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Les directeurs financiers quittent leur tour d’ivoire

Les directeurs financiers quittent leur tour d’ivoire

Dans un monde bancaire en mutation, la fonction dépasse le cadre strictement financier dans la stratégie de l’entreprise.

« Ce qui caractérise l’univers bancaire, ce n’est pas la répétition mais bien l’inédit, surtout ces dernières années ! », relève Philippe Heim, directeur financier du groupe Société Générale depuis 2013. Conséquence : « Le directeur financier doit toujours anticiper le marché, être à l’écoute des signaux faibles. » La fonction est devenue stratégique pour les grandes entreprises. Pour preuve, 74 % des professionnels sondés dans la dernière enquête de l’Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion (DFCG)* sont membres du comité exécutif (comme tous les professionnels cités dans cet article). Dans les banques, ils ont aussi la particularité d’évoluer dans un secteur très réglementé. « Nous travaillons sous supervision de la Banque centrale européenne et de ses équivalents dans le monde. Dans mon équipe, j’ai autant de personnes qui travaillent sur le ‘reporting’ réglementaire que sur le pilotage financier stratégique de la banque », poursuit Philippe Heim. Ce « DAF » de 47 ans a d’abord occupé les postes de banquier conseil et directeur de la stratégie chez Société Générale qu’il a rejointe en 2007.
Enarque, il a effectué la première partie de sa carrière dans le secteur public. Aujourd’hui, sa mission est multiple : communiquer auprès des régulateurs et des investisseurs, trouver des solutions de financement pour les projets d’entreprise, s’impliquer dans des sujets transverses comme le recrutement. Olivier Lendrevie, 41 ans, directeur financier de la Bred depuis 2013, le confirme. « Je traite des dossiers d’une grande diversité au-delà des seuls sujets de comptabilité : les investissements, les grands équilibres financiers, les décisions en matière de ressources humaines, l’animation de la relation avec les filiales…, raconte-t-il. Comme l’ensemble des membres du ‘comex’, j’ai également à gérer différents aspects du pilotage de la banque et du déploiement de la stratégie définie par la direction générale. » Cet HEC a travaillé dans la finance à New York et à Londres avant de rejoindre la Bred en 2009. La communication financière devient de plus en plus sensible : « Les comptes de la banque sont observés de près par le régulateur, les agences de notation, les investisseurs institutionnels qui nous confient leurs capitaux. Il nous faut donc leur expliquer nos résultats de manière détaillée et cohérente. »

Moins de cloisonnement
« Agilité », « communication », sont des mots qui reviennent souvent dans les propos des directeurs financiers, dont les compétences doivent aller au-delà de la finance « pure ». « Les fonctions sont désormais moins cloisonnées, note Philippe Gobin, 46 ans, directeur financier d’ING Bank France, diplômé de l’Ecole supérieure de commerce et de management. Le directeur financier doit pouvoir intervenir sur des sujets de risque, d’opérations, de ressources humaines et de ‘business’. Une bonne connaissance du marché bancaire est essentielle. » « Je lis beaucoup la presse, j’assiste à des conférences, pas uniquement sur les normes IFRS mais aussi sur les évolutions du monde digital, sur les dernières tendances de comportement des clients », ajoute celui qui a démarré son parcours dans la branche audit interne du Crédit Agricole. « Nous devons être adaptables et agiles. Le durcissement des contraintes réglementaires n’est pas le seul changement auquel nous sommes confrontés. Il y aussi une révolution numérique et sociétale et le directeur financier a pour mission d’accompagner son entreprise dans ces évolutions », souligne-t-il.
Les récentes crises et l’évolution réglementaire ont mis le métier sous tension. Ces « grands argentiers » sont ainsi en première ligne pour absorber les règles de Bâle 3. Mais ils ont appris à s’adapter. « L’intensité du métier s’est accrue depuis la crise financière », reconnaît Philippe Heim. Son secret pour résister au stress ? « Anticiper et libérer du temps pour l’imprévu. J’ai aussi des hobbies. » Directeur financier du Crédit du Nord depuis près d’un an, Clara Lévy-Barouch, 40 ans, a, elle, débuté en 1997 chez Arthur Andersen (devenu Ernst & Young). Elle rejoint Société Générale en 2008, juste après le déclenchement de l’affaire Kerviel. « Ce contexte a favorisé mon intérêt pour les situations de crise, que j’avais déjà développé dans mes fonctions en cabinet d’audit. Ces différentes expériences me permettent probablement d’appréhender de manière plus sereine mes missions dans un environnement économique chahuté », estime-t-elle. Il faut aussi veiller à un management adapté. « Les demandes réglementaires sont aujourd’hui de plus en plus importantes et détaillées, avec des délais de restitution contraints. La situation actuelle est difficile mais très enrichissante. En tant que manager, il est important d’avoir du recul, de rassurer et de communiquer de l’enthousiasme aux collaborateurs, confie celle qui, parallèlement à ses études en école de commerce, avait suivi les cours des Beaux-Arts de Reims en candidature libre. Je me sers toujours de cette expérience pour sortir des sentiers battus, réfléchir autrement. »
Le climat actuel ne déstabilise pas non plus Florence Lustman, à la tête des finances de La Banque Postale depuis un an. « L’entreprise développe et adapte sa stratégie en fonction d’un environnement mouvant. Il faut avoir de solides convictions, revenir aux fondamentaux du métier, comme le service au client. » Cette Polytechnicienne de 54 ans, diplômée de Sciences Po et actuaire, a notamment piloté la Commission de contrôle des assurances de 2000 à 2007, puis a été chargée du plan Alzheimer. Des expériences qui lui ont donné le goût de l’ouverture et de l’international. « Pour l’instant, l’international, c’est surtout Francfort, Bruxelles ou Bâle, dit-elle avec humour. Il ne faut jamais oublier qu’il y a un monde autour de nous, voir comment travaillent les autres banques est important. C’est une approche que je développe notamment au travers des groupes de place. » Dans une industrie bancaire en pleine transformation, les directeurs financiers sont en alerte permanente.

Coralie Donas
agefi.fr

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