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Les grandes banques américaines adoptent les armes des géants du Web

Les grandes banques américaines adoptent les armes des géants du Web

Les banques se posent en entreprises technologiques à part entière.
Goldman Sachs montre la voie.

Lloyd Blankfein n’hésite pas à l’affirmer haut et fort : « Nous sommes une entreprise de tech », martèle le patron de Goldman Sachs, la banque américaine qui donne le « la » à Wall Street. Si Jamie Dimon, le dirigeant de JP Morgan, s’inquiétait au printemps de la déferlante de start-up brillantes et pleines de capitaux prêtes à « manger notre gâteau », cet alarmisme n’a plus cours. Plutôt que de rester sur la défensive, les banques américaines ont adopté les armes des géants du Web : pour elles, ce sera à ces nouveaux frondeurs de démontrer qu’ils sont bien en tête de la transformation digitale.

La stratégie convainc jusque dans la Silicon Valley. Ben Golub, le patron de la plate-forme d’« open source » Docker, basée à San Fransisco, reconnaît aujourd’hui Goldman Sachs « comme une entreprise de technologies » et plus seulement comme une institution financière. Il faut dire que Goldman Sachs bâtit tout son écosystème informatique comme une immense plate-forme captive. La banque se transforme ainsi en un « Amazon » de la finance où viennent se brancher les start-up de la FinTech ainsi que ses clients à travers le monde, grandes entreprises et bientôt particuliers. Au lieu de distribuer des solutions financières via le réseau, Goldman Sachs veut devenir le réseau de distribution lui-même. Un modèle parfait dans l’environnement réglementaire actuel des banques, qui les pousse à la désintermédiation quasi complète. La banque se compare aux fondateurs du Web, porteurs d’usages inédits quand ils ont construit les réseaux, comme les futurs Uber ou Facebook. « Nous essayons de nous “disrupter” nous-mêmes », avance Lloyd Blankfein.

Les FinTech en appui

L’une de ses pièces maîtresses est Symphony. Le réseau social protégé, qu’elle appuie avec les plus grandes banques dans le monde, a vocation à devenir un standard de communication des entreprises. Dès le début de l’année prochaine, les premières communications interentreprises seront possibles, dans un environnement totalement crypté et aux standards de ces grandes banques. Cet écosystème, la banque estime avoir toutes les forces pour l’organiser puisque ce qui compte, dit-elle, ce sont moins les systèmes IT eux-mêmes que les données de marché. Or elle en concentre plus de 30 petaoctets (30 millions de milliards d’octets) appuyés par 500.000 bases de calcul.

Certaines FinTech, comme Kensho, décuplent ses forces d’exploitation. Le logiciel permet de répondre rapidement à plus de 65 millions de combinaisons de questions. Pour les grandes banques, l’entrée au capital de tels acteurs est donc devenue stratégique. Selon CB Insights, les six plus grands établissements américains ont, depuis 2009, réalisé près d’une soixantaine d’investissements dans des start-up alliant finance et nouvelles technologies. Les cibles prioritaires sont l’analyse de données et les paiements. Avec Bank of America, Goldman Sachs a investi dans Context Relevant, une plate-forme de Big Data prédictive pour les services financiers, ainsi que dans Dataminr et Antuit, tandis que Citi est entré chez Ayasdi.

Soutenues par plusieurs grandes banques, certaines start-up sont devenues le fer de lance de Wall Street, tels que Visible Alpha, une plate-forme d’interprétation prédictive des modèles d’analystes. Signe qu’entre la Silicon Valley et Wall Street les jeux ne sont pas encore faits : cette start-up est basée à New York, et non à San Francisco.

Anne Drif / Journaliste
lesechos.fr

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