dimanche 25 août 2019
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Les échos de l’ECO

Les échos de l’ECO

L’émergentier Cheickna Bounajim Cissé, auteur de « FCFA – Face Cachée de la Finance Africaine » (BoD, 2019), analyse les enjeux et les contours de la future monnaie unique de la CEDEAO. Exclusif.


« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille

Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,

Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,

Innocent et joyeux. »


La monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) était attendue et désirée. Avec espoir et crainte. La voilà… Pourrait-on d’ailleurs en dire : Enfin ! Une gestation bien particulière, trois voire quatre décennies d’attente, avec pas moins de quatre fausses couches (2003, 2005, 2009, 2015). Maintes fois annoncée, autant de fois repoussée, la future monnaie de la CEDEAO a été baptisée officiellement « ECO » par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement tenue le 29 juin 2019 à Abuja, au Nigéria. C’est un évènement historique pour les populations de cet espace communautaire, à qui leurs dirigeants promettent la mise en circulation des premiers billets d’ECO dès 2020. A quelques six petits mois de cette échéance, tout porte à croire que la réalité imposera de nouveaux ajustements de calendrier.

Créée par le Traité de Lagos le 28 mai 1975, la CEDEAO regroupe 15 Etats membres répartis dans deux zones monétaires, à savoir l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), créée le 12 mai 1962, qui comprend le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, et la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA), créée le 20 avril 2000, composée de la Gambie, du Ghana, de la Guinée, du Liberia, du Nigeria, de la Sierra Leone. Le Cap-Vert, bien que membre de la CEDEAO, ne fait partie d’aucune de ces deux zones monétaires. Là, depuis près d’une décennie, il s’y déroule un étrange tour de passe-passe monétaire entre pays « convergents » (UMOA) et pays « divergents » (ZMAO), de quoi donner le tournis aux populations ouest-africaines qui sont totalement immunisées contre les fausses promesses de leurs dirigeants.

Actuellement, il y a huit monnaies différentes, pour l’essentiel non convertibles, qui circulent dans l’espace CEDEAO. En plus du franc CFA utilisé par les huit Etats membres de l’UMOA, les sept autres pays ouest-africains ont chacun leur propre devise (Cédi, Dalasi, Dollar libérien, Escudo cap-verdien, Franc guinéen, Leone, Naira). Deux monnaies sont arrimées à l’euro à parité fixe, à savoir le franc CFA (accord de coopération monétaire avec la France de décembre 1973) et l’escudo cap-verdien (accord de coopération monétaire avec le Portugal de mars 1998). A terme, en 2020 tout au mieux, les huit monnaies devront disparaître pour laisser place à l’ECO. Il y a deux types de régimes de change en cours dans l’espace CEDEAO : un régime de change fixe dans la zone UMOA et au Cap-Vert avec un ancrage à l’euro et un régime flexible dans les pays de la ZMOA.

La CEDEAO est l’une des huit communautés économiques régionales (CER) formellement identifiées par l’Union africaine (UA) comme étant les piliers de l’intégration continentale. Elle a des mensurations des plus respectables :

  • Marché de 367 millions de consommateurs (5% de la population mondiale ; 3e « pays » du monde, après la Chine et l’Inde et devant les États-Unis)
  • Superficie de 5 120 945 km² (3,4% des terres de la planète ; 7e « pays » du monde, devant l’Inde et derrière l’Australie)
  • PIB de 551 milliards de dollars (20eéconomie mondiale)
  • Commerce extérieur de 144,4 milliards de dollars US en 2016 (1,1% du commerce mondial). Cependant, les échanges intra-communautaires sont très faibles. Seulement 10,6% des exportations et 7,8% des importations sont réalisées entre les pays membres de la CEDEAO.
  • Ressources agricoles, hydrauliques et minières exceptionnelles (parmi les plus importantes du monde)

La future Zone ECO ressemblera étrangement à sa devancière européenne. La superficie et la taille de la population sont presque identiques. Mais là s’arrête la similitude entre les deux unions monétaires. Avec un PIB de 12 635 milliards de dollars US en 2017, la Zone Euro a réalisé en seulement 16 jours l’équivalent d’une année de production de la CEDEAO. Le niveau de vie de l’Européen moyen, mesuré par le PIB par habitant (33 229 euros), est supérieur de 24 fois à celui de l’Africain moyen vivant dans l’espace CEDEAO (1 370 euros).


Pourquoi une monnaie unique de la CEDEAO ?

Depuis au moins 1983, les dirigeants de la CEDEAO avaient pris la décision politique d’aller vers une union monétaire et une monnaie unique dans leur espace communautaire.

Dans une étude réalisée en 2016 pour le compte de la Banque africaine de développement (BAD) et intitulée fort opportunément « Pourquoi et quand instaurer une monnaie unique dans la CEDEAO », les économistes Ferdinand Bakoup et Daniel Ndoye rappellent que la question monétaire est avant tout une décision souveraine. A ce titre, ils estiment que « la création de la monnaie unique en Afrique de l’Ouest devra donc, en premier lieu, dépendre de la volonté des États membres et de l’adhésion des populations ». Or, prévient François Faure, responsable risque pays à la BNP, « une souveraineté monétaire, ça se construit, ça ne se décrète pas. Il faut qu’il y ait un rationnel économique derrière[1] ». Pour autant, les économistes de la BAD préviennent que « dans l’environnement monétaire international actuel (…), seule la monnaie unique peut offrir aux pays d’Afrique de l’Ouest l’opportunité de faire face collectivement, et donc plus efficacement, à ces bouleversements, et permettre notamment à chaque pays de disposer d’une monnaie unique, dont la valeur par rapport aux autres monnaies du monde pourrait mieux soutenir ses objectifs de croissance économique et de création d’emplois. » Ils ajoutent que « l’introduction d’une monnaie unique à l’échelle de la CEDEAO offrirait aux pays d’Afrique de l’Ouest une belle opportunité de mutualiser leurs moyens monétaires et de promouvoir leurs objectifs communs, tout en poursuivant leurs objectifs individuels[2] ».


[1] https://www.voaafrique.com/a/vu-de-france-prudence-et-circonspection-sur-une-monnaie-unique-ouest-africaine/4986764.html

[2]https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AEB_Vol_7_Issue_1_2016_POURQUOI_ET_QUAND_INSTAURER_UNE_MONNAIE_UNIQUE_DANS_LA_CEDEAO.pdf


L’échéance de 2020 est-elle tenable ?

La réponse est contenue dans le communiqué de la cinquante-cinquième session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO du 29 juin 2019 à Abuja, au Nigéria et dans le Rapport final de la réunion du Comité ministériel sur le programme de la monnaie unique de la CEDEAO tenue à Abidjan, les 17-18 juin 2019.

Au-delà des aspects politiques, deux contraintes techniques essentielles peuvent se poser, à savoir le financement du projet de la monnaie unique et le respect des critères de convergence.

Sur le premier point, le Comité Ministériel a déploré « le retard dans l’exécution de certaines activités de la feuille de route en raison de contraintes de ressources humaines et financières des institutions en charge de leur mise en œuvre ». En clair, le financement du projet de la monnaie unique de la CEDEAO n’est pas bouclé. Dans la coutume malienne, on a l’habitude de charrier le jeune candidat au mariage quand il estime que toutes les formalités sont acquises sauf l’argent. Il lui ait alors rappelé que si ça ne reste que l’argent alors les préparatifs du mariage n’ont même pas commencé.

Pour ce qui est du second point, les dirigeants ouest-africains ont opté pour une « approche graduelle », en privilégiant « le démarrage avec les Etats membres qui respectent les critères de convergence ». Ce faisant, ils valident la démarche prudente (Option 2) préconisée par la réunion inaugurale du Groupe de travail présidentiel organisée en février 2014 à Niamey, au Niger. Cette option comporte le risque majeur que l’union monétaire de la CEDEAO ne soit qu’une version évoluée de l’UMOA. En effet, s’il y a de fortes chances, à la ligne de départ en 2020, qu’on ne puisse compter que les huit pays de l’UMOA, le forfait du géant nigérian est quasi certain à cette date.

Les économistes de la BAD Ferdinand Bakoup et Daniel Ndoye semblent partager cette inquiétude. Ils auraient préféré, pour ne pas « affecter la crédibilité du processus », la mise en œuvre de l’option du « Big-Bang » qui consiste à un démarrage groupé de tous les 15 pays de la CEDEAO à l’échéance de 2020, quitte à tutoyer les critères de convergence[1].  Néanmoins, ils attirent l’attention sur certains points de vigilance : « Trois mesures critiques, qui ne sont pas à ce jour prises en charge suffisamment, devraient être pleinement mises en œuvre pour respecter l’échéance 2020 : (i) élaboration de la stratégie et des procédures de la politique monétaire unique de la future union monétaire de la CEDEAO ; (ii) élaboration d’un traité instituant l’union monétaire entre les pays membres de la CEDEAO et sa ratification dans tous les pays membres ; et (iii) élaboration, adoption et ratification des statuts de la future Banque centrale de la CEDEAO dans tous les pays membres. Idéalement, ces tâches devraient être réalisées avant 2017 pour un lancement de la monnaie unique en 2020 ». Aussi, ils tiennent à rappeler deux principes essentiels dans la construction d’une union monétaire : le principe de l’équité et le principe de la solidarité. Ils s’expliquent : « Le cadre de gestion doit en effet assurer que chaque pays puisse bénéficier des réserves qu’il a permis de constituer. Mais il doit aussi prévoir des mécanismes qui permettent aux pays en grande difficulté d’accéder temporairement à des réserves provenant des autres pays, dans le but d’aider non seulement les pays en question, mais d’éviter toute répercussion sur la monnaie commune, comme l’illustre le cas actuel de la Grèce dans la Zone euro ».

