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Les entreprises françaises veulent séduire le Nigéria, géant d’Afrique

Les entreprises françaises veulent séduire le Nigéria, géant d’Afrique

Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain sera bientôt le troisième plus peuplé du monde.

Porté depuis quinze ans par une forte croissance, à plus de 6 %, il est en train de se transformer sous la pression d’une classe moyenne de plus en plus exigeante.

Une délégation de patrons français, sous la conduite du Medef, a passé quatre jours au Nigeria.

« Le Nigeria était un géant endormi, mais on dirait qu’il s’est réveillé », plaisante Desmond Majekodunmi, activiste connu à Lagos pour son action en faveur de l’environnement. Malgré les attentats et enlèvements conduits dans le nord du pays par les islamistes de Boko Haram, le Nigeria a en effet connu une croissance économique solide durant les dernières années, à plus de 6 % par an en moyenne depuis 2000.

Ce rythme ne lui permet pas de vaincre ses fléaux, comme le chômage des jeunes (estimé à 38 %) ou la pauvreté qui reste le lot de 60 % de la population. Cependant, après de nombreuses années où le Nigeria passait pour le géant malade de l’ouest Africain, en proie au chaos et au pillage organisé par ses élites, le pays donne quelques signes qu’il commence à se transformer.

Émergence d’une classe moyenne

À Lagos, tentaculaire citée bâtie sur la lagune, au sud, les problèmes sont toujours là : la congestion du trafic, les coupures d’eau et d’électricité. Mais la sécurité s’améliore. Et une classe moyenne devient visible, au tout nouveau centre commercial de Victoria Island, l’île où se concentre la population aisée de la capitale. Le long des galeries marchandes, on y trouve les mêmes enseignes de vêtement qu’en Europe. Et les clients se pressent.

« Le Nigeria est un marché qui devient intéressant pour nous », confie Antonello Ugliono, représentant de Carpigiani. Son entreprise, une PME de Bologne, produit des machines à fabriquer de la glace à l’italienne. Et il en vend une dizaine par an au Nigeria. « Il s’ouvre ici de plus en plus de glaciers qui sont prêts à investir pour attirer une clientèle qui a des moyens, aime sortir, et demande toujours plus pour être à la mode », dit-il.

La classe moyenne au Nigeria compte déjà 20 millions de personnes dont le revenu mensuel dépasse les 700 dollars (625 €). Elle est composée de personnes jeunes, actives, qui aspirent à consommer pour profiter des biens dont ils ont longtemps été privés. Ils ont conscience d’être ceux qui font changer leur pays et se montrent plus exigeants vis-à-vis du pouvoir politique.

La croissance nigériane intéresse les entrepreneurs français

« Cela représente un défi immense pour le Nigeria », constate le patron du groupe Vergnet, Jérôme Douat. « Alors que ce pays aura 150 millions de jeunes en plus dans les vingt ans à venir, il faut qu’ils trouvent un avenir chez eux… ».

Vergnet, une PME d’Orléans, est spécialiste des énergies renouvelables et a implanté au nord du pays une ferme d’éoliennes. Le projet a connu de nombreux aléas avec l’enlèvement d’un ingénieur français, Francis Collomp, par le groupe islamiste Ansaru en 2012. Il a réussi à échapper à ses ravisseurs après 11 mois de captivité.

Malgré ce fait grave, Jérôme Douat veut continuer. Il s’apprête à signer pour un deuxième projet pour une ferme solaire, au sud. Il fait partie des entrepreneurs français qui regardent avec intérêt ce qui se passe au Nigeria, et ils sont de plus en plus nombreux.

Une délégation du Medef, menée par Pierre Gattaz, avec une cinquantaine de grandes entreprises françaises a passé quatre jours au Nigeria. Elle a rencontré lundi 5 octobre le président à Abuja, avant de mettre ensuite le cap sur Lagos, la capitale économique. Longtemps concentrés sur les pays francophones, les grands groupes français ont compris qu’une présence au Nigeria est indispensable pour se mettre à la remorque de la nouvelle croissance africaine.

Les services contribuent à plus de la moitié du PIB

Dans cette délégation, Air Liquide, Thales, Engie (ex-GDF Suez), Gemalto, Alstom transport ou Veolia. À ce jour, peu de grands groupes français sont réellement implantés au Nigeria, en dehors de Total et Lafarge. PSA Peugeot Citroën, qui a longtemps eu une usine sur place, avait quasiment quitté le pays. Il prépare son retour et n’est pas le seul groupe automobile à le faire. Carrefour, également, songe à s’installer.

Longtemps, le Nigeria n’a été vu que comme un pays producteur de pétrole. Aujourd’hui, les matières premières ne sont plus le seul moteur de la croissance. Les services contribuent pour plus de 50 % au PIB. De grands groupes Nigérians ont émergé, comme Dangote, qui produit du ciment et de l’agroalimentaire. Les deux frères Dangote sont les hommes les plus riches d’Afrique. Sani, le cadet, préside l’organisation du patronat nigerian et ne cesse de répéter que le pays est « ouvert aux investissements » et « le plus libéral de la région ».

Le nouveau président du pays, Muhammadu Buhari a tenu le même discours aux patrons français, leur promettant de réduire la dépendance du pays au pétrole et développer ses secteurs industriel et agricole. Il conduit actuellement une campagne contre la corruption pour tenter de mettre fin aux détournements massifs dans l’industrie pétrolière. Avec la chute des cours, les rentrées d’argent dans le budget baissent.

Mais il entend pourtant accélérer la construction d’infrastructures : routes, chemins de fer, système de gestion de l’eau, centrales électriques, tout est à faire et les grands groupes français espèrent avoir leur part, face aux concurrents chinois déjà très présents.

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Première puissance économique du continent

= Avec ses 180 millions d’habitants, le Nigeria a la première population d’Afrique.

= En 2050, il sera le troisième plus peuplé au monde, derrière l’Inde et la Chine, avec 400 millions d’habitants.

= Il est déjà la première puissance économique du continent, devant l’Afrique du Sud. Et il devrait dans l’avenir confirmer ce statut de grand pays émergent, à l’égal des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Alain GUILLEMOLES (à Lagos)
la-croix.com

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