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Les promesses du capital-investissement

Les promesses du capital-investissement

En 2016, les transactions de private equity ont atteint en Afrique 3,8 milliards de dollars pour 145 opérations.

Bien qu’il soit dans la moyenne de ces cinq dernières années, ce chiffre est en progression par rapport à 2015. Surtout, les taux de rentabilité interne observés y sont élevés, augurant d’un potentiel prometteur.

Qu’est-ce que le capital-investissement ?

Le terme renvoie à tout investissement, en fonds propres ou quasi-fonds propres[1], au capital social d’une société non cotée. C’est ce que suggère à cet égard la formule anglo-saxonne de private equity.

Quatre segments de capital-investissement sont classiquement distingués, correspondant chacun à un stade de développement et à une maturité différents de la société concernée par l’investissement, ainsi qu’à des fonds spécifiques de private equity :

le capital-risque, qui correspond à un investissement en phase de création, de lancement d’activité. Comme son nom l’indique, c’est le plus risqué des quatre segments ;
le capital-développement, qui vise les levées de fonds de sociétés qui, plus matures, montrent un fort potentiel de croissance ;
le capital-transmission. Lorsque les actionnaires d’une société rentable souhaitent se retirer, et qu’ils n’ont pas de successeur, ils peuvent en faire financer la cession par un fonds d’investissement et une banque, généralement au moyen d’une opération avec effet de levier[2]et l’entrée de nouveaux managers qui investissent également ; et
le capital-retournement, qui vise les sociétés menacées d’une procédure collective de sauvegarde, ou d’une liquidation.

Bien que variable, l’horizon d’investissement est d’une durée moyenne comprise entre 5 et 10 ans.

Un développement en Afrique assez récent

Sans gommer les disparités ou nuances, les banques commerciales pratiquent globalement sur le continent des taux d’intérêt perçus comme élevés, rendant difficile l’accès au crédit bancaire pour un nombre certain d’entreprises : le capital-investissement constitue de ce point de vue un véritable mode de financement alternatif pour les entrepreneurs africains.

On recense donc en 2016, 145 prises de participation pour un montant total de 3,8 milliards de dollars[3]. Si l’on s’intéresse aux cinq dernières années (2011-2016), on observe que les prises de participation inférieures à 250 millions de dollars sont relativement stables, oscillant entre 1,7 et 2,4 milliards de dollars. En revanche, on remarque des années exceptionnelles si l’on regarde les opérations de plus de 250 millions. À cet égard, 2014 a fait figure de record sur la période évoquée, avec 8,1 milliards investis au total. Dans une moindre mesure, l’année 2016 se caractérise, elle aussi, par d’importantes prises de participation, supérieures à 250 millions de dollars.

Rapportés aux 347 milliards de dollars que représente le capital-investissement à l’échelle mondiale, ces chiffres paraissent infimes. Rapportés en revanche aux PIB, qui mesurent la somme des valeurs ajoutées, ils sont tout à fait comparables à ceux des pays en développement : 0,08% du PIB pour l’Afrique subsaharienne, contre 0,11% pour la Chine et 0,10% pour le Brésil[4]. Ils restent très en deçà des pays leaders du secteur : 1,98% pour le Royaume-Uni, 1,45% pour les États-Unis, ou encore 0,59% pour Israël. Avec 0,19%, l’Afrique du Sud reste quant à elle sans comparaison sur le continent. Plus globalement, les pays anglophones captent davantage de private equity que les pays francophones, les premiers s’étant convertis plus tôt et disposant de liens d’affaires et juridiques établis avec Londres, place mondiale de l’activité.

À ses débuts en Afrique, en 1995, le capital-investissement a traditionnellement été exercé par les institutions financières d’aide au développement comme la Banque mondiale ou Proparco. Depuis une dizaine d’années, des fonds de private equity, partiellement ou totalement tournés vers l’Afrique, se développent, comme ECP, ou Helios, fondé en 2004 par deux nigérians. Ils sont rejoints depuis quelques années par certains des plus gros fonds mondiaux – comme KKR et Blackstone – et français à l’image de Wendel et Amethis, tous présents en Afrique depuis le début des années 2010.

Outre l’importance des taux de rentabilité interne (TRI) nets observés, l’Afrique attire beaucoup pour plusieurs raisons. Parmi elles, deux phénomènes macroéconomiques jouent un rôle important :

le développement d’une croissance endogène que la multiplication des échanges avec les pays émergents permet ; et
l’émergence d’une classe moyenne, résultat de la transformation progressive des économies et des façons de consommer.
Par ailleurs, les secteurs d’investissement se démultiplient. Depuis une dizaine d’années, au-delà des ressources naturelles, les investisseurs sont en effet attirés par les nombreux domaines qui se développent et qui constituent autant d’opportunités nouvelles : les infrastructures, les technologies de l’information, la santé, les FinTech, l’agro-industrie.

On remarque enfin une forte préférence ces dernières années pour les opérations panafricaines, la diversification géographique permettant de diluer les risques sociopolitiques. Elles ont représenté 36% des transactions entre 2011 et 2016, alors qu’elles ne comptaient que pour 9% du total entre 2007 et 2010. Les TPE sont toutefois délaissées.

Les promesses de l’ « africapitalisme »

Les opérations de type LBO interviennent classiquement à l’occasion de la transmission, totale ou partielle, d’une société au moyen du financement de son acquisition par voie d’endettement. Dans un secteur marqué par une forte aversion au risque, notamment de la part du secteur bancaire, en particulier en Afrique, ces opérations à effet de levier sont marginales : le segment du capital-transmission est très peu prisé.

Il en va tout autrement du capital-développement. Les sociétés concernées sont généralement en mesure de fournir des éléments d’appréciation de nature à rassurer les investisseurs : clientèle et produits existants, management ayant fait ses preuves, chiffres comptables et prévisions favorables, etc. C’est pourquoi ce segment draine l’essentiel du capital-investissement en Afrique.

La répartition géographique laisse apparaitre une forte prééminence de l’Afrique australe (65% des opérations). Elle est suivie de l’Afrique du Nord (14%) et de l’Afrique de l’Ouest (13%). À l’inverse, les régions de l’Afrique de l’Est (4%) et de l’Afrique centrale (1%) ont nettement moins de poids dans le capital-investissement du continent[5].

Parallèlement, les États africains doivent poursuivre leurs efforts d’amélioration du climat des affaires, du cadre juridique et réglementaire général mais également sectoriel. La récente initiative marocaine en ce sens commence d’ailleurs à porter ses fruits. Le Maroc a en effet adopté début 2015 une loi[6] qui couvre désormais toutes les formes de capital-investissement et s’aligne sur les meilleures pratiques internationales du secteur. En particulier, le législateur s’est attaché à renforcer la protection des investisseurs et, partant, à améliorer l’attