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Les finances publiques des pays du Golfe dans le rouge pour longtemps

Les finances publiques des pays du Golfe dans le rouge pour longtemps

Standard & Poor’s prévoit un besoin de financement équivalent à 10 % du PIB des monarchies pétrolières jusqu’en 2019.

Cinq cent soixante milliards de dollars. Cette coquette somme représente le besoin de financement du secteur public des monarchies du Golfe persique évalué par l’agence Standard & Poor’s sur la période 2015-2019. Ce qui situerait le déficit public de ces pays à l’équivalent de 10 % du PIB, sauf au Qatar et dans les Emirats arabes unis, où il ne serait que de 4 %. Un bouleversement pour des pays habitués à des excédents budgétaires impressionnants et à inonder le monde de leurs liquidités et prises de participation…

C’est évidemment la division par 2,5 des prix de l’or noir depuis l’été 2014 qui a fait plonger dans le rouge des pays produisant un cinquième du pétrole mondial. Pour préserver un Etat providence perçu comme indispensable à la paix sociale dans des pays au demeurant en pleine explosion démographique, les dépenses publiques des pays du Golfe sont passées de 150 milliards de dollars au début du siècle à 547 milliards l’an dernier, dont le tiers en subventions à l’énergie, selon le Fonds monétaire international. Au vu de la chute de leurs recettes, les pays du Golfe n’ont d’autre choix que de s’endetter. A l’image de l’Arabie saoudite (lire ci-dessus), qui sollicite pour la première fois les marchés financiers à hauteur de 17,5 milliards de dollars.

Au pied du mur

Si la solvabilité des pays du Golfe reste solide grâce aux réserves accumulées durant les années de vaches grasses, ces Etats ont aussi « manqué à cette occasion une opportunité en or de réformer et diversifier leur économie », estime Jassem Al Saadoun, patron du cabinet koweïtien de recherche économique Al Shall.

Au pied du mur, les Etats du Golfe ont donc lancé ces derniers mois des programmes de diversification, à l’instar de celui de 2.000 milliards de dollars du jeune vice-prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, surnommé « Monsieur Tout » à Riyad. Ils ont aussi des programmes d’austérité relativement sévères à l’aune du confort où vivent leurs compatriotes. Ces réformes, dont la hausse de 40 % à 80 % du prix des carburants consécutive à une réduction des subventions, peuvent toutefois provoquer des troubles politiques. Comme au Koweït dimanche dernier avec la dissolution du Parlement, même si d’autres facteurs politiques internes sont aussi à prendre en compte, souligne Christian Koch, du Gulf Research Center.

En outre, sans aller encore jusqu’à briser le tabou d’un impôt sur le revenu, les six pays du Conseil de coopération du Golfe comptent instaurer la TVA en 2018. Les Emirats arabes unis ont ainsi fait savoir mercredi qu’ils recrutaient trente spécialistes fiscaux étrangers…

Y. B. , Les Echos

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