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Les opérateurs prêts à en découdre pour les nouvelles fréquences dédiées au mobile

Les opérateurs prêts à en découdre pour les nouvelles fréquences dédiées au mobile

Alors que l’Arcep, le gendarme des télécoms, et le gouvernement devraient très bientôt dévoiler les modalités d’attribution des fréquences 700 MHz, Orange, Bouygues, SFR-Numericable et Free ferraillent en coulisse pour avoir une bonne part de cet actif stratégique, vital pour faire face à l’explosion du trafic.

« Il s’agit d’une opportunité historique. » Ni plus, ni moins. Comme le souligne un fin connaisseur des télécoms, l’attribution de la borne des 700 MHz, dont l’appel à candidatures est prévu début juillet, constitue une occasion à ne surtout pas rater. Pourquoi ? Parce que dans le sillage de la démocratisation des smartphones, la consommation de données sur mobile – et notamment de vidéos -, va crescendo. Et pour les opérateurs télécoms, ces nouvelles fréquences doivent permettre de répondre à l’explosion du trafic.

Pour eux, il est donc vital de disposer d’un portefeuille de fréquences suffisamment étoffé, sous peine de se retrouver en difficulté dans quelques années. Résultat, aucun des quatre principaux opérateurs (Orange, Bouygues Telecom, Numericable-SFR et Free) ne veut rater l’attribution de la borne des 700 MHz. D’autant qu’aucune autre libération de fréquences dédiées au mobile – et essentielles pour le développement d’un réseau 4G performant – n’est au programme sur le long terme.

Des « indications » attendues jeudi soir

En France, c’est l’Arcep, le régulateur des télécoms, et le gouvernement qui vont déterminer la manière dont cette borne va être attribuée. D’après Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, « des indications » pourraient être données jeudi soir. De fait, le cabinet d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, va réunir les opérateurs et l’Arcep pour faire le point, entre autre, sur ce sujet.

Logiquement, Orange, Bouygues Telecom, Numericable-SFR et Free, veulent donc obtenir la plus grosse part du gâteau. D’autant que les fréquences 700 MHz, aussi surnommées « fréquences en or », disposent de propriétés physiques alléchantes : elles appartiennent à la catégorie des « fréquences basses », qui pénètrent très bien les bâtiments et dont le signal porte à longue distance. Concrètement, il est donc plus aisé – et moins coûteux – pour les opérateurs de déployer et d’organiser leurs réseaux d’antennes-relais.

Free, seul contre tous

Toutefois, les modalités d’attribution de ces fréquences font l’objet d’un véritable bras de fer entre les opérateurs, l’Arcep, et le gouvernement. Free, qui possède très peu de fréquences basses (5 MHz en duplex dans la bande 900 MHz) par rapport à ses concurrents, estime que la procédure doit lui réserver un lot dans le prochain appel d’offres. L’opérateur de Xavier Niel argue que sans fréquences basses, il ne pourrait pas, à terme, se battre à armes égales avec les trois autres leaders du secteur. Sachant que SFR et Orange disposent chacun de 20 MHz en duplex en fréquences basses (dans les bandes 800 et 900 MHz), et que Bouygues Telecom en possède 19,8 MHz. Une analyse partagée par l’Arcep, qui est garante de la concurrence sur le secteur. Dans la même veine, un bon spécialiste nous assure que « si Free ne décroche aucun lot, il est mort ».

De fait, pour palier son manque de fréquences propres et d’infrastructures, Free dispose d’un contrat d’itinérance avec Orange. Cela lui permet d’utiliser le réseau de l’opérateur historique là où sa couverture n’est pas suffisante. Toutefois, l’Arcep et le gouvernement souhaitent que cette situation, qui a permis Free de se faire une place sur le marché, ne perdure pas. Auquel cas Free doit impérativement enrichir son portefeuille de fréquences et développer son infrastructure propre.

« L’impossibilité » d’un scénario concernant la réservation d’un lot ?

Mais les autres opérateurs ne veulent pas entendre parler d’un lot réservé au trublion, lequel leur a mené la vie dure en cassant les prix en déboulant sur le marché en 2012. D’après eux, Free avait l’opportunité d’obtenir des fréquences basses en 2011, lors de l’attribution de la borne 800 MHz. Mais il n’avait pas mis suffisamment d’argent sur la table pour décrocher le moindre lot. A leurs yeux, Free ne peut donc s’en prendre qu’à lui-même, et tous se disent prêts à saisir la justice si l’opérateur devait disposer du moindre passe-droit.

Même si l’Arcep assure qu’aucune décision n’a encore été arrêtée concernant le dispositif d’appel d’offres, les concurrents de Free semblent avoir remporté une première bataille. D’après Les Echos, le gendarme des télécoms aurait récemment conclut dans une analyse à « l’impossibilité » d’un scénario concernant la réservation d’un lot, lequel serait « trop risqué sur le plan juridique ». Ce mardi, Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, a balayé cette information. « Nous n’avons absolument rien dit sur ce sujet », a-t-il insisté lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes économiques et financiers. Toutefois, il a réaffirmé sa « volonté » d’avoir « une solution robuste juridiquement ».

L’Arcep ne veut pas jouer « les apprentis sorciers »

« On est en train de créer les conditions de fonctionnement du marché mobile pour les dix prochaines années. Ce sont des décisions qui sont extrêmement structurantes. Et donc on ne fera pas les apprentis sorciers avec des montages qui seraient risqués juridiquement. »

Pour les concurrents de Free, pas question de relâcher la pression. « Quel que soit le système envisagé, nous attaquerons s’il doit avantager Free, s’insurge l’un d’entre eux. Free a de l’argent, il dispose d’une surface financière largement suffisante : qu’il paye, comme tout le monde ! »

Une manne très attendue par l’Etat

L’Etat, de son côté, attend beaucoup de l’appétit des opérateurs pour ces fréquences : en ces temps de disette budgétaire, il en espère plus de 2,1 milliards d’euros de redevances. Cette manne, déjà inscrite dans le projet de loi de finances 2015, doit permettre à la Défense de boucler son budget. Pour mémoire, Orange, Bouygues Telecom et SFR avaient dépensé près de 2,7 milliards d’euros pour la bande 800 MHz.

Si le calendrier est respecté, les attributions devraient avoir lieu au mois de décembre. Pour l’heure utilisées par la Télévision numérique terrestre (TNT), les fréquences seront transférées aux opérateurs progressivement, à partir du mois d’octobre 2017.

Pierre Manière
latribune.fr

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