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Les éléphants massacrés par le braconnage organisé

Les éléphants massacrés par le braconnage organisé

En dépit des mesures prises dans de nombreux pays, le trafic d’ivoire reste florissant. Quasi militarisé, le braconnage menace désormais la survie des éléphants de forêt, notamment au Gabon.

Les New-Yorkais ne sont pas près d’oublier la scène. C’était le 19 juin, à Times Square, la place du shopping non-stop. 1 tonne d’objets en ivoire passés à la broyeuse sous l’oeil des caméras… Des bijoux, des défenses gravées, des statuettes, tout cela réduit à l’état de poudre. “Nous ne sommes pas seulement en train de broyer de l’ivoire, nous écrasons aussi le marché de l’ivoire”, lançait la secrétaire à l’Intérieur, Sally Jewell, après avoir déposé sur le tapis roulant deux défenses de plus de 1 mètre.

30 000 pachydermes tués par an

Sans doute faudra-t-il un peu plus qu’une opération de communication, même fortement symbolique, pour stopper ce business planétaire. Stimulés par la demande des classes moyennes chinoises, qui voient dans l’ivoire un signe de réussite, les prix ont triplé depuis 2010, selon l’ONG kényane Save the Elephants. 1 kilo acheté environ 200 dollars en Afrique trouve preneur pour dix fois plus en Chine. Du coup, le massacre continue : 30 000 pachydermes sont tués chaque année, d’après le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Le braconnage, qui touche depuis longtemps les pays anglophones de l’est et du sud du continent africain (Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud), s’étend aujourd’hui à l’Afrique francophone, du Cameroun à la République démocratique du Congo (RDC) et au Gabon. “La moitié des éléphants de forêt d’Afrique centrale ont été abattus dans les cinq dernières années”, estime Karen Colin de Verdière, chef de projet biodiversité à l’Agence française de développement (AFD).

L’éléphant de forêt est moins grand que son cousin de savane. Son ivoire légèrement rosé est aussi plus dur. Les secteurs forestiers où il vit font l’objet d’une telle exploitation qu’ils sont plus faciles d’accès pour les braconniers. Conséquence : au Gabon, les éléphants ne seraient plus que 40 000, contre 60 000 il y a encore dix ans.

La guerre de l’ivoire

“Les réseaux de commercialisation de l’ivoire relient principalement l’Afrique à l’Asie, précise Sébastien Cetti, spécialiste des trafics d’espèces menacées à la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED). En France, les grosses quantités sont rares, elles vont directement en Asie.” 136 kilos d’ivoire brut ont tout de même été saisis par les douanes, le 27 mai, à Roissy. Les défenses, coupées en trois, étaient placées dans des caisses en provenance de RDC. Elles avaient été déclarées comme des “pièces détachées” à destination du Vietnam.

Du côté des braconniers, la tendance est à la militarisation. En 2012, 300 éléphants avaient été tués en deux mois, au Cameroun, par des bandes organisées passant par le Tchad et sillonnant à cheval, armes automatiques à l’épaule, le parc de Bouba N’Djida. Cette guerre de l’ivoire fait également des victimes du côté des gardes : 1 000 d’entre eux ont été tués depuis dix ans, dont trois en RDC le 20 juin.

Face à l’ampleur des trafics, les Etats consommateurs s’organisent. En mai, la Chine a annoncé vouloir mettre fin au commerce de l’ivoire légal en brûlant symboliquement 662 kilos de ce matériau précieux. Aux Etats-Unis, deuxième marché mondial, la broyeuse de Times Square a accompli sa part.

Julie Carriat
lexpress.fr

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