bénéficiaires de ces prêts nous confortent dans l’idée qu’il pourrait exister une complicité…». Entre les prêteurs et les emprunteurs ? Peut-être faudrait-il creuser un peu de ce côté-là aussi. Qui sait, de belles découvertes pourraient être faites.

Après le cas de la BDM-SA pour «mauvaise gestion» et les clients toujours dans la tourmente, la BHM-SA placée sous « administration provisoire », toujours pour mauvaise gestion, voilà la BNDA embarquée dans un train qui file vers une gare dont chacun devine aisément le nom. À qui le tour demain ?

Pour vérifier ces informations sur la gestion de la BNDA, somme toute accablante, nous avons joint la cellule à la communication de la banque. Elle nous a fait savoir qu’aux dires du DFC (Directeur financier et comptable) de la banque, il y a bel et bien une commission bancaire de l’UEMOA qui a séjourné en 2012 à la BNDA.

Toutefois, notre interlocuteur, sans donner plus de précisions, rapporte que le DFC dément l’hypothèse de griefs formulés par la commission bancaire de l’UEMOA sur la gestion de la BNDA. En plus, comme le rassure le DFC de la banque, le Chargé à la communication témoigne de la bonne santé financière de la BNDA, en brandissant comme trophée de chasse, les résultats du dernier Conseil d’Administration qui selon lui comblent les attentes. Qui croire ?

En tout cas, les détecteurs du «Nouveau Réveil» sont tous dressés du côté de la Commission bancaire…

Par ailleurs, comment la BNDA a subi une perte sèche de 2,88 milliards de FCFA lors des sorties d’immobilisations ?

Une question à la quelle nous donnerons des détails dans notre prochaine édition.

Cyrille Coulibaly
Nouveau Réveil
malijet.com

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