dimanche 05 juillet 2020
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Les bourses américaines sont à des niveaux records de hausse, malgré une économie dévastée par la covid-19

Les bourses américaines sont à des niveaux records de hausse, malgré une économie dévastée par la covid-19

Aux Etats-Unis, de nombreux investisseurs se sont rués sur les actions et les obligations d’entreprises, poussant les valeurs à des niveaux historiques, alors même que les fondamentaux de l’économie américaine se sont dégradés avec la covid-19.

Les tendances sur les marchés financiers américains remettent en cause plusieurs principes d’analyse boursière jusqu’ici admis comme étant la norme. Traditionnellement, la publication des chiffres sur l’emploi influe systématiquement le sentiment des investisseurs. Lorsque le chômage est en hausse, les cours boursiers ont tendance à baisser, et les investisseurs se tournent vers les obligations ayant moins d’incertitude. Lorsqu’au contraire le chômage baisse, les investisseurs interprètent cela comme un dynamisme de l’économie et se positionnent sur les actions des sociétés cotées.

Obligations et actions ont le vent en poupe, malgré de faibles performances économiques

Vendredi 29 mai 2020, les chiffres sur le marché du travail ont indiqué un niveau historique de 40 millions de personnes sans emploi. Pourtant, la semaine qui a suivi, les cours boursiers ont bondi à des niveaux tout autant historiques. Une déconnexion entre les sentiments des places financières et l’économie réelle qui n’a pas manqué de surprendre.

L’indice composite Nasdaq des valeurs technologiques a progressé de 6%, effaçant une grande partie de ses pertes dues au coronavirus. D’autres indices américains importants ont également enregistré de solides gains pour la semaine. Le S&P 500 (les 500 plus grosses capitalisations boursières américaines) a augmenté de 3,5%, tandis que le Dow Jones Industrial Average a progressé de 2,6%.

Mis ensemble, les trois indices de référence du marché financier américain affichent une progression de 30% comparée au niveau le plus bas atteint le 30 mars, au début du confinement aux Etats-Unis. L’autre constat, c’est que les émissions de titres d’emprunts par les entreprises américaines ont fortement augmenté cette année, atteignant le niveau record de 1000 milliards $ à la fin du mois de mai 2020.

La question qui se pose est celle de savoir qu’est-ce qui a changé fondamentalement et poussé les investisseurs à se montrer plus confiants. La première raison est que les entreprises leaders des bourses américaines ont continué de progresser. Ces sociétés sont les valeurs technologiques encore appelées les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Les investisseurs ont simplement adopté de nouveaux référentiels d’analyse

Le comportement des investisseurs peut s’expliquer. Le confinement bien qu’ayant cloué 3,4 milliards de personnes dans le monde à leurs domiciles, ne les a pas empêché de travailler. Le télétravail a pris le relais offrant des opportunités pour les solutions collaboratives de Microsoft ou de Google.

Les personnes confinées ont aussi passé le temps sur Facebook, ou ont été contraintes d’augmenter le volume de commande via Amazon. Tout cela combiné a contribué à faire de ces valeurs, des placements refuges plus attractifs qu’avant la période de covid-19.

Un autre élément qui tire le marché des actions aux USA, c’est une théorie qui est plus proche de la physique que de l’économie ou de la finance. Beaucoup d’investisseurs américains parient sur le fait que leur pays ne peut connaître pire que ce qu’il vient de traverser et que son économie ne peut que rebondir. Alors, on profite pour racheter des actions, et se positionner dans l’attente des hausses futures.

Les investisseurs américains sont conscients que les conséquences économiques de la pandémie vont être rudes pour les revenus des entreprises. Cependant, de leur point de vue, la croissance négative des chiffres d’affaires va se réduire et même être inversée par une hausse des ventes, dès le premier trimestre de 2021. « Alors que les perspectives de bénéfices resteront faibles, les investisseurs remettent de plus en plus l’impact de la covid-19 sur les fondamentaux de l’économie cette année et sont confiants en une reprise en 2021 », a fait savoir la banque d’investissement JP Morgan Chase & Co dans une note d’analyse.

Il faut aussi compter avec le coup de pouce de la Réserve fédérale américaine (FED)

La quatrième raison, c’est le coup de pouce de la Réserve fédérale (Banque centrale) américaine. C’est elle qui fin mars 2020, a sonné les trompettes de la confiance sur les marchés sans avoir à débourser un seul dollar. Elle a juste promis de racheter pour 750 milliards $ de dettes d’entreprises nouvelles ou existantes et en a confié l’exécution de la tâche à BlackRock, l’un des plus grands spécialistes mondiaux des investissements sur la dette.

Cela a suffi à rassurer les investisseurs que des faillites seront évitées et que le business reprendra normalement. Rien qu’entre fin mars et fin avril 2020, on estime à 7000 milliards $ la plus-value enregistrée sur l’ensemble des sociétés américaines cotées. Par ailleurs, cette décision de la FED est bien évidemment à l’origine du boom sur le marché obligataire des Etats-Unis, malgré des alertes des agences de notation sur les risques de surendettement.

Moody’s et S&P Global Ratings ont attiré l’attention sur les dérives d’un marché américain qui se déconnecte un peu plus de son économie, en se fiant à des paris qui historiquement ont été gagnants. Ces analystes rappellent que la situation actuelle diffère des précédentes, car le choc n’est pas venu de la finance et ses pratiques, mais d’un ennemi extérieur (le virus).

Certes, l’espoir d’une reprise se base sur des éléments très discrets comme le règlement des factures d’énergie par les ménages qui sont en légère hausse, la progression des fréquentations dans les restaurants, ou encore le nombre de téléchargements des applications du géant mondial du café chaud, Starbucks, qui sont des signes que derrière le chaos, se dessine une reprise.

Des risques de revers existent pourtant

Bien qu’ayant progressé depuis fin mars 2020, le S&P 500 a perdu 9,3% depuis le début de l’année, et une version de cet indice boursier qui attribue à chaque entreprise qui le compose un poids égal, affiche une baisse de 16,8% sur la même période, selon les données de la plateforme d’analyse financière FactSet. La divergence croissante entre les gagnants (GAFAM et autres) et les perdants du marché réintroduit aussi le risque d’un abandon soudain de très séduisantes valeurs technologiques ; ce qui pourrait facilement entraîner le marché à la baisse.

Ce risque est déjà observé depuis mardi 2 juin 2020. La valeur des actions a continué de progresser avec l’assouplissement des mesures de confinement aux Etats-Unis. Cependant, les titres les plus sollicités sont ceux des entreprises de grande distribution qui ont tiré les gains, tandis que les grandes entreprises technologiques sont un peu à la traîne, maintenant que les avantages que leur conférait le confinement pourraient disparaître.

La dette des entreprises constitue aussi une source d’inquiétude. Déjà, on note que l’intervention de la Banque centrale américaine ne concerne que les grosses entreprises du New York Stock Exchange ou du Nasdaq. Des centaines de petites ou moyennes entreprises qui affichent un profil élevé d’endettement se retrouvent démunies, car personne ne veut racheter leurs dettes. On estime qu’elles emploient des millions d’Américains et que si elles tombent en faillite ce sera un problème pour tout le monde.

Ensuite, les grosses entreprises qui ont bénéficié de cette aide avaient déjà des problèmes bien avant la covid-19. C’est le cas de l’avionneur Boeing qui souffrait déjà de la chute mortelle de deux de ses avions, dont celui de la compagnie africaine Ethiopian Airlines, due visiblement à des défauts de fabrication. Sa dette est de 25 milliards $.

agenceecofin

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