Pour le respect de l’échéance 2020, le ministre des Affaires étrangères du Togo Robert Dussey se veut réaliste : « En 2020, nous sommes dans la dynamique de création de cette monnaie. Mais évidemment, il ne faut pas se leurrer, il n’y aura pas une monnaie palpable, un billet d’ECO que tout le monde verra en 2020.[2] » En définitive, le Comité ministériel a peut-être raison quand il évoque « la longue marche[3] » vers la création de la monnaie unique de la CEDEAO.


[1] En d’autres termes, tous les pays membres participeraient à la monnaie unique en 2020, et ceux qui ne pourraient respecter les critères de convergence ex ante pourraient le faire ex post.

[2] https://www.dw.com/fr/pas-de-billets-eco-en-circulation-dès-2020/av-49463237

[3] Réunion du Comité ministériel sur le programme de la monnaie unique de la CEDEAO, Rapport final, Abidjan, Côte d’Ivoire, 17-18 juin 2019.

Convergence vsdivergence

Aucun pays de la CEDEAO n’a respecté tous les critères de convergence en 2018, d’après le rapport de convergence macroéconomique (encadré ci-dessous) présenté par le Président de la réunion du Comité technique sur le Programme de la Monnaie Unique de la CEDEAO Dr. Moses Tule, Directeur de la politique monétaire de la Banque centrale du Nigeria (CBN), devant le Comité ministériel réuni les 17-18 juin 2019. Globalement, les performances des États membres se sont même légèrement détériorées par rapport à celles de 2017. Pour y voir plus clair, le Comité ministériel a recommandé que les pays transmettent à la Commission de la CEDEAO leurs programmes pluriannuels de convergence pour la période 2020-2024, d’ici le 31 octobre 2019.

Les dirigeants de la CEDEAO font pourtant du respect des critères de convergence un préalable à la monnaie unique. Cet avis est partagé par beaucoup d’économistes[1]. Pour la BAD, cet argument ne résiste pas à une analyse rigoureuse. Pour l’institution financière africaine, la convergence « doit être vue comme un objectif permanent et non comme une condition préalable à l’adhésion à une union monétaire ». Elle ajoute que « l’absence de convergence économique ne doit pas être un obstacle infranchissable, même s’il faut la rechercher dans un processus d’intégration monétaire visant la création d’une monnaie unique. Les pays doivent donc apprendre à vivre avec la monnaie unique tout en acceptant un niveau raisonnable de divergence entre leurs économies. La solidarité entre les pays membres, qui passe notamment par les transferts entre états, peut atténuer les impacts de ces divergences sans les éliminer totalement.[2] »

« L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie.

(…) la grave causerie s’arrête en souriant. »


[1] « La convergence des économies est souvent présentée dans la littérature comme une condition essentielle au succès de tout processus d’intégration monétaire. L’importance de la convergence trouve sa source dans la théorie des zones monétaires optimales de l’économiste canadien R. Mundell. Selon cette théorie, plusieurs facteurs peuvent entraver la viabilité d’une union monétaire – une forte asymétrie des chocs, une faible mobilité des facteurs de production au sein de la zone et l’absence de mécanismes de transferts –, les pays membres perdant l’usage de leur politique monétaire en tant qu’instrument d’ajustement aux chocs » ; en ligne : www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AEB_Vol_7_Issue_1_2016_POURQUOI_ET_QUAND_INSTAURER_UNE_MONNAIE_UNIQUE_DANS_LA_CEDEAO.pdf

[2]https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AEB_Vol_7_Issue_1_2016_POURQUOI_ET_QUAND_INSTAURER_UNE_MONNAIE_UNIQUE_DANS_LA_CEDEAO.pdf.

Franc CFA : divorce ou secondes noces ?

Comme indiqué plus haut, en optant pour le démarrage de la monnaie unique en 2020 assorti d’une approche graduée, les dirigeants de la CEDEAO font courir le risque de faire jouer les prolongations au franc CFA. Et en ces temps de foot, ce ne sera guère surprenant. Ceux qui pensaient que l’annonce de la nouvelle monnaie unique de la CEDEAO mettaient le franc CFA à la Saint-Glinglin, sont invités à la plus grande prudence.

Paris est en passe de réussir son pari, une énième fois : partir tout en restant. Même si on imagine mal l’ogre nigérian accepter de s’aligner sur la ligne de départ en 2020 sans la rupture monétaire préalable des pays de l’UMOA avec la France. Il susurre même dans les coulisses[1] qu’il aurait réclamé le « certificat de divorce » avec le Trésor public français lors des négociations. Les communiqués officiels n’en font pas mention. En creux, on devine aisément toute la bataille qui promeut entre pro-FCFA et anti-CFA. Entre la certitude d’une union monétaire stable, solide, solidaire (ce que j’ai baptisé dans mon dernier livre les « 3 S »[2]) et l’aventure monétaire que constitue l’ECO, les artisans et partisans du franc CFA ont vite fait de se mettre à l’abri.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le communiqué final[3] de la 21e session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) tenue le 12 juillet à Abidjan n’a pas pipé mot du sort du franc CFA et de ses organes statutaires (BCEAO, BOAD). Il est indiqué que les dirigeants de la sous-région ont donné mandat à leur homologue ivoirien de « poursuivre le processus conduisant les pays de l’UEMOA à l’adoption de la monnaie unique ». A seulement deux petites semaines de longueur de la décision historique de la CEDEAO de se muer en une union monétaire et à quelques six petits mois du lancement de la monnaie unique ECO, n’est-ce pas étonnant, presque détonnant, de la part de l’UEMOA ? Poursuivons !

Le 9 juillet dernier2019, le président français Emmanuel Macron recevait en audience son homologue ivoirien. A l’issue de leur entretien, le président Alassane Dramane Ouattara annonce que « le franc CFA s’appellera l’ECO[4]». Et, il ajoute que ce changement de nom pourrait s’opérer dès 2020. A cette date, le président ivoirien estime que les pays de l’UEMOA, « qui ont fait des efforts importants de bonne gestion, de bonne gouvernance, de maîtrise des déficits, de maîtrise de la dette[5] », respecteront les critères de convergence de la CEDEAO. Et si les dirigeants de l’UEMOA en conviennent, leurs pays pourraient adopter l’ECO dès 2020, comme monnaie commune en remplacement du franc CFA. Les autres pays de la CEDEAO pourront s’y joindre ultérieurement, conformément à l’approche graduelle convenue à Abuja. Lors du point de presse qu’il a animé à l’issue du Sommet de l’UEMOA du 12 juillet, le président Alassane Dramane Ouattara a donné d’autres précisions : « Si l’ECO venait à être adoptée en 2020, il n’y aura pas de changement de parité entre le franc CFA devenu ECO et l’Euro[6] ».

Dans le clair-obscur actuel, de tels propos interrogent. D’abord, les huit pays de l’UEMOA ont un PIB agrégé qui représente à peine 20% celui de la CEDEAO. Quelle crédibilité accordée à l’ECO sans les mastodontes comme le Nigéria et le Ghana qui pèsent, à eux deux, près de 80% de la production de l’espace ouest-africain ? Ensuite, le communiqué d’Abuja du 29 juin 2019 indique clairement que la CEDEAO a adopté « le régime de change flexible assorti d’un cadre de politique monétaire axé sur le ciblage de l’inflation et le système fédéral pour la Banque Centrale Communautaire ». Subrepticement, avec une dose subtile de sémantique enrobée dans un torrent de rhétorique, l’ECO serait-il le succédané du franc CFA, presque le même en copier-coller ? La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) va-t-elle changer de nom pour devenir la Banque Centrale de la CEDEAO (EcCB) ? Et la Zone franc ? Et les accords de coopération monétaire avec la France ? Le serpent de mer africain va-t-il singer le Serpent monétaire européen ?

En vérité, de quoi retourne cette reprise soudaine du projet monétaire de la CEDEAO et de l’accélération inattendue de son calendrier si cela doit concerner uniquement les pays de la zone UMOA et aboutir à un simple changement de nom du franc CFA ? Est-ce une façon pour les cfiles de se défaire de l’étau dans lequel ils étaient englués depuis quelques années du fait de la pression des cfobes adoubés par une bonne partie de la population qui voit dans le discours populiste un exutoire à leurs préoccupations ? Est-ce la mise en œuvre des recommandations du Rapport Védrine[7] relatives au changement de nom du franc CFA et à l’élargissement de la Zone franc aux pays limitrophes anglophones ? A quoi rime ce tour de passe-passe ? A ce stade de l’analyse, laissons ces questions ouvertes et faisons fortune de la sagesse de Euripide : « Le temps révèle tout : c’est un bavard qui parle sans être interrogé ».


