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Les banques se ruent sur le prêt à taux négatif de la BCE

Les banques se ruent sur le prêt à taux négatif de la BCE

Le dernier prêt de long terme de la BCE à taux négatif a attiré deux fois plus de demandes que prévu.

C’était l’une des mesures emblématiques du dispositif antidéflation de la Banque centrale européenne (BCE) : les prêts de très longue durée à taux très avantageux accordés aux banques qui s’engagent à faire crédit à l’économie (ou TLTRO dans le jargon monétaire). Ce dispositif a démarré, dans sa première mouture, en septembre 2014. Il a connu, à partir de juin 2016, une deuxième vague (TLTRO II), qui a pris fin ce jeudi. Pour cette dernière opération, les établissements bancaires ont emprunté 233,5 milliards d’euros au guichet de la BCE. Un montant deux fois plus élevé que prévu.

Même en retirant les 17 milliards d’euros empruntés lors de précédents TLTRO II et qui ont été remboursés jeudi, le montant net obtenu est le plus important de tout le programme. Lors de la première opération de TLTRO II, sur les 389 milliards d’euros levés, l’argent frais réellement injecté dans le système bancaire n’avait représenté que 31 milliards d’euros.

Au total, 474 banques sont venues solliciter des liquidités pour quatre ans à un taux allant de 0 % (pour les établissements qui ne remplissent pas leurs engagements en termes de prêts) jusqu’à – 0,4 %, c’est-à-dire le taux de dépôt de la BCE. Dans le deuxième cas, pour les banques qui reprêtent des montants suffisants, le taux est donc négatif, ce qui signifie qu’elles gagnent de l’argent en empruntant à la BCE. La philosophie de ce dispositif étant d’inciter les établissements de crédit à redistribuer les liquidités à l’économie pour soutenir l’inflation et la croissance.

Si les banques ont tant emprunté ce jeudi, c’est aussi par effet d’aubaine. « Les banques qui ont déjà augmenté leur portefeuille de prêts de façon suffisante pour être assurées de bénéficier d’un taux de – 0,40 % ont pu venir au guichet de la BCE dans l’idée de réinvestir les fonds obtenus dans des produits plus rémunérateurs, comme la dette d’Etat à trois ou quatre ans. C’est ce que laissent penser les mouvements de marché ce jeudi », témoigne Patrick Jacq, chez BNP Paribas.

Effets sur la croissance et l’inflation

La fin du TLTRO est un premier signe de la victoire de l’institution monétaire contre la menace déflationniste. Les banques ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. « Le succès de l’opération est en partie dû à l’anticipation d’une remontée des taux de la BCE, explique Patrick Jacq. Il s’agissait de la dernière occasion de pouvoir se financer si peu cher. »

Les marchés commencent à se positionner pour la prochaine étape. « Nous pensons que deux raisons peuvent justifier que la BCE relève son taux de dépôt avant de toucher au programme d’achat de dette [QE], analyse pour sa part Frederik Ducrozet chez Pictet. D’abord parce que des taux moins négatifs seraient favorables aux banques, pour leurs marges et leur capacité à faire crédit.

Deuxièmement, parce que cela permettrait de satisfaire les faucons de la BCE et ainsi de leur faire accepter que le programme d’achat de dette se poursuive jusqu’en 2018 ou au-delà. » Chez Barclays, on rappelle par ailleurs que toutes les mesures de la BCE ont produit des effets sur la croissance et l’inflation. « Les achats de dette, les taux négatifs et le TLTRO ont ajouté 1,8 % de PIB à la zone euro et 1,3 % à l’inflation. Mais il est vrai que l’impact diffère selon les Etats. »

Isabelle Couet,
Les Echos

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