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Les partisans du Brexit imposent leurs idées dans le débat politique britannique

Les partisans du Brexit imposent leurs idées dans le débat politique britannique

Le référendum offre une plate-forme sans précédent aux ­eurosceptiques pour pousser leurs idées.En quittant l’Union, la GrandeBretagne réduirait ­l’immigration et l’économie ­prospérerait, promettent-ils.

Qu’ils soient victorieux ou défaits le 23 juin, les partisans du Brexit connaissent leur heure de gloire. La campagne en vue du référendum sur l’Union européenne leur offre une plate-forme sans précédent pour défendre leurs idées, abondamment relayées par les médias. Les électeurs britanniques n’y voient pas toujours clair, car les eurosceptiques de gauche ou de droite, regroupés sous la bannière Vote Leave, ne sont pas souvent d’accord entre eux.

Ce flou sur ce que deviendrait la Grande-Bretagne libérée de l’Union est leur principal point faible, que le camp adverse exploite abondamment – le Premier ministre, David Cameron, dit qu’un Brexit serait « un saut dans l’inconnu ». « La campagne Vote Leave n’est pas un gouvernement alternatif », se défend Michael Gove, ministre conservateur de la Justice, l’une des principales figures du camp eurosceptique. Sur certains sujets, comme l’immigration, Vote Leave est malgré tout parvenu à présenter un projet qui a l’adhésion de toutes les sensibilités, des conservateurs aux travaillistes eurosceptiques, en passant par l’Ukip, le parti europhobe de droite.

Contrôler l’immigration

L’immigration est le thème le plus porteur pour les défenseurs du Brexit. Quitter l’UE est « la seule façon » de réduire l’immigration en provenance du continent, qu’ils jugent trop importante et surtout incontrôlée. Depuis que le Royaume-Uni a ouvert ses frontières aux nouveaux Etats membres en 2004, les travailleurs d’Europe de l’Est sont arrivés en masse. Et la crise de la zone euro a renforcé les flux venant d’Italie, d’Espagne, de Grèce.

Les eurosceptiques se défendent de toute xénophobie. Le problème, selon eux, c’est la « pression » que ces immigrés mettraient sur les écoles, le système de santé et le logement. Ils seraient aussi responsables de la faible progression des salaires, un point que beaucoup d’économistes contestent.

En quittant l’Union, Londres pourrait instaurer un « système à points » sur le modèle australien, laissant entrer uniquement ceux dont le pays aurait besoin. Tous les Européens déjà installés outre-Manche pourraient rester et les Irlandais seraient exemptés de toute restriction. Les Européens seraient ainsi sur un pied d’égalité avec les Pakistanais ou les Canadiens, alors que le système actuel est « discriminatoire » pour Michael Gove. Ce système permettrait-il de réduire l’immigration ? Les entreprises ont besoin de cette main-d’oeuvre dans un pays où le chômage est au plus bas. En attendant, la question de l’immigration domine encore plus le débat. Nigel Farage, leader de l’Ukip, s’est félicité que ses idées soient désormais « partagées » par une large partie de la classe politique.

Libérer l’économie

En quittant l’Union, la Grande-Bretagne économiserait plusieurs milliards de livres par an – le chiffre exact fait polémique – en ne contribuant plus au budget européen. Vote Leave annonce que cet argent pourrait être investi dans le système de santé – c’est le slogan mis en avant sur le bus de la campagne qui sillonne le pays. Les conservateurs eurosceptiques disent qu’ils pourraient réduire la TVA sur certains produits comme le fioul domestique, ce que les règles européennes interdisent aujourd’hui, ou encore apporter un soutien à l’industrie sidérurgique en difficulté. Londres pourrait aussi négocier des traités commerciaux avantageux avec « l’Inde, la Chine, les Etats-Unis », assure Michael Gove. « Nous prospérerions comme jamais auparavant », jure l’ex-maire de Londres Boris Johnson.

Rétablir la souveraineté

Les partisans du Brexit jouent sur un thème cher aux Britanniques : la souveraineté du Parlement de Westminster. Ils assurent que « 60 % des lois » viennent de l’UE, un chiffre contesté par leurs adversaires. Les institutions européennes sont dirigées par des « bureaucrates sans visage à Bruxelles », martèle Michael Gove, et les Britanniques ne peuvent pas les « mettre dehors » s’ils ne sont pas contents d’eux. « Nous sommes en train de perdre le contrôle de notre démocratie », assure Boris Johnson. Les eurosceptiques sont particulièrement hostiles à la Cour de justice européenne, qui empêche Londres d’extrader des criminels étrangers et permet aux « terroristes » d’entrer au Royaume-Uni, selon Michael Gove.

 

Vincent Collen
lesechos.fr

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