[1] https://www.voaafrique.com/a/vu-de-france-prudence-et-circonspection-sur-une-monnaie-unique-ouest-africaine/4986764.html

[2] Cheickna Bounajim Cissé, « FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine » ; Chapitre 5 : CFA, Confort Financier pour l’Afrique ? BoD, 2019, p. 283-354.

[3]https://www.bceao.int/sites/default/files/2019-07/communiquefinaleUEMOA.pdf

[4]https://www.jeuneafrique.com/801269/politique/monnaie-unique-de-la-cedeao-une-partie-des-pays-seront-prets-a-adopter-leco-en-2020-selon-alassane-ouattara/

[5]https://www.jeuneafrique.com/801269/politique/monnaie-unique-de-la-cedeao-une-partie-des-pays-seront-prets-a-adopter-leco-en-2020-selon-alassane-ouattara/

[6] https://apanews.net/fr/news/monnaie-il-ny-aura-pas-de-changement-de-parite-entre-leco-et-leuro-ouattara

[7]Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui, Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, ministère de l’Économie et des Finances, décembre 2013, en ligne : www.tresor.economie.gouv.fr/File/393414

Comme le dirait une bouche amère : Tout ça… pour ça ! Pour bien apprécier cette exclamation, je vous invite à regarder le film éponyme, remarquablement scénarisé par Claude Lelouch qui réussit à réaliser un tour extraordinaire digne des plus grands magiciens. Il y fit tourner son ancienne compagne, son épouse de l’époque et sa future épouse. Pour ceux qui ne sont pas très cinéphiles, ils pourraient se consoler avec la bande originale du film et la magnifique interprétation de Philippe Léotard. Fermons cette parenthèse et ayons à l’esprit ces propos de bon sens : « Tout ce qu’un esprit humain est capable de concevoir, un autre est capable de le comprendre. » Autrement, tout ce qu’une personne alerte peut faire, d’ordinaire ou d’extraordinaire, une autre, plus docte, est capable de le défaire, de le refaire et même de le parfaire. Les sages bambaras ont leur formule : « La cachette des uns est le dortoir des autres ».

A vrai dire, si les monnaies avaient leur bestiaire, le franc CFA serait une « tortue à la carapace en Teflon » (l’expression est empruntée à François Soudan). De façon triviale, du côté de la lagune Ebrié, il aurait été comparé au chewing-gum Tarzan, difficile de le détacher de la peau sans arracher une partie de la chair. L’ancienne monnaie coloniale a réussi à traverser le temps, tout en faisant évoluer son apparence. Ma mémoire n’a pas toujours été mon allié le plus fidèle, mais je puis me souvenir d’un de mes professeurs d’université qui m’alertait en ces termes : « Quand vous changez d’habit, vous ne changez pas ; vous changez simplement la façon dont on vous regarde. »

Attention ! Naguère, le peuple ne voyait que ce que ses dirigeants voulaient bien lui montrer. L’Africain du XXIe siècle, « réfugié dans le combat pour la survie » (l’expression est de Kofi Yamgnane), a changé. Ses esgourdes ont tellement été travaillées par les gouvernants, à coups d’entourloupes, de fausses vraies réalisations distillées à travers meetings, conférences, sommets et autres forums, qu’il faut douter qu’elles puissent entendre le barrissement de l’éléphant ou le grondement du tonnerre. Le jeune africain n’a connu ni l’esclavage, ni la colonisation, ni les luttes d’indépendance, ni le combat pour le multipartisme. Il est l’enfant de l’ère de la démocratie, de l’information et des réseaux sociaux. Il a conscience de son extrême pauvreté, de l’immense richesse de ses dirigeants et des énormes potentialités de son continent. Sa patience a des limites. Un peu partout sur le continent, il a prouvé qu’il savait se faire entendre quand on le fait trop attendre. Dans cet univers acoustique, on n’est pas à l’abri d’une poussée de fièvre dans la Zone franc (pardon de la future Zone ECO). La figure messianique des cfobes, l’économiste camerounais Joseph Tchundjang Pouemi, avait prévenu quant aux conséquences d’une inertie monétaire : « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés, des souffrances tout à fait gratuites.[1] » Le regretté Johnny Clegg, surnommé affectueusement “Le Zoulou blanc” aimait dire : « Les autres peuples ont le droit d’évoluer, de connaître le progrès, mais les Africains doivent être congelés dans le passé ![2] »


[1] Joseph Tchundjang Pouemi, Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l’Afrique, Camerounop. cit.

[2] https://musique.rfi.fr/musique-africaine/20190717-johnny-clegg-mort-zoulou-blanc


Et la France dans tout ça ?

Pourquoi ce silence assourdissant des dirigeants français ? Quelle est leur position ? Pour le moment, ils préfèrent garder le silence pour qu’on ne puisse pas les ouïr. A bas bruit, ils mouillent la barbe pour prévenir tout autodafé. Ils n’ont pas tort pour qui sait qu’ils n’ont pas un faciès glabre. Leur position officielle, aussi constante que flexible – de non-ingérence et de non indifférence – n’a pris aucune ride : « C’est la décision des Africains qui s’impose, pas la décision de la France. (…) La France est là pour accompagner (…)[1] » Du côté de la Banque de France, même son de cloche. Interrogé, son vice-gouverneur Sylvie Goulard préfère botter en touche : « La création d’une nouvelle zone monétaire en Afrique est une décision qui appartient aux pays concernés. C’est en outre au pouvoir politique de décider, et non aux banques centrales[2] ».

Au-delà de cette posture de façade, qu’en est-il réellement ? La relation de la France avec la Zone franc renvoie à celle de Pygmalion avec Galatée dans la mythologie grecque. Impossible de s’en défaire sans s’en faire. Les plus irréductibles des cfobes veulent chasser l’ancienne puissance coloniale des affaires africaines et pourchasser tout ce qui peut lui être rattaché. Ils ont tort d’agir avec une telle radicalité. La rupture monétaire avec la France, sans solution crédible de continuité, dépourvue de tout réalisme et d’un minimum de lucidité, a un coût (politique, économique, social) rédhibitoire que les pays africains de l’UMOA, à la situation sécuritaire précaire et aux économies fragiles et fragilisées, accepteront difficilement pour ne pas dépasser le fond sans un fonds. On peut jouer sur sa forme (nom, périmètre) mais la monnaie et son contenant demeureront encore longtemps.

D’ailleurs, comment la France, qui ambitionne même d’étendre son aire d’influence monétaire à certains pays anglophones et lusophones d’Afrique, sera-t-elle disposée à accepter, sans coup férir, la suppression du franc CFA ? Selon un article du journal Sud Quotidien[3], relayé à profusion sur le Net, l’ambassadeur de France au Sénégal Christophe Bigot, en marge d’une visite à Kolda, dans le Sud du pays, aurait indiqué que « la France ne va pas se désengager du FCFA qui est gage de stabilité pour la Zone franc », avant d’ajouter que « c’est un instrument avec plusieurs avantages pour la stabilité, facilitant les échanges et garantissant les investissements. » Info ou intox ? Par contre, ce qui n’est pas une fake news, c’est bien la réponse récemment donnée par le ministre français de l’Économie et des Finances à la question du journaliste Christophe Boisbouvier sur la « mort du CFA » avec la concrétisation du projet de la monnaie unique de la CEDEAO : « Nous verrons une fois encore quelles seront les propositions. » Il s’empressa de délimiter le domaine du possible : « Et ces évolutions doivent être portées par les États membres. À eux de manifester un certain nombre de demandes, que ce soit sur le nom, sur la géographie, sur l’élargissement, sur les systèmes de dépôt des avoirs. » En clair, la France, sérieusement critiquée pour son rôle monétaire en Afrique, est certainement prête à concéder quelques réformes de la Zone franc et du franc CFA, mais incidemment et vigoureusement, elle acceptera difficilement la mise à mort de cet instrument monétaire qu’elle a mis huit décennies à construire, à consolider et à défendre. Qu’on l’admette ou pas, le franc CFA et son contenant sont une pièce centrale de la politique internationale de la France. Il y a plusieurs raisons qui militent en cette faveur. Elles ne sont pas seulement économiques et financières. Elles sont surtout politiques et diplomatiques, géopolitiques et géostratégiques, sécuritaires et militaires, migratoires et démographiques, linguistiques et culturelles. Tous ces points ont été suffisamment détaillés et documentés dans mon dernier ouvrage traitant du franc CFA.

