samedi 23 mars 2019

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Les espoirs de libération de Carlos Ghosn une nouvelle fois douchés

Les espoirs de libération de Carlos Ghosn une nouvelle fois douchés

Ce vendredi matin, les caméras de télévision commençaient à tourner devant le centre de détention de Kosuge , au nord de Tokyo. Les camions de régie étaient prêts à retransmettre en direct la libération de Carlos Ghosn, le PDG de Renault, dont la sortie s’annonçait imminente . Ses avocats avaient déposé, très tôt, une demande de libération sous caution, suite à la décision surprise, hier, des juges de mettre fin à sa seconde phase de garde à vue.

Mais à quelques minutes de l’annonce probable de cette libération, le procureur a annoncé, dans un énième coup de théâtre, qu’il venait d’émettre un troisième mandat d’arrêt contre le patron franco-brésilien. Et automatiquement, ses chances de sortie étaient anéanties.

Pertes sur investissements personnels

Le parquet, qui semble avoir décidé de « saucissonner » les accusations pour maintenir Carlos Ghosn en détention provisoire le plus longtemps possible, reproche cette fois à l’ex-président de Nissan d’avoir fait passer, en octobre 2008, dans les comptes du constructeur japonais des pertes sur des investissements personnels de plus de 1,8 milliard de yens (14,5 millions d’euros). « Il est soupçonné d’avoir failli à sa fonction de PDG et d’avoir causé un préjudice à Nissan », a expliqué le bureau du procureur dans un communiqué. Une accusation qui correspond à une infraction à la loi sur les sociétés.

Selon l’accusation, le dirigeant aurait contraint, suite à la crise financière de 2007-2008, le constructeur japonais à récupérer sur ses comptes certains produits financiers déficitaires qu’il avait contractés plus tôt par le biais d’un véhicule d’investissement qu’il contrôlait personnellement. Ce transfert aurait été organisé avec la complicité d’un tiers, non identifié, qui l’aurait ensuite aidé à faire valider ce montage par une banque. Dans les années qui ont suivi, entre 2009 et 2012, Carlos Ghosn aurait, selon le procureur, fait rembourser par ce tiers une somme correspondant presque au montant des pertes initiales.

Détention prolongée

Grâce à ce nouveau mandat d’arrêt – le troisième émis contre Carlos Ghosn depuis son arrestation le 19 novembre -, le procureur peut automatiquement maintenir en détention le PDG franco-brésilien pendant 48 heures. Il devra ensuite demander, dans le week-end, à un juge le droit de le maintenir en garde à vue 10 jours de plus dans le cadre de ce nouveau dossier. Ce magistrat approuvera ou refusera la prolongation de la détention du dirigeant. Si cette prolongation venait à être refusée, les avocats de Carlos Ghosn pourraient retenter de déposer une demande de libération sous caution, comme ils l’avaient fait ce vendredi matin.

Leur demande porterait sur la détention liée à la première inculpation formulée le 10 décembre dernier par le parquet contre Carlos Ghosn et son adjoint Greg Kelly . Dans ce premier volet de l’affaire, les deux hommes sont soupçonnés d’avoir sciemment minoré le montant total des rémunérations de Carlos Ghosn dans les rapports financiers que Nissan a remis aux autorités boursières locales. Entre 2010 et 2015, le duo aurait sous-estimé à hauteur de 5 milliards de yens – 39 millions d’euros – les revenus japonais du dirigeant (qui jouissait aussi d’un salaire chez Renault).

Greg Kelly n’est toutefois pas mis en cause par de nouvelles charges et aucun nouveau mandat d’arrêt n’a été lancé contre lui. Il pourrait donc être libéré sous caution.

Combatif

Pour l’instant, les deux hommes assurent qu’ils ont rempli correctement les documents financiers incriminés. Selon eux, les revenus évoqués n’avaient pas à y figurer car ils correspondaient à des paiements différés, dont le montant exact n’était pas arrêté. Ils n’avaient d’ailleurs pas été provisionnés par Nissan.

Selon les médias japonais, Carlos Ghosn aurait également démenti les dernières accusations du parquet sur le transfert douteux de 2008. Selon la chaîne de télévision japonaise NHK, l’avocat du PDG de Renault a assuré que son client était combatif et qu’il comptait rétablir rapidement son honneur devant un tribunal.

Yann Rousseau
lesechos

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