dimanche 20 septembre 2020
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Les coronabonds, l’outil solidaire qui fracture l’Europe

Les coronabonds, l’outil solidaire qui fracture l’Europe

Tous lourdement frappés par le coronavirus, les 27 pays membres de l’UE sont plus divisés que jamais sur la question des coronabonds, des obligations solidaires mutualisées dédiées au coronavirus. Les ministres des Finances de la zone euro doivent trancher ce mardi après-midi par visioconférence. Comment marchent ces coronabonds ? Est-ce vraiment le meilleur moyen de financer le sauvetage de la zone euro?

Pour le moment, les pays européens s’en sortent seuls, chacun dans leur coin. La plupart financent le soutien à leur économie en prévoyant de nouveaux emprunts au niveau national. Y compris les plus endettés, comme l’Espagne et l’Italie, où le poids de la dette dépasse largement le PIB annuel. Mais nous n’en sommes qu’au début de la crise économique. Les plus endettés risquent donc à un moment ou à un autre d’avoir du mal à emprunter sur les marchés, et surtout cela va leur coûter de plus en plus cher. Des obligations mutualisées émises au nom de toute la zone euro pourraient apporter à ces États fragiles de l’argent frais à un coût quasi nul, grâce à la participation des États comme l’Allemagne qui empruntent aujourd’hui à taux négatif. Ces coronabonds que 14 pays appellent donc de leur vœu donneraient un accès au financement égalitaire et gratuit à tous les États membres. C’est un vrai outil solidaire.

Mais pour les pays du nord, Allemagne en tête, la question de la mutualisation de la dette demeure un tabou

« Jamais de mon vivant » proclame Angela Merkel en 2012 quand l’idée des eurobonds émerge pendant la crise de la dette. L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande sont allergiques à toute idée de solidarité financière. Pour des raisons économiques. Mais surtout politiques. Ce projet est électoralement insoutenable. Mais cette fois ce n’est pas pareil explique l’économiste britannique Erik Jones : en 2020 il ne s’agit pas de convertir une dette ancienne et chère contractée par les pseudo-cigales de la zone euro en dette bon marché comme c’était le cas pendant la crise des années 2010 mais bien d’émettre de la dette nouvelle pour une durée limitée, comme le préconise le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire.

Si l’eurogroupe échoue à trouver un accord sur les coronabonds, quel est le plan B?

Il y a toute une palette de solutions. Jean Tirole, le prix Nobel d’économie, préconise une action massive de la BCE : en rachetant encore plus de dette publique, elle en réduirait drastiquement son coût et les échéances de remboursement pourraient être reportées indéfiniment. Une piste indolore politiquement, qui sera sans doute exploré à moyen terme, à condition que l’Allemagne l’accepte.

Autre possibilité déjà sur la table: le recours au Mécanisme européen de stabilité créé pendant la crise de la dette. Refusé en bloc par les pays du Sud, car leurs finances seraient à nouveau sous la tutelle de Bruxelles comme le prévoient les modalités du mécanisme. Klaus Regling le directeur du Fonds promet l’abandon de cette condition. Sans succès, ni l’Italie ni l’Espagne n’en veulent, par crainte d’être stigmatisées sur les marchés et donc condamnés à voir leur taux grimper encore plus. Mais c’est aussi pour des motifs politiques que ces pays retoquent cette proposition.

L’absence de solidarité européenne est vécue chez eux comme une humiliation et pourrait faire flamber le sentiment anti européen. Voilà comment le coronabond, imaginé comme un outil de gestion financière original, est devenu un enjeu politique, voire une question existentielle pour l’avenir de l’Europe. C’est dire la responsabilité qui pèse aujourd’hui sur les épaules des ministres des Finances de la zone euro.

rfi

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