Soyons justes ! Dans la compétition mondiale, la France est un concurrent de la CEDEAO comme tous les autres pays. Qui peut, raisonnablement et valablement, lui dénier le droit de défendre ses intérêts, de les préserver et de les renforcer ? Faut-il attendre d’elle et des autres « partenaires » qu’ils développent l’Afrique à la place des Africains ? Assurément, non. Ce sera trop leur demander. Et même si c’est le cas, ils ne le feront pas. Comme le dirait l’autre, n’allons pas demander au moustique de faire usage d’insecticide pour assainir sa riveraineté. Les journalistes d’investigation Roger Faligot et Pascal Krop, dans La Piscine(Éditions du Seuil, 1985), un ouvrage consacré aux services secrets français, sont sans équivoque : « Indépendance [des pays africains], soit, à condition qu’elle ne vienne pas desservir les intérêts de Paris. »[4] Sans commentaires ! Si malgré tout, certains dirigeants africains, hypnotisés par les « marchands de sommeil », s’évertuent à battre la breloque, bruyamment et vaillamment, à rechercher un regard bienveillant de l’Hexagone sur la mise à mort du franc CFA, ou tout au moins que la France humaniste et africaniste, généreuse et chaleureuse, se contente d’observer le processus monétaire « irrédentiste » de la BCEAO sans broncher, la réalité se chargera de les ramener à un état plus lucide. « En tout état de cause et sauf à assimiler la diplomatie à un jeu pour enfants de chœur (ce qu’elle n’a jamais été, nulle part), aucune nation au monde n’acceptera de coopérer ou de commercer (au sens propre et pour dire les choses très crûment) avec nous, rien que pour nos beaux yeux. Cela relève, au demeurant, d’une lapalissade[5] », prévient Roch Sosthène Nepo. Le monde de la finance (et de la monnaie), en Afrique comme ailleurs, n’est pas aseptisé. Il ne sera jamais un refuge de bisounours et de câlinours, encore moins un sanctuaire pour les esprits faibles et les âmes sensibles. Tous, même les diplomates au langage plus doucereux que sulfureux, s’accordent à dire que les États n’ont pas d’amis mais des intérêts à conquérir et à défendre. Et tous les moyens sont mis en œuvre pour y parvenir. Le général de Gaulle ne s’en est jamais caché. Au XIXsiècle déjà, le célèbre philosophe Nietzsche comparait l’État à un « monstre froid », le plus redoutable « de tous les monstres froids », capable de tout pour protéger ses intérêts. Victor Hugo, que je cite à profusion dans ce texte, rappela que lors de la bataille de Waterloo, dans la nuit du 18 au 19 juin 1815, les vainqueurs souillèrent leur triomphe en dépouillant promptement les morts de leurs dernières pièces. Le chantre de la littérature française écrivit dans Les Misérables: « Ceux qui sont debout pillent ceux qui sont à terre. Le héros du jour est le vampire de la nuit. On a bien le droit, après tout, de détrousser un peu un cadavre dont on est l’auteur. Quant à nous, nous ne le croyons pas. Cueillir des lauriers et voler les souliers d’un mort, cela nous semble impossible à la même main.[6] » La morale de cette fresque tient en une phrase : « L’aube qui suit une bataille se lève toujours sur des cadavres nus. » Que les dirigeants de la CEDEAO se souviennent de cette détestable maxime !

« Double virginité ! corps où rien n’est immonde,

Âme où rien n’est impur ! »


[1] Agence France-Presse (AFP), « À Yaoundé, ministres et experts au chevet de l’économie de la zone franc », 9 avril 2016, en ligne : www.afp.com/fr/info/yaounde-ministres-et-experts-au-chevet-de-leconomie-de-la-zone-franc

[2] https://www.voaafrique.com/a/vu-de-france-prudence-et-circonspection-sur-une-monnaie-unique-ouest-africaine/4986764.html

[3] Sud Quotidien, Abdou Diao, Christophe Bigot, ambassadeur de France au Sénégal : “La France ne va pas se désengager du FCFA”, 16 février 2017, en ligne : www.sudonline.sn/la-france-ne-va-pas-se-desengager-du-f-cfa_a_33555.html

[4] En ligne : www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-27-octobre-2001

[5] Roch Sosthène Nepo, « Le Franc CFA, un frein au développement de l’Afrique ? », 22 février 2016, en ligne : www.scidev.net

[6] Victor Hugo, Les Misérables, deuxième partie, « Cosette », Livre premier, « Waterloo », chapitre XIX, « Le champ de bataille la nuit ».

Un Nigéria dominant

L’ogre nigérian fait peur. Et il y a de quoi. A l’échelle africaine, ses mensurations donnent le tournis. Avec 191 millions d’habitants, le Nigéria concentre plus de la moitié de la population de la CEDEAO, soit 318 fois celle du Cap-Vert et 12 fois celle du Sénégal. Avec un PIB de 376 milliards de dollars US réalisé en 2017, le Nigéria pèse près de 70% de la richesse communautaire, soit 370 fois le PIB de la Gambie et près de 10 fois celui de la Côte d’Ivoire. Il est la première économie du continent africain et en est le pays le plus peuplé. En 2050, il doublera sa population actuelle pour atteindre 410 millions d’habitants. A cette date, il sera le troisième pays le plus peuplé au monde, derrière l’Inde et la Chine. Lagos, sa capitale économique, est actuellement l’une des dix villes les plus peuplées de la planète, avec près de 20 millions de personnes (soit plus que la population malienne). Cette ville en comptera 32 millions en 2050.

Autrement dit, les 191 millions de Nigérians produisent en moins d’un semestre (167 jours exactement) ce que les 176 habitants qui peuplent les 14 autres Etats membres de la CEDEAO produisent pendant toute une année ! De façon plus ludique, pour ceux qui peinent à comprendre ou à admettre cette réalité, une illustration est nécessaire.


En français facile, comme le dirait l’autre, un ressortissant sur deux de l’espace CEDEAO est Nigérian. Sur chaque 10 francs produits par la CEDEAO, le Nigéria contribue à lui seul pour 7 francs contre 3 francs pour les 14 autres pays de la communauté.

Voilà les chiffres. Dans aucune union économique et monétaire dans le monde, il n’existe un tel niveau d’écarts. Dans l’Union Européenne (UE), l’Allemagne ne pèse que 21% du PIB consolidé européen. Même en additionnant la part de la France, le « couple franco-allemand » ne représente que le tiers de la richesse communautaire. Dans l’UEMOA, la Côte d’Ivoire qui est généralement présentée comme la locomotive de la zone ne représente que 37% du PIB agrégé.

Dans ces conditions, comment appliquer le principe généreux égalitaire qui prévaut dans la zone UEMOA (1 Etat membre = 1 voix) ? Où placer le curseur de la « solidarité » et de la « complémentarité » sans corrompre la réalité ? Le Nigéria peut-il avoir la même voix, au tour de la table, que la Gambie si l’on sait que le géant ouest-africain produit en moins d’une journée (23 heures exactement) l’équivalent d’un an de production de la population gambienne ? Aussi, la voix du Cap-Vert peut-elle valoir autant que celle du Nigéria, quand il faut à ce pays insulaire, temple de la bonne gouvernance en Afrique, plus de deux siècles (212 ans) pour réaliser seulement une année de production du Nigéria ? Il y a donc lieu de ne pas se cramponner aux vieilles formules qui peuvent ne pas résister aux soubresauts du temps. Par contre, il faut être très généreux en termes d’innovation et de flexibilité afin d’éviter à la future union monétaire de recevoir une volée de bois vert à l’occasion de la prise des premières décisions stratégiques (choix des dirigeants et du siège, conduite de la politique monétaire, etc.)

Mais tout n’est pas rose au Nigéria ! Le pays c’est aussi des inégalités de répartition de revenus très accentuées. Avec un PIB par habitant de 1 968 dollars par an, il se situe dans le bas de laine au classement mondial du PNUD. Cette extrême pauvreté d’une bonne partie de la population nigériane serait à l’origine de la montée des extrémismes chez les couches les plus défavorisées (terrorisme, banditisme, migration clandestine, etc). La secte Boko Haram qui sévit dans le pays depuis 2002 est le « groupe le plus féroce du monde » selon le qualificatif du Centre international d’études sur la radicalisation et la violence politique (ICSR). Semant la terreur et la désolation sur son passage, il a des ramifications dans les pays limitrophes du Lac Tchad et a prêté allégeance à la branche internationale du terrorisme (l’État islamique). Selon les chiffres officiels[1] publiés en 2018, ce groupe terroriste a tué pas moins de 33 000 Nigérians depuis 2009.

Relativement à la position du Nigéria par rapport au projet monétaire de la CEDEAO, son président Muhammadu Buhari a déclaré : « En tant que plus grande économie d’Afrique et pays le plus peuplé, nous ne pouvons pas nous permettre de nous précipiter dans de tels accords sans une consultation complète et appropriée avec toutes les parties prenantes.[2] »


[1] https://afrique.latribune.fr/politique/2018-02-07/nigeria-en-neuf-ans-les-exactions-et-crimes-de-boko-haram-ont-fait-des-milliers-de-morts-et-de-refugies-767477.html

[2] https://www.bbc.com/afrique/region-48911056

Un Maroc insistant

« Le Maroc est un arbre dont les racines sont ancrées en Afrique mais qui respire par ses feuilles en Europe[1] », avait déclaré le roi Hassan II en 1986. S’inscrivant dans cette vision et pour pallier à sa longue absence de l’instance politique continentale (32 ans), le Maroc a opté pour une stratégie d’intégration de type spaghetti (Spaghetti Bowl Effet), mise en évidence par l’économiste Jagdish Bhagwati de l’université de Columbia. Depuis l’année 2000, il a signé plus de 1 000 accords au cours de la cinquantaine de visites royales effectuées dans plus de 30 pays africains. Entre 2013 et 2017, il a réalisé des investissements directs de 37 milliards de dirhams sur le continent[2], dans presque tous les secteurs d’activités économiques. Aujourd’hui, c’est le premier pays africain investisseur dans la zone UEMOA et le deuxième dans l’espace CEDEAO.

