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Les cours du cacao “n’ont pas vocation à s’écrouler”

Les cours du cacao “n’ont pas vocation à s’écrouler”

Zurich (awp/ats/afp) – Les cours du cacao “n’ont pas vocation à s’écrouler” malgré une baisse de régime depuis l’été, selon le patron du chocolatier industriel zurichois Barry Callebaut. La demande augmente en effet dans les pays émergents où les consommateurs découvrent peu à peu les plaisirs du chocolat.

Depuis leurs plus hauts de juillet, les cours du cacao ont perdu 30% pour revenir actuellement aux alentours de 1750 à 1800 livres sterling (2217 à 2280 francs) par tonne sur le marché londonien.

“On s’attend à une récolte légèrement excédentaire dans un contexte où la demande mondiale en chocolat ces deux dernières années sur les produits de confiserie a été modérée”, explique dans un entretien à l’AFP le Français Antoine de Saint-Affrique, qui a repris en octobre 2015 les commandes du numéro un mondial du cacao et des préparations chocolatées.

Ajustement du marché

Les prix du cacao avaient grimpé de manière quasi-ininterrompue depuis 2012, échappant au mouvement de correction qui a frappé de nombreuses matières premières agricoles, après deux années de récoltes plombées par les intempéries en Côte d’Ivoire et au Ghana, les deux plus gros producteurs mondiaux. “On a assisté à un ajustement naturel du marché”, ajoute-t-il.

Selon lui, les cours devraient se stabiliser à des niveaux élevés car la demande reste structurellement orientée à la hausse.

Barry Callebaut, qui fournit du chocolat aux géants du secteur alimentaire tels que Nestlé, Unilever ou Mondelez, et aux professionnels de la pâtisserie tels que la maison Lenôtre en France, a comme nombre de ses clients mis le cap sur les marchés émergents depuis une dizaine d’années pour capitaliser sur la hausse du niveau de vie.

Sur son exercice 2015/2016 décalé (clos fin août), le groupe, qui avait racheté en 2013 la branche cacao du singapourien Petra Foods pour gagner en puissance, est parvenu à faire croître ses volumes de ventes de 10,8% en Asie-Pacifique.

Sur la période équivalente, le marché des confiseries chocolatées dans son ensemble y a pourtant reculé de 0,1%, les produits alimentaires n’échappant pas au ralentissement de la croissance asiatique depuis deux ans, en particulier en Chine.

La demande en hausse

A long terme, l’urbanisation galopante et les changements de mode de vie qui l’accompagnent vont néanmoins soutenir la demande de chocolat, selon le patron du groupe zurichois.

“Il y a un effet de cascade avec l’ouverture de restaurants européens où l’on vous sert des mousses au chocolat ou des forêts-noires, et de pâtisseries françaises où l’on vous sert des pains au chocolat”, illustre-t-il.

Ces nouvelles habitudes alimentaires touchent d’abord une élite urbaine avant de s’étendre lentement à d’autres pans de la société, “la partie sucrée étant la dernière à évoluer”, explique Antoine de Saint-Affrique, qui dirigeait auparavant la division alimentaire du géant anglo-néerlandais Unilever.

Une étude du cabinet Euromonitor donne bien la mesure des tendances qui vont en découler. Si les consommateurs en Inde achètent 100 grammes de chocolat en plus sur la période 2015-2020, comme le veulent les projections, les volumes de ventes devraient augmenter de 120’000 tonnes, soit l’équivalent de la croissance attendue pour toute l’Europe de l’Ouest sur ces cinq années.

Accroître la productivité

“La disponibilité du cacao en tant que telle n’est pas un problème, à condition de faire aujourd’hui ce qui est important d’ici 5 à 10 ans”, souligne M. de Saint-Affrique, dont le groupe a dégagé 6,6 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires en 2015-2016 (6,1 milliards d’euros).

La filière du cacao doit en particulier accompagner les petits exploitants en Afrique de l’Ouest pour accroître la productivité et veiller à ce que les plantations soient rentables afin que les fermiers ne se détournent pas vers des cultures plus lucratives à court terme.

Barry Callebaut, qui emploie 10’000 personnes dans le monde, a lancé plusieurs initiatives, dont une récemment visant à sortir 500’000 exploitants de la pauvreté d’ici 2025. “Si les fermiers ne gagnent pas correctement leur vie, ils ne planteront pas d’arbres”, souligne M. de Saint-Affrique.

(AWP / 17.12.2016 11h01)
romandie

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