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Les investisseurs pris au dépourvu par la baisse des matières premières

Les investisseurs pris au dépourvu par la baisse des matières premières

La chute du pétrole déroute les marchés et les analystes revoient leurs prévisions à la baisse. A mi-année, les « chocs » exogènes, qui ont soutenu les prix fin 2016, s’estompent.

Décidément, les marchés des matières premières prennent les investisseurs de court. Après la reprise inattendue de 2016 sur laquelle très peu de professionnels avaient parié, les six premiers mois de 2017 se sont révélés tout aussi déconcertants.

Les cours ont chuté de 9 % depuis leur pic annuel début février et signent leur pire premier semestre depuis 2013. Un retournement que les analystes n’avaient, pour la plupart, pas vu venir. Au point – fait rarissime – que, chez Goldman Sachs, on a cherché à comprendre comment on avait pu en arriver là. « Comment nous (et le marché) ­nous sommes-nous autant trompés ? » s’interrogent Jeffrey Currie, le responsable de la recherche en matières premières de la banque américaine, et son équipe, dans une note publiée jeudi.

Certes, certains facteurs étaient « imprévisibles », estime Goldman Sachs, qui cite le retour de la Libye et du Nigeria sur le marché pétrolier, l’impact de la météo sur les rendements des récoltes et la demande de gaz naturel. Mais les analystes reconnaissent qu’ils ont « mal évalué la rapidité avec laquelle l’offre de matières premières a répondu de manière autodestructrice à la hausse des cours ».

Cette réflexion vise avant tout le pétrole et l’impuissance des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), malgré leurs efforts pour réduire leur production, à rééquilibrer le marché mondial. Car, au-delà de l’augmentation du nombre de barils d’or noir extraits par la Libye et le Nigeria, les Etats-Unis continuent à pomper du schiste à tour de bras. Ce, alors que la demande reste molle. Conséquence, le cours du pétrole a plongé de plus de 15 % depuis le début de l’année. Ces derniers jours, de nombreuses grandes banques ont revu à la baisse leurs prévisions pour 2017, mais également pour les années à venir : Goldman Sachs, Bank of America Merrill Lynch, JP Morgan, Morgan Stanley, la Société Générale, entre autres.

Demande physique

Par rapport au pétrole, le segment des métaux a bien résisté. A l’exception du nickel et de l’étain, tous sont en hausse depuis janvier. Mais, à mi-année, les « chocs » exogènes qui ont soutenu les prix de ces matières premières s’estompent, prévient Tom Price, analyste chez Morgan Stanley. Ainsi, il ne faut plus compter sur les trois grands moteurs des six à neuf derniers mois, à savoir le pari de « reflation » aux Etats-Unis, une nouvelle poussée massive du crédit en Chine et divers chocs du côté de l’offre sur des marchés clefs.

« Le gouvernement des Etats-Unis semble s’être détourné de sa promesse d’offrir un cycle de croissance porteur pour les ressources naturelles, la Chine impose peu à peu des contrôles plus stricts, notamment dans l’immobilier, et les principaux conflits miniers, comme dans le cuivre au Chili, ont été résolus, indique Tom Price. Il ne reste qu’un seul facteur à même d’influencer les prix, à la hausse ou à la baisse, c’est la demande physique. »

Or, cette demande est, selon lui, « faiblement positive » pour la ­plupart des marchés de « commodities ». Beaucoup dépendent toujours de la Chine, dont l’appétit, surtout pour les métaux et les minerais, devient plus difficile à évaluer à mesure que son économie repose moins sur le développement de ses infrastructures que sur sa consommation intérieure. A mesure aussi que les autorités tentent de réduire les surcapacités de production, que ce soit dans l’acier ou le charbon.

Pour le second semestre, les professionnels ont donc divulgué des paris disparates sur les matières premières. Ils s’accordent toutefois mieux sur les « soft », dont les cours ont dévissé ces derniers mois, plombés par les surplus, la chute du pétrole mais surtout par les ventes massives des « hedge funds » et les fonds systématiques, c’est-à-dire gérés par ordinateurs, constate Marex Spectron. Des ventes qui ont amené le café, le cacao et le sucre à perdre respectivement 9, 14 et 30 % en six mois.

Muryel Jacque
lesechos

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