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Les géants chinois sous pression pour céder leurs actifs à l’étranger

Les géants chinois sous pression pour céder leurs actifs à l’étranger

Dans le sillage de HNA et Anbang, les groupes chinois ont cédé près de 17 milliards de dollars d’actifs à l’étranger depuis janvier. Des ventes qui échappent pour l’essentiel aux acquéreurs internationaux.

L’étau financier se resserre sur les grands conglomérats chinois dans le viseur de Pékin. Ecrasé sous 79 milliards de dollars de dette, HNA discute avec des banques en vue de trouver un acquéreur pour sa filiale de logistique CWT, neuf mois après l’acquisition de cette société singapourienne pour un milliard de dollars (856 millions d’euros), selon Reuters. Signe de sa fragilité, une de ses divisions n’est pas parvenue à rembourser 44 millions de dollars mi-septembre.

Né en 1993 d’une petite compagnie aérienne servant l’île touristique de Hainan, ce gigantesque conglomérat a accumulé pour plus de 50 milliards de dollars de rachats dans le monde, du Radisson Hospitality, à Ingram Micro en passant par un ticket dans les Français Pierre & Vacances et Servair. Pour sortir de l’impasse financière, HNA a dit vouloir revendre pour plus de 17 milliards de dollars d’actifs. C’est quatre fois plus que ce qu’il est parvenu à céder depuis le début de 2018, d’après Dealogic, et autant que tout ce qu’ont vendu l’ensemble des groupes chinois depuis janvier.

Cessions entre Chinois

La liste est longue des cibles dont il pourrait finalement se délester : une participation valorisée 1,6 milliard d’euros dans Deutsche Bank (7,6 %), 6 milliards de dollars placés dans l’américain Ingram Micro ou encore ses quelque 3 milliards d’euros dépensés dans les suisses Swissport et Gategroup. Mais HNA n’est pas le seul à céder des participations. Anbang testerait de son côté l’appétit des acheteurs pour l’assureur belge Fidea, racheté 369 millions euros en 2015, et pour Vivat, sa compagnie danoise reprise pour 1 euro symbolique et moyennant 1,35 milliard d’euros d’injection de capital.

Ces cessions sont pour l’essentiel l’objet d’une compétition chinoise. La chaîne d’hôtels américaine Radisson Hospitality a été rachetée cet été par Jing Jiang, l’Atletico Madrid a été vendu à un acquéreur de Hong Kong, Quantum Pacific. Deutsche Bank, de son côté, fait l’objet des intérêts chinois de Citic et du fonds souverain China Investment Corp, ainsi que de China Everbright, selon Reuters. Chez Anbang, l’américain Century Securities est lui visé par les sociétés d’Etat Xiamen International Trade Group et Shenzhen Qianhai Financial Holdings. Et en France, Pierre & Vacances suscite l’intérêt d’un autre partenaire chinois (lire encadré).

« A partir du moment où l’actif relève d’un secteur du futur pour Pékin, il n’est pas illégitime de penser qu’une forme de préférence ou de priorité puisse jouer entre groupes chinois pour que la propriété de l’actif reste dans des mains chinoises », explique Amélie Négrier-Oyarzabal, associée gérante chez Lazard, dont elle a cofondé la franchise en Chine. C’est vrai de toute cession menée par des groupes chinois. En Amérique Latine, un continent stratégique pour la Chine pour ses semences agricoles, le suisse Syngenta racheté par le chinois Chemchina a eu l’avantage pour mettre la main sur la société de courtage en grains du chinois Cofco.

L’immobilier pour les étrangers

Qinghua- Xu-Pionchon, responsable de la Chine en EMEIA au cabinet EY, avance une raison plus pragmatique : « pour des raisons culturelles, céder à des acquéreurs chinois se révèle bien plus rapide qu’avec des Européens, mais aussi souvent plus intéressant financièrement. Les acquéreurs chinois peuvent valoriser ensuite ces actifs deux à trois plus dans la perspective d’une cotation en Chine ».

Ainsi pour l’heure, « au mieux, les étrangers servent-ils surtout à faire monter les enchères dans les processus de vente », juge un spécialiste. Un seul segment mis à l’index par Pékin, est largement ouvert aux acquéreurs étrangers : l’immobilier de luxe.

Anne Drif avec Frédéric Schaeffer, à Pékin
lesechos

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