Mieux, depuis quelques années, le Maroc est omniprésent dans le quotidien des populations ouest-africaines. Difficile de voyager par avion sans un billet de Royal Air Maroc, difficile de communiquer sans utiliser le réseau du groupe Maroc Telecom, difficile de cultiver sans utiliser les engrais du groupe OCP, difficile de construire sans le ciment de CIMAF, difficile d’épargner et d’emprunter sans détenir un compte dans une filiale d’un groupe bancaire marocain (Attijariwafa bank, Banque Populaire, BMCE Bank of Africa), difficile d’utiliser sa carte bancaire sans passer par la technologie marocaine (HPS , S2M, M2M), difficile de s’assurer sans passer par les agences des compagnies marocaines (Saham, Wafa Assurance, RMA Watanya), difficile de se soigner et de se faire opérer gratuitement sans les caravanes médicales marocaines, difficile de faire des études supérieures sans passer par les écoles et universités marocaines, difficile d’être un imam de mosquée sans être formé au Maroc, difficile de manger sans avoir dans son assiette les produits alimentaires, les fruits et les légumes en provenance du Maroc, difficile de gérer ses déchets ménagers sans recourir aux services du groupe Ozone, etc. En un mot, difficile de passer une journée… sans utiliser un produit marocain. Le trait est certes un peu foncé, mais la réalité n’est pas très loin. L’économie a pris une grosse longueur d’avance sur le politique. Comme précurseurs de cette offensive généralisée du Maroc en Afrique, les groupes bancaires essaiment avec beaucoup de réussite leur modèle économique sur le continent. A la fois éclaireurs, financeurs et prescripteurs, ils ouvrent la voie aux autres champions nationaux qui n’ont qu’à dérouler sereinement leur stratégie export dans des marchés subsahariens, certes plus risqués mais à haut potentiel. Les relais de croissance sont ainsi créés.

Voilà avec quels atouts le Maroc frappe à la porte de la CEDEAO. Celle-ci lui a accordé le statut d’observateur depuis plusieurs années. Le 24 février 2017, un mois après son retour réussi dans l’Union africaine, le Royaume chérifien a candidaté pour être membre à part entière de la CEDEAO. Trois mois plus tard, lors du sommet de Monrovia du 4 juin 2017, les chefs d’État et de gouvernement de l’espace ouest-africain ont marqué leur « accord de principe[3] » à son adhésion. Ils ont mandaté un comité composé des Chefs d’Etat et de gouvernement de cinq (5) pays notamment la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Nigeria et le Togo pour approfondir la réflexion sur cette demande d’adhésion et leur soumettre des propositions. Depuis cette date, rien. Presque rien, malgré les relances cordiales et fraternelles des dirigeants marocains. Quatre sommets de la CEDEAO sont déjà passés. Les études d’impact se succèdent et se ressemblent. Les réunions et les rencontres se multiplient et s’enchaînent. Mystère ! Du côté de Rabat, on rassure sans convaincre les « frères africains ». « La CEDEAO peut profiter de l’expertise et du savoir-faire marocain tant sur le plan économique, sur le plan des investissements, de la gestion des risques sécuritaires et notamment de l’expérience marocaine en matière de lutte contre la radicalisation, la lutte contre le terrorisme. Et l’idée, c’est de pouvoir faire un zoom sur ces avantages pour essayer de dépasser les réticences[4] », explique le bouillant président de l’Institut Amadeus Brahim Fassi-Fihri. Il tente de relativiser la portée du retard pris pour le compostage du ticket marocain : « Il est normal, voire sain pour toutes les parties, que l’adhésion du Maroc, puissance économique africaine et premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest, dont le dynamisme des entreprises et notamment des institutions bancaires et financières est une réalité dans cette région, suscite des interrogations, donc des inquiétudes, et soit soumise à un cadre de négociations bien défini.[5] »

Malgré les réticences voilées ou dévoilées, l’adhésion du Maroc à la CEDEAO pourrait être un réel atout, autant pour l’organisation ouest-africaine que pour le royaume chérifien. C’est incontestable, au vu des chiffres et des perspectives. Traduit en langage financier, cela s’appelle de la croissance externe, un levier qui va non seulement surperformer la taille de la CEDEAO mais aussi permettre au Maroc d’accéder à un marché dix fois plus grand que le sien.  Avec cet élargissement, l’Atlantique sud sera relié au sud de la Méditerranée, à traversant au moins 16 pays africains. A terme, la CEDEAO pourrait être la 16e économie du monde, soit un gain projeté de 4 places au classement mondial.

Qu’est-ce qui bloque alors si tout le monde est gagnant ? Officiellement, aucun Etat membre de la CEDEAO ne s’oppose à l’intégration du Maroc. Mais à analyser de près, plusieurs questions et interrogations se posent, de part et d’autre, sous la cape ou à visage découvert, sans que les apaisements appropriés y soient donnés.

– Question du Sahara : Sur le plan de la diplomatie et de la politique interne, la question du Sahara relève de la haute priorité absolue (excusez du peu) pour le Maroc. Le Sahara fait partie de « l’éternel triptyque », avec Dieu et le roi (l’expression est de TelQuel[6]). C’est une ligne rouge qui ne peut être franchie au risque de soulever des rixes. Rabat attend de ses partenaires ouest-africains une convergence de vue sur sa « cause nationale ». D’ailleurs, l’étude d’impact sur l’adhésion du Maroc invite les pays de la CEDEAO à « anticiper sur la manière de gérer et résoudre » cette question, en raison du fait, estiment les auteurs de l’étude, que celle-ci « peut provoquer des divisions au sein des États membres actuels dans l’hypothèse probable de la validation de l’adhésion du Maroc[7] ».

– Question migratoire : L’immigration subsaharienne est un sujet délicat au Maroc. Les conditions de séjour des « Africains » sont très souvent critiquées par la presse locale se faisant l’écho des inquiétudes et des interrogations de la population.

Le 25 janvier 2013, le journaliste Karim Boukhari du très influent magazine marocain TelQuel signa un éditorial au titre détonnant plus qu’étonnant « Noirs et pas noirs ». En voici un extrait : « Beaucoup de Marocains ignorent qu’ils sont africains. Même quand ils connaissent les tracés de la géographie, les arcanes de l’histoire, les incessants ballets de la diplomatie souterraine, les secrets de la haute finance et de la coopération économique, et deux ou trois slogans tirés du discours officiel. Ils ignorent qu’ils sont africains même s’ils savent qu’ils le sont. Ils le sont et ils ne le sont pas à la fois. (…) Le mépris pour le continent noir, qui est sans limite, est si ancien qu’il a intégré jusqu’aux petites normes de la vie quotidienne[8]. » Le 12 septembre 2014, dans le même média marocain, son directeur de publication d’alors, Abdellah Tourabi, emboucha la même trompette. Cette fois-ci, dans des termes plus incisifs. Dans son édito « Racisme ordinaire », il écrivit : « On a beau se gargariser de mots et de grands principes, inscrire dans la Constitution la dimension africaine de l’identité marocaine, affirmer que le royaume est un pays de tolérance et d’ouverture sur le monde, jurer que les Marocains sont des modèles d’hospitalité et de courtoisie, se revendiquer de l’islam et de sa vocation égalitaire, il y a un fait, une évidence, au goût amer et révoltant, qui se confirme de plus en plus : on vit dans un pays raciste et intolérant à l’égard des noirs subsahariens. Un constat que l’on peut avancer sans bémol ni nuance, tant la situation est devenue pourrie et nauséabonde. Toi, lecteur de ces lignes, combien de fois n’as-tu entendu des réflexions bêtes et inouïes sur ces « noirs qui envahissent le pays » et qui « menacent la santé et la sécurité des Marocains » ? À quel nombre incalculable d’occasions n’as-tu pas été témoin de discussions racistes sur « l’hygiène et l’odeur des Africains » ? Et n’as-tu pas eu droit, pendant des années, à des commentateurs sportifs, abrutis et incultes, qui parlent de « jungle » pour décrire les pays africains ? Dans une société où il n’y a pas une famille qui n’ait un fils, un frère, une sœur ou un proche qui vit à l’étranger, et dont la plus grande hantise est de le voir subir le racisme dans son pays d’accueil, il est ahurissant de constater comment on inflige les affres de la haine et de la discrimination à ses propres immigrés. La multiplication des crimes et agressions qui visent les ressortissants subsahariens, les brimades et les humiliations quotidiennes, les pancartes infâmes des propriétaires qui refusent de louer leurs maisons aux Africains… sont une honte pour tout un pays. [9]»

