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Les fast-foods s’engagent tous à moins recourir aux antibiotiques, mais…

Les fast-foods s’engagent tous à moins recourir aux antibiotiques, mais…

À l’instar des principales enseignes de fast-food, Burger King s’est engagé à ne plus utiliser de poulet traité avec des antibiotiques utilisés pour soigner des infections graves chez l’homme, dès 2017 aux États-Unis, une des causes de la résistance microbienne. Mais peu de fast-food s’engagent à moins recourir à ces produits thérapeutiques pour les autres viandes.

Il faisait partie des rares géants de la restauration rapide à ne pas s’être engagé concrètement dans la lutte contre la résistance microbienne. Burger King a annoncé mercredi 28 décembre, en compagnie de Tim Hortons (les deux enseignes sont rattachées à la société Restaurant brands international), qu’il se fournira exclusivement en poulets n’ayant pas été traités avec des familles d’antibiotiques utilisés pour soigner des infections graves chez l’homme. La mesure entrera en vigueur aux États-Unis en 2017, puis au Canada en 2018, annonce-t-il.

Désormais, les cinq fast-foods les plus puissants au monde en nombre de restaurants (si l’on ne prend pas en compte Starbucks, plutôt spécialisé dans les boissons) ont pris des engagements pour réduire le recours à ces produits accusé de favoriser la résistance microbienne. Celle-ci pourrait être responsable de plusieurs millions de morts par an d’ici à 2050.

Le 1er août, McDonald’s États-Unis a déclaré qu’il ne cuisinait plus de poulets traités avec des antibiotiques nécessaires à soigner des infections graves chez l’homme.

Subway a annoncé en 2015 vouloir s’orienter vers une viande sans antibiotiques d’ici à 2025. Pour le poulet, cette promesse doit entrer en vigueur à la fin de cette année. Pour la dinde, elle est censée être effective en 2019, et entre 2020 et 2025 en ce qui concerne le porc et le bœuf.

Pizza Hut s’engage d’ici à mars 2017 à concevoir des pizzas sans morceaux de poulets traités avec des antibiotiques importants pour l’homme.

KFC, qui appartient au groupe Yum! comme Pizza Hut, a assuré simplement qu’il limitera en 2017 l’utilisation de familles d’antibiotiques importants pour les infections touchant l’homme, les réservant au maintien en bonne santé des volailles.

Pression des actionnaires, des gouvernements, et de la société civile

Les fast-foods s’orientent vers la conception de sandwichs et pizzas faits avec des aliments plus “naturels”, sous la pression des actionnaires. Ces derniers anticipent d’éventuelles nouvelles politiques de régulations. Le problème de la résistance microbienne est de plus en plus pris à cœur par les gouvernements. Au G7, en février, David Cameron, alors Premier ministre du Royaume-Uni, avait plaidé pour lutter une lutte active contre la résistance microbienne. En septembre, l’Assemblée générale des Nations unies s’était réunie pour discuter des mesures à prendre.

Mais les enseignes de restauration rapide sont également tancées par des ONG et diverses initiatives citoyennes. KFC s’est vu remettre 300.000 pétitions en août, exigeant qu’il modifie ses pratiques. McDonald’s avait également fait face à une campagne de ce type le même mois.

Un changement de pratique forcé qui devient un argument de vente

En parallèle, bien que forcées de changer leurs pratiques, les enseignes en font un nouvel argument de vente. À l’image de Pizza Hut qui a profité de l’annonce de ses nouvelles pratiques il y a quelques mois pour lancer un site (http://restaurantquality.pizzahut.com). Ce dernier vante la qualité des ingrédients utilisés et leur traçabilité.

Subway, qui promet de distribuer des sandwichs sans colorants ni conservateurs, va changer son logo l’année prochaine, et lance depuis quelques mois des publicités mettant en scène des petites exploitations et des produits “naturels”, ou mettant en exergue un message clair comme ce spot intitulé “Nouveau départ” (Clean Slate en anglais).

Vanter la qualité des aliments est une marotte de ces établissements qui souffrent d’une baisse ou d’une stagnation de la fréquentation. Les plus importantes enseignes enregistrent d’une croissance au ralenti, voire sont dans le rouge. McDonald’s a vu ses revenus annuels passer de 27,4 milliards de dollars en 2014 à 25,4 milliards en 2015. Subway a vu son chiffre d’affaires reculer de 4,3% en 2015. Les ventes de Burger King patinent également. Le groupe Yum! s’en sort un peu mieux: KFC a enregistré une croissance de 2% en 2015 et Pizza Hut de 0,9%.

Un changement de pratiques à différentes échelles selon les viandes

Mais, ce recours moindre aux antibiotiques pose plusieurs questions. D’une part, les fast-foods ne communiquent pas sur les coûts induits par cette stratégie. Car les antibiotiques permettent de réduire les coûts des élevages. Une utilisation moindre de ces produits implique un rendement des élevages moins important, comme l’exposait à La Tribune Marie-Paule Kieny, sous-directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Par ailleurs, si les fast-foods s’engagent pleinement pour une viande de volaille moins chargée en antibiotiques, ce n’est pas le cas pour les porcs et les bœufs, comme le souligne un rapport de plusieurs ONG diffusé en septembre. Ainsi, le 4e éleveur américain, Perdue Farms, annonçait dès 2014 que 95% de poulets élevés sans antibiotiques importants pour soigner des infections humaines. En 2015, le plus grand acteur du secteur, Tyson Foods, promettait 100% de poulet sans ce type de produits d’ici à septembre 2017.

Pour les autres types de viandes, les annonces sont plus modestes et arrivent sur le tard. Cargill s’est engagé en mars à réduire l’utilisation d’antibiotiques de ce type de 20% pour ses boeufs et Tyson a lancé un élevage de porcs naturels.

Comme l’explique le magazine spécialisé Foodsaefety, la problématique est à la fois financière et pratique. Il est plus facile pour les éleveurs de poulets de réduire leur recours aux antibiotiques, car ils contrôlent tout le processus de la chaîne de production, ce qui n’est pas forcément le cas des bœufs et des porcs. Et le cycle de vie des volailles est plus court (environ une quarantaine de jours contre deux ans pour les bovins) facilite également cette tâche.

Jean-Yves Paillé
la tribune

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