mardi 24 novembre 2020
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Les États-Unis tentent de bloquer le gaz russe

Les États-Unis tentent de bloquer le gaz russe

La Chambre des représentants a validé, le 21 juillet, le renforcement des sanctions contre les sociétés impliquées dans la construction du gazoduc Nord Stream 2, qui doit relier la Russie à l’Europe par la mer.

Après les menaces, le passage à l’acte. Lors d’une conférence de presse le 15 juillet, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, avait évoqué la perspective d’adopter des sanctions plus dures pour empêcher la mise en service du projet de gazoduc Nord Stream 2. Ce chantier doit permettre de doubler le volume des livraisons de gaz naturel russe vers l’Europe occidentale, en passant sous la mer Baltique pour arriver en Allemagne.

L’injonction de Mike Pompeo à l’égard des sociétés impliquées dans le projet a été sans ambiguïté : « Sortez immédiatement, ou il y aura des conséquences. » Moins d’une semaine après, les élus américains ont adopté, dans le cadre de la discussion sur le budget de la défense, un amendement qui confirme de nouvelles sanctions contre les sociétés impliquées dans Nord Stream 2, pour tout investissement réalisé après le 15 juillet 2020. Sont particulièrement visées les entreprises qui posent les tuyaux, offrent des services d’assurance ou des locaux pour la modernisation des navires de pose de tuyaux liés à la construction du gazoduc.

Danger russe

Les États-Unis persistent dans leur volonté de contrer un chantier qui risque, selon eux, de consacrer la mainmise de la Russie sur l’approvisionnement européen en gaz. Ils avaient déjà adopté une première série de sanctions dans le cadre de la loi « sur la protection de la sécurité de l’énergie en Europe » (Protecting Europe’s Energy Security Act, PEESA), promulguée fin décembre 2019.

Le diplomate Chris Robinson, chargé de la Russie au département d’État américain, a affirmé que d’autres pays européens étaient opposés au gazoduc : « Nous joignons aujourd’hui notre voix à celle des Européens qui s’inquiètent de l’agression russe. » Nord Stream 2 concurrencera en effet les gazoducs terrestres qui passent par les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine, les privant des redevances correspondantes.

Sociétés menacées

Le projet Nord Stream 2, qui a déjà coûté une dizaine de milliards d’euros, est financé à moitié par le géant pétrolier russe Gazprom et à moitié par des sociétés européennes. Figurent dans le consortium les allemandes Wintershall et Uniper, l’anglo-néerlandaise Shell, la française Engie et l’autrichienne OMV, engagées à hauteur de 950 millions d’euros chacune.

Fin 2019, les mesures restrictives adoptées par les États-Unis ont conduit la société suisse Allseas, spécialisée dans la pose de tuyaux, à rappeler ses bateaux, ralentissant le chantier. Contactée sur les risques liés à ce durcissement de la politique américaine, Engie s’est contentée d’indiquer qu’« elle examinait la nouvelle orientation américaine ».

Réactions européennes

Principale bénéficiaire du projet, l’Allemagne avait haussé le ton après les déclarations de Mike Pompeo mi-juillet. Le ministre fédéral des affaires étrangères, Heiko Maas, avait ainsi rappelé que « la politique énergétique européenne se (faisait) en Europe et non à Washington. Nous rejetons clairement les sanctions extraterritoriales ».

De manière plus virulente, l’ancien chancelier Gerhard Schröder, qui est devenu président du comité des actionnaires de Nord Stream AG (l’opérateur du gazoduc), a déclaré dans le quotidien Handelsblatt que les mesures américaines ne signaient pas moins que « la fin du partenariat transatlantique ».

Encore 120 km

Le vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell, a également manifesté sa « préoccupation grandissante » par rapport à l’évolution de la politique américaine. Dans un communiqué du 17 juillet, il a indiqué que « l’Union européenne s’oppose à l’utilisation de sanctions par des pays tiers à l’encontre de compagnies européennes qui mènent des activités légitimes ».

Dans la pratique, les sanctions américaines n’ont pour l’instant réussi qu’à retarder le chantier, Gazprom devant achever elle-même le dernier tronçon du gazoduc. La compagnie russe maintient l’objectif d’une mise en service de Nord Stream 2 pour début 2021. Quant aux 120 derniers kilomètres du gazoduc, ils se situent dans les eaux du Danemark, pays où précisément Mike Pompeo devait se rendre jeudi 22 juillet pour aborder « des sujets d’intérêt commun ».

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Les importations de l’UE

Les principaux fournisseurs de gaz de l’UE sont la Russie (39 % des importations), la Norvège (26 %) et l’Algérie (12 %). La Russie est également l’un des principaux fournisseurs de pétrole et de charbon de l’UE.

Depuis la crise ukrainienne, qui a perturbé l’approvisionnement de plusieurs pays, l’UE tente de diversifier ses fournisseurs de gaz et d’assurer une meilleure solidarité entre les pays en termes d’échanges et de stockage.

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