Il faut s’empresser de souligner que TelQuel ne fut pas le premier journal marocain à écrire sur les conditions de vie des migrants subsahariens dans le royaume. A contresens, ô qu’il y en eût. Le 2 novembre 2012, par une douce matinée ensoleillée, sur la route qui me menait à mon office, je m’arrêtai chez le libraire du coin. Comme à l’accoutumée. Rien de particulier… jusqu’à ce que je découvrisse la couverture du magazine Maroc Hebdo. « Le Péril noir[10] », écrit en lettres d’or sur le regard ébaubi d’un subsaharien. La titraille fut insupportable. Autant pour la majorité des Marocains que pour l’« Africain » que je suis. Mais la réalité fût… Mes jambes m’enlacèrent les bras, mes bras me tombèrent dans les mains, mes mains m’enserrèrent la gorge. Et mon visage se décomposa. C’est quoi ça ? Avec le journal, soyeusement glissé dans la poche intérieure de ma veste, je cherchai ma route… La journée fut rêche. Et elle passa et d’autres encore… jusqu’à ce que je visse (impatient et inquiet) la livraison suivante du journal. A la une (toujours), on annonça « La réponse de Maroc Hebdo à la polémique sur le titre Le péril noir [11]». Le patron du journal, le très expérimenté Mohamed Selhami monta au créneau pour signer un billet intitulé « Des mots et des regrets », en réponse au tollé inédit que leur papier suscita. Pour ce qui dut être des « excuses » aux « lecteurs nationaux » et aux « frères africains » (pour reprendre ses termes), en raison du choix « inapproprié » du titre de la précédente parution, le billet du fondateur de Maroc Hebdo fut difficile à lire. Et l’est, encore, plus aujourd’hui. Les mots choisis n’ont pas été à la hauteur des maux qu’ils étaient censés apaisés. Le diplômé de l’Institut français de presse (mon aîné de 40 ans dans cette école) écrivit : « (…) Le Maroc a fourni le gîte et le couvert à ces immigrés africains (…). A ceci s’ajoutent les incommodités en tous genres que provoque la présence massive de ces Africains, plus ou moins pauvres, sans source de subsistance. Ce sont ces aspects-là, entre autres, que le dossier de Maroc Hebdo invite à débattre. Sans insinuations raciales et sans tabous.[12] » Plutôt effrayant, non ? Qu’en sera-t-il des peuples de la CEDEAO, quatre fois plus nombreux que les subsahariens de l’UEMOA, qui seraient autorisés à parcourir et à résider, à leur guise, de l’Atlantique sud au sud de la Méditerranée ?

Le Maroc fait face depuis plusieurs années à un afflux de migrants sur son sol en provenance essentiellement d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il y a ceux, peu nombreux, qui viennent pour y résider et les autres, très nombreux, qui y transitent pour tenter de joindre l’Europe. Dans les deux cas, il y a des problèmes sociaux, sécuritaires et économiques qui se posent et que les médias marocains exposent. « La transformation progressive d’un Maroc, pays de transit vers l’Europe, en terre d’accueil et d’immigration pour des milliers d’Africains, a changé la donne. Le Subsaharien n’est plus cet individu de passage, pour lequel le Maroc n’est qu’un pont vers l’Espagne. Il fait désormais partie du paysage, en s’installant, travaillant et fondant un foyer au Maroc. Une présence qui intrigue et dérange beaucoup de nos concitoyens, qui y voient une menace économique et sécuritaire[13] », faisait observer l’ancien éditorialiste Abdellah Tourabi du magazine TelQuel. Pour le directeur de publication de Maroc Hebdo Mohamed Selhami, « le Maroc est coupable de laxisme volontaire aux yeux des Européens ; et il passe pour un faux frère aux yeux des Africains[14] ». C’est ainsi que le Royaume chérifien a pris des mesures particulières envers certains pays d’origine des migrants. En effet, depuis le 1ernovembre 2018, un mois avant la tenue du sommet mondial de la migration sur son sol (hasard de calendrier ?), il a soumis les ressortissants de trois pays africains, dont deux de l’espace CEDEAO (Guinée et Mali), jusque-là exempts de visa, à une nouvelle procédure d’entrée sur son territoire, à savoir l’« Autorisation électronique de voyage au Maroc (AEVM) ». Pour les autorités marocaines, ce n’est pas un visa, c’est juste une « mesure expérimentale » de « collecte d’information pour lutter contre certains réseaux de trafic[15] », destinée à « fluidifier le passage au niveau de la frontière[16] ». Malgré cet habillage diplomatique et cette précaution langagière, l’AEVM suscite l’incompréhension des populations ouest-africaines touchées qui peinent à comprendre cette « régulation des flux[17] », ce durcissement des conditions d’entrée sur le territoire marocain au moment où ce pays frappe, avec insistance, à la porte de la CEDEAO. Même, si on peut admettre sur le bout des lèvres que l’AEVM n’est pas une restriction, il serait approprié de reconnaitre tout au moins que c’est une contrainte. Or, le Traité révisé de la CEDEAO du 24 juillet 1993 dispose en son article 59 de la libre circulation des citoyens de la communauté d’un Etat à un autre sans entrave ni contrainte. Mieux, la quarante sixième session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, tenue à Abuja le 15 décembre 2014, a institué une carte d’identité biométrique CEDEAO valable dans tout l’espace communautaire. Comment cette libre circulation des personnes et des biens peut-elle s’accommoder avec les lois et politiques migratoires actuelles du Maroc ainsi que les engagements internationaux de ce pays vis-à-vis de ses partenaires européens ?

– Problématique monétaire : Le Nigeria, et bientôt le Maroc ou la Tunisie accepteront-ils de troquer leur naira, leur dirham ou leur dinar contre l’ECO, la monnaie unique de la CEDEAO ? C’est plus facile à dire et à écrire qu’à réaliser. Aussi, la banque centrale marocaine (Bank Al-Maghrib) va-t-elle s’effacer au profit de la banque fédérale de la CEDEAO et même accepter que la monnaie unique ainsi adoptée soit imprimée en France (comme le franc CFA) alors qu’elle dispose de sa propre imprimerie qu’elle a mis tant d’années à bâtir ? Le projet de la monnaie unique pourrait-il freiner les ardeurs du Maroc au point de l’amener à renoncer à sa demande d’adhésion à la CEDEAO ?

– La problématique de la « discontinuité territoriale » : L’analyste politique Gilles Olakounlé Yabi pense que « l’appartenance (du Maroc) à l’espace géographique ouest-africain est discutable[18] ». Le président de l’Institut Amadeus Brahim Fassi-Fihri n’est pas de cet avis. Il estime que « l’Afrique de l’Ouest correspond au prolongement géographique naturel du Royaume, tant son enracinement à la fois économique, politique, culturel et cultuel à cette Région est incontestable[19] ». Dans une étude présentée en octobre 2018, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) estime que « la demande du Maroc trouve ses raisons dans l’importance et l’ancienneté des liens entre le pays et nombre d’Etats membres de la Communauté ouest-africaine, lesquels se sont renforcés ces dernières années aux plans économique, politique et culturel[20] ». La question de l’appartenance géographique pourrait être résolue avec le retour de la Mauritanie dans l’espace CEDEAO. Ce pays de l’Afrique de l’Ouest avait claqué la porte de l’organisation sous-régionale en 2000, lui préférant l’Union du Maghreb arabe (UMA) qu’il partage avec l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie. Sa demande de réintégration à la CEDEAO avait été ajournée lors du sommet du 4 juin 2017 à Monrovia. Tout porte à croire que la validation de son retour ne sera qu’une affaire de mois. Vous avez bien dit intégration ? Pour quelques esprits insistants et persistants, admettons – ce n’est pas simplement une hypothèse et, pour peu, cela pourrait être une thèse – que le Ghana, le Liberia, ou… le Nigéria demandent leur adhésion à l’UMA, la communauté économique régionale (CER) de l’Union africaine censée renforcer l’intégration des pays d’Afrique du Nord. Piaillerie ou raillerie ?

– Problématique de la langue et de la culture : Cinq langues officielles vont cohabiter dans l’espace CEDEAO avec l’entrée du Maroc. L’arabe et l’amazighe s’ajouteront au français, à l’anglais et au portugais. Dans un monde globalisé et de plus en plus connecté, cela ne devrait pas poser de gros problèmes. Dans l’Union Européenne (UE), il y a 28 Etats membres et 24 langues officielles. Cette analyse est partagée par le président du groupe Bank of Africa Brahim Benjelloun Touimi pour qui la multiculturalité n’est pas un obstacle mais plutôt une richesse. « La langue commune, me semble-t-il, des peuples ce sera la langue de la démocratie et de la paix. (…) Et la langue des affaires, ce n’est pas l’anglais, c’est la langue d’un environnement sain et propice pour les affaires[21] », a précisé le banquier marocain.

