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Les émergents malades de leur dette

Les émergents malades de leur dette

La Turquie, l’Afrique du Sud, la Malaisie ou l’Indonésie comptent parmi les économies émergentes les plus fragiles. En cause, une dette trop importante et une grande dépendance aux financements extérieurs.

Pour les économies émergentes, l’anniversaire de la chute de Lehman Brothers a un goût amer. Dix ans après avoir inondé le marché de liquidités en réponse à la crise, la Réserve fédérale américaine a entamé un resserrement de sa politique monétaire qui sonne le glas de financements en dollars abondants et surtout très peu chers. Les pays émergents en ont largement profité, retrouvant leurs niveaux d’endettement d’avant la grande crise des années 1980, comme s’en est alarmée Christine Lagarde, présidente du FMI, jeudi dernier.

Maintenant que la tendance se retourne, ces derniers sont donc particulièrement exposés. Parmi les plus vulnérables, selon Jason Daw de Société Générale, figurent la Turquie, l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Inde et l’Indonésie. A l’inverse, la Corée, la Chine, la Thaïlande ou la Russie sont plutôt bien armées.

Premier facteur pesant sur les pays émergents les plus fragiles, le déficit de la balance courante qui les oblige à attirer des flux de capitaux étrangers de façon soutenue. Une source qui tend à se tarir alors que les devises locales décrochent face au dollar. Cette situation frappe la Turquie, l’Afrique du Sud, et dans une moindre mesure, l’Indonésie ou l’Inde.

Le piège de la dette externe

Autre piège pour les émergents en cette période de resserrement du robinet du crédit, la dette externe arrivant à échéance au cours des 12 prochains mois. Pour la République tchèque, les montants dus à des prêteurs étrangers – tout type d’emprunteurs confondus – atteignent ainsi plus de 50 % du Produit intérieur brut (PIB). Un ratio qui s’élève à près de 40 % pour la Malaisie et à plus de 20 % pour la Turquie.

Cette dernière est en revanche la plus exposée à la dette en devise étrangère, qu’il s’agisse de prêteurs internationaux ou turcs. On estime que 40 % des actifs des banques turques sont libellés en dollar ou en euros . Le risque est de ne pas pouvoir assurer les paiements et se retrouver en défaut. « La dépendance à ce type de dette est particulièrement problématique quand le débiteur ne dispose pas de sources de revenus suffisantes dans la devise de remboursement, explique le stratégiste de Société Générale. Ces risques sont amplifiés quand la monnaie locale se déprécie. » Or la livre turque a perdu près de 40 % de sa valeur cette année.

L’Afrique du Sud, pour sa part, affiche l’un des plus importants déficits budgétaires des pays émergents, derrière le Brésil et l’Inde. Conséquence, la dette de Pretoria atteint 50 % du PIB. Un ratio inférieur à celui de certains pays européens, la France en tête, mais qui pousse les investisseurs à exiger des rendements plus élevés aux économies jugées fragiles. D’autant que les étrangers représentent une part non négligeable de son financement. Leur part s’élève à plus de 40 % de la dette en rand. Une ressource qui pourrait se révéler volatile alors que les taux américains redeviennent attractifs.

Guillaume Benoit
lesechos

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