– Problématique de leadership : S’il est généralement admis que les petits détestent les nains, il est tout aussi aisé de comprendre l’apathie des géants pour les grands. Quand la sixième économie africaine, par la taille de son produit intérieur brut, rencontre la première du continent, nul besoin de lire dans une boule de cristal ! Les échanges vont aller bien au-delà des « salamalecs » et des « greetings ». L’arrivée du Maroc créera un bouleversement de positionnement (géopolitique et géoéconomique) au sein de la CEDEAO. Primo, avec un PIB de 109,1 milliards de dollars US réalisé en 2017, le Maroc ravira le second rang économique au Ghana qui sera relégué mécaniquement à la troisième place. Secundo, le Maroc pourrait être un « levier de contre-balancier » (l’expression est de Adama Gaye, ancien directeur de communication de la CEDEAO) à la surpuissance nigériane. Ce pays qui représente 68% du PIB de la CEDEAO pourrait voir sa part diluée et ramenée à 57%. Les milieux d’affaires ouest-africains en sont inquiets. Et ils le font savoir. « Le secteur bancaire marocain est inaccessible à des banques ivoiriennes, sénégalaises ou encore gabonaises alors que celles-ci sont directement concurrencées sur leur propre marché par leurs homologues marocaines. Le deal n’est donc pas aussi win-win qu’il est présenté…[22]», dénonce un acteur d’une banque panafricaine. Le prédisent de la puissante Association des entreprises manufacturières du Nigeria (MAN), Frank Udemba Jacobs, a notamment déclaré en septembre : « Nous exhortons le gouvernement fédéral à s’opposer à (l’adhésion du Maroc à la CEDEAO) qui serait catastrophique pour le secteur productif de notre économie », avant d’ajouter : « Nous savons que le Maroc est lié par plusieurs traités commerciaux à l’Union européenne. Les produits européens qui arrivent au Maroc finiront donc forcément au Nigeria, le plus grand marché ouest-africain. Nous nous opposons avec véhémence à cette adhésion[23]. » C’est dire que la bataille – saine (c’est un vœu) – pour le contrôle de ce nouvel espace économique (CEDEAO version élargie) risque d’être rude entre le sud de la Méditerranée et le sud de l’Atlantique. Il faut trouver des complémentarités et créer des synergies pour que les prises de décisions et leur mise en œuvre soient aisées. Et il y a des signes d’espoir. Au-delà des doutes raisonnables et des certitudes probables, exprimés ici et là  de façon légitime, les relations entre le Nigéria et le Maroc sont prometteuses. Au cœur de ce partenariat, le mégaprojet de la construction du gazoduc atlantique long de plus de 5 660 kms et dont le coût est estimé entre 20 et 25 milliards de dollars[24]. Lancé le 15 mai 2017, à la faveur d’un protocole d’accord entre les deux pays, il doit relier l’Atlantique Sud au Sud de la Méditerranée en connectant 14 pays africains. Il contourne le projet concurrent du gazoduc transsaharien (dit aussi NIGAL) lancé en juillet 2009 et qui doit relier le Nigéria à l’Algérie. Au-delà des soubresauts géopolitiques entre les deux voisins maghrébins à l’origine de la panne de l’UMA, l’Algérie demeure le premier partenaire africain du Maroc en termes d’échanges. Selon le rapport annuel 2018 de l’Office chérifien des Changes sur le commerce extérieur[25], la facture de l’importation de gaz de pétrole du Maroc s’est élevée à 15 601 millions de dirhams pour l’année 2018, dont 36,6% provenait de l’Algérie (5 704 millions de dirhams), loin devant les Etats-Unis (24,1%) et le Royaume-Uni (11,5%).

Finalement pour intégrer la CEDEAO, le Maroc va-t-il opter pour une adhésion à la carte ? Rien ne s’y oppose. En théorie. Le Vieux continent en est l’exemple : Union Européenne (UE, 28 pays), Espace Schengen (22 pays de l’UE) et Zone Euro (19 pays de l’UE). Mais, est-ce possible pour la CEDEAO ? Tout porte à croire que les dirigeants ouest-africains eussent opté pour un pack unique assorti d’une approche graduelle.

À la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) depuis mai 2018, l’ancien ministre marocain des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar se veut optimiste : « Il ne s’agit pas de s’arrêter aux petits problèmes qui existent – aucune construction ne s’est faite facilement – , mais il faut se projeter.[26] » Interrogé sur la chaîne Medi1TV le 11 mars 2017, le banquier marocain Brahim Benjelloun Touimi a une formule bucolique pour meubler la longue attente : « L’intégration (du Maroc à la CEDEAO), ce sera davantage un voyage qu’une destination[27] » Sa sagesse n’est pas éloignée du point de vue de l’actuel ministre marocain des affaires étrangères et de la coopération internationale Nasser Bourita qui déclarait en août 2017 : « L’adhésion est une construction sui generis, il n’y a pas de manuel prêt à l’emploi, il faut faire preuve d’ingéniosité et de flexibilité en gardant en vue les objectifs[28] ». Et il n’a pas tort. Jean Jaurès ne disait-il pas que « le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel » ?

Alors Maroc insistant ou désistant ? Dans tous les cas, si la CEDEAO des 15 pays échoue à admettre en son sein un seul candidat africain, qu’en sera-t-il de l’Union africaine (UA) avec 55 membres, si cette dernière, en plus de sa vocation politique très critiquée, devrait revêtir une réelle dimension économique, financière et monétaire avec à la clé la monnaie unique africaine ? Il faut simplement espérer que les différents obstacles évoqués ci-dessus soient plus des opportunités à partager et à défendre que des freins à l’émergence de l’Afrique. C’est le sens de mon combat et tout l’intérêt de cette étude.

Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire,

Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés,

Laissant errer sa vue étonnée et ravie,

Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie

Et sa bouche aux baisers !


[1] https://www.lepoint.fr/monde/maroc-tout-pour-la-dynamique-sud-sud-26-03-2019-2303866_24.php#

[2] https://www.leconomiste.com/flash-infos/les-investissements-marocains-en-afrique

[3] « Cette demande d’adhésion a été « enregistrée » lors du 51eme Sommet de la CEDEAO, à Monrovia en Juin dernier, où les pays membres ont exprimé leur « accord de principe », dans la version française du communiqué final de ce Sommet, qui dans sa version originale en anglais, évoque plus subtilement les termes « takes note » (« prend note » – paragraphe 59) et « supports in principle » (« soutient en principe » – paragraphe 61) » ; en ligne : www.medays.org/fr/maroc-cedeao/

[4] http://www.rfi.fr/afrique/20180421-maroc-convaincre-adhesion-cedeao-cote-ivoire

[5] https://www.medays.org/fr/maroc-cedeao/

[6] https://telquel.ma/2015/10/02/edito-sur-sahara-pas-peur-des-mots_1464854/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

[7] http://www.leseco.ma/les-cahiers-des-eco/afrique/62737-maghreb-cedeao-quel-partenariat.html

[8] https://telquel.ma/2013/01/25/Noirs-et-pas-noirs_555_5956/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

[9] https://telquel.ma/2014/09/12/racisme-ordinaire_1415876/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

[10] Maroc Hebdo n° 998 du 02 au 08 novembre 2012 ; en ligne : https://maroc-hebdo.press.ma/archives/le-peril-noir

[11] Maroc Hebdo n° 999 du 09 au 15 novembre 2012 ; en ligne : http://www.maroc-hebdo.press.ma/archives-mhi/index.php?annee=2012

[12]https://www.ccme.org.ma/images/documents/fr/2012/11/MHI_9_nov.pdf

[13] https://telquel.ma/2014/09/12/racisme-ordinaire_1415876/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

[14]https://www.ccme.org.ma/images/documents/fr/2012/11/MHI_9_nov.pdf

[15] https://maliactu.net/mali-le-ministre-marocain-nasser-bourita-a-propos-de-lautorisation-electronique-de-voyage-au-maroc-aevm-seulement-la-tranche-dage-de-18-a-42-ans-est-concernee-par-l/

[16] https://telquel.ma/2018/11/01/nouvelle-procedure-dentree-au-maroc-pour-trois-pays-africains_1616332/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

[17] http://www.malinet.net/flash-info/entretien-avec-sem-hassan-naciri-ambassadeur-de-sa-majeste-le-roi-du-maroc-au-mali-sur-lautorisation-electronique-de-voyage-au-maroc-aevm-laevm-nest-pas-un-vis/

[18]https://www.jeuneafrique.com/449600/politique/maroc-cedeao-adhesion-beaucoup-de-questions/

[19] https://www.medays.org/fr/maroc-cedeao/

[20] https://fr.hespress.com/81658-le-maroc-abandonnera-il-le-dirham-pour-leco-de-la-cedeao.html

[21] https://www.youtube.com/watch?v=1XuAR25Bm3Q

[22] https://www.lepoint.fr/monde/maroc-tout-pour-la-dynamique-sud-sud-26-03-2019-2303866_24.php#

[23]https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/10/12/le-maroc-a-la-cedeao-une-adhesion-loin-de-faire-l-unanimite_5200011_3212.html

[24]https://www.agenceecofin.com/hebdop3/0802-63838-gazoduc-nigeria-maroc-le-moment-de-s-interroger-sur-la-viabilite-du-projet

[25]https://www.oc.gov.ma/sites/default/files/2019-07/Rapport%20BC_2018.pdf

[26]https://www.jeuneafrique.com/mag/759504/economie/maroc-pour-salaheddine-mezouar-cgem-lintegration-africaine-est-une-priorite/

[27] https://www.youtube.com/watch?v=1XuAR25Bm3Q

[28]https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/10/12/le-maroc-a-la-cedeao-une-adhesion-loin-de-faire-l-unanimite_5200011_3212.html


Choix d’un nom déjà controversé

La cinquante-cinquième session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, tenue le 29 juin 2019 à Abuja (Nigéria), a retenu le terme « ECO » pour le nom de la monnaie unique de la CEDEAO, tel que proposé par le Comité ministériel réuni dix jours plus tôt. Voilà en substance le communiqué officiel diffusé à l’issue de la rencontre de la plus haute instance de l’organisation ouest-africaine.

Nom et symbole de la monnaie unique de la CEDEAO

Sur ce point, la réunion a été informée que le Groupe de travail sur le nom et le symbole de la monnaie unique de la CEDEAO a retenu trois noms pour la monnaie unique de la CEDEAO sur un ensemble de treize (13) propositions soumises à son appréciation. Par ordre, les noms proposés sont : 1) ECO, 2) AFRI et 3) KOLA.

Les choix de ses noms ont été opérés sur la base des critères pondérés préalablement définis, à savoir : i) Identité de la CEDEAO (40 %) ; (ii) Signification (25%) ; iii) Facilité de prononciation (20%) ; et iv) Créativité (15%). De même, les symboles associés à chacune des trois propositions de nom ont été présentés à la réunion.

A l’issue des échanges sur cette question un consensus s’est dégagé sur la dénomination ‘’ECO’’ comme monnaie unique de la CEDEAO. Toutefois, un accord n’a pu être trouvé pour le symbole. A cet égard, il a été recommandé d’approfondir les réflexions sur le symbole associé au nom ‘’ECO’’.

Source : Réunion du Comité ministériel sur le programme de la monnaie unique de la CEDEAO, Rapport final, Abidjan, Côte d’Ivoire, 17-18 juin 2019.

Mais l’erreur serait d’en rester là. Ceux qui pensaient qu’avec un simple changement de nom (tronquer « franc CFA » contre « ECO »), ils allaient s’en tirer à si bon compte doivent réviser leur copie. Les oripeaux coloniaux – l’expression est de l’économiste guinéen Facinet Sylla, ancien haut cadre de l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest – ont la vie dure.

La future monnaie avant même de se mouvoir a déjà un fil à la patte. Le terme « ECO » a une ressemblance particulière avec ECU. Trois lettres : deux voyelles séparées par une consonne. ECU (European Currency Unit) est une trouvaille de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing. C’est les initiales de l’ancienne unique de compte créée en 1979 par la Communauté Economique Européenne, avant l’avènement de l’euro en décembre 1995. Mais pas seulement ! L’ECU, c’est aussi le nom d’une ancienne monnaie française créée en 1263 par le roi Louis IX. Il dura jusqu’en 1878 où sa production fut arrêtée.

Ce petit rappel historique a de quoi faire éternuer les sentinelles de la forteresse de la Zone franc. Quelle est cette mesquinerie, pourrait-on me retorquer ? On connait la célèbre formule de Nietzsche : « Le diable est dans les détails ». Lors d’un déplacement à Ouagadougou en novembre 2017, le président français Emmanuel Macron, s’estimant non « nominaliste », disait ne pas comprendre la fixation sur l’acronyme « CFA ». Dans le même sillage, le gouverneur de la BCEAO déclarait un mois plus tôt sur les antennes de RFI que « l’acronyme n’a pas beaucoup d’importance.[1] » À sa suite, un de ses proches collaborateurs, le directeur de la Stabilité financière, ajoute que les Africains ne doivent pas « nourrir de complexe par rapport à l’héritage colonial » et que même « le français

[la langue française]

que nous parlons aujourd’hui est un héritage colonial.[2] » En un mot, que les enjeux des populations sont ailleurs. Et ce n’est pas totalement faux. C’est simplement une appréciation partielle des enjeux et une lecture déformée des attentes des usagers du franc CFA.

Ah bon ! Le nom n’est pas important ? De qui se moque-t-on ? Le projet monétaire européen a failli capoter à cause d’une « simple question de nom » ? A l’avènement de la monnaie unique en 1995, les Allemands ont refusé le nom « ECU », malgré l’insistance de la France, pour la simple raison que ce terme a une proximité homophonique dans leur langue avec « vache ». Le 15 décembre 1995, lors du Conseil européen de Madrid, le chancelier Helmut Kohl prévenait ses homologues : « L’opinion allemande ne peut pas accepter le nom d’écu. Ce mot est trop proche de “die Kuh”, la vache[3]». Et il n’a pas tort. Imaginez un instant, un Allemand se rendant chez son boucher en lui demandant le prix de 1 kg de bœuf. Et que celui-ci lui réponde : “2 vaches” (traduction de “2 ECU”). Pour un pays qui promeut l’égalité des sexes, c’est gênant non ?

Plus sérieusement, voilà comment le nom « Euro » fut adopté. Pas si facilement. D’ailleurs les Grecs n’en voulaient pas, puisque “euro” et “oura” (en français : “l’urine”) sont proches. Ils le firent remarquer aux Allemands : « Chez vous, “écu” veut peut-être dire “vache”, mais chez nous, c’est pire.[4]» Finalement, ils se consolèrent d’une inscription du nom “Euro” en alphabet grec sur les billets. Mieux, selon les confidences rapportées par le journal français Libération, la bataille de nom fut jusqu’au moindre détail sur le Vieux continent : « Dès le lendemain du Conseil européen de Maastricht des 9 et 10 décembre 1991, le gouvernement allemand s’est violemment battu pour que le nom de la future monnaie unique soit orthographié « ECU » et non « écu » comme le voulaient les Français.[5] »

C’est dire que les perspectives de la future monnaie ECO risquent d’être orageuses. Les populations africaines exigent des « signes de rupture politique[6] », pour emprunter à l’analyste Gilles Yabi. Les jeunes africains refusent, catégoriquement (et le mot est faible), de s’identifier aux symboles du passé colonial ou esclavagiste de leur continent. Ils ne veulent plus souffrir comme leurs aînés et leurs lointains devanciers. Ils manifestent une hostilité farouche aux ingérences étrangères et à tout ce qui touche de près ou de loin au corset monétaire.

« AFRI », parmi les nombreuses propositions reçues, n’aurait-il pas été mieux indiqué que ECO, ne serait-ce qu’en se plaçant dans une perspective temporelle ? D’autant que la BAD[7] estime que l’aboutissement de la coopération monétaire au sein de l’espace CEDEAO peut servir d’accélérateur au processus d’intégration monétaire de l’Afrique, inscrit dans l’acte constitutif de l’Union africaine de 1963 et formalisé dans le Traité d’Abuja de juin 1991.

Conclusion

Nous voilà au terme de cette étude. Il faut conclure. Conclure c’est s’engager. S’engager c’est le sens de mon combat. Il ne me reste plus qu’à remercier le pair de France pour sa compagnie si attachante et de m’associer à sa prière, en adjoignant un codicille à son sizain :

« Seigneur ! préservez-moi, (…)

Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mal triomphants,

De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,

La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants !

(La CEDEAO sans ECO !) »


[1] L’entretien du gouverneur Tiémoko Meyliet Koné dans l’émission « Le débat africain » de Radio France Internationale, 1er octobre 2017, « Rester ou sortir du franc CFA ? » par Alain Foka ; vidéo en ligne : www.youtube.com/watch?v=RIIkLrvbAIM

[2] Émission diffusée le 1er octobre 2017 sur RFI, par Alain Foka. Participants : Habib Thiam, directeur de la Stabilité financière de la BCEAO ; Dr. Ndongo Samba Sylla, économiste de la Fondation Rosa-Luxembourg et co-auteur de Sortir l’Afrique de la servitude monétaire ; Gilles Yabi, analyste politique, fondateur du Wathi, « think tank citoyen » pour l’Afrique de l’Ouest ; Ismaïla Dem, directeur général de l’Économie et de la monnaie de la BCEAO ; vidéo en ligne : www.youtube.com/watch?v=YjSgmdnTXZU

[3]https://www.liberation.fr/futurs/1998/04/27/histoire-intime-de-la-monnaie-unique-a-4-jours-du-sommet-de-lancement-ecu-un-nom-trop-vache-pour-koh_234117

[4]https://www.liberation.fr/futurs/1998/04/27/histoire-intime-de-la-monnaie-unique-a-4-jours-du-sommet-de-lancement-ecu-un-nom-trop-vache-pour-koh_234117

[5]https://www.liberation.fr/futurs/1998/04/27/histoire-intime-de-la-monnaie-unique-a-4-jours-du-sommet-de-lancement-ecu-un-nom-trop-vache-pour-koh_234117

[6] Vidéo en ligne : www.youtube.com/watch?v=YjSgmdnTXZU

[7]https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AEB_Vol_7_Issue_1_2016_POURQUOI_ET_QUAND_INSTAURER_UNE_MONNAIE_UNIQUE_DANS_LA_CEDEAO.pdf


A propos de l’auteur

Cheickna Bounajim Cissé, l’émergentier

Économiste et essayiste, il est le Président de la Commission « Banques & Compétitivité » du CAVIE (Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique). Titulaire d’un MBA de l’Université de Paris Dauphine et de l’IAE de Paris, il est détenteur d’un Master professionnel Sciences Politiques et sociales – option Journalisme de l’Institut Français de Presse (Université Panthéon-Assas), possède une Maîtrise en gestion des entreprises de l’ENA de Bamako et est diplômé d’études supérieures en Banque (ITB – CNAM de Paris). Il est l’auteur de l’acronyme MANGANESE, désignant neuf pays africains émergents ou en voie de l’être. Il se définit comme un « émergentier », un activiste de l’émergence de l’Afrique. Il est contributeur pour plusieurs médias et auteur de plusieurs publications, dont « Les défis du Mali nouveau » (Amazon, 2013, 269 pages), « Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir » (BoD, 2016, 736 pages), « FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine » (BoD, 2019, 452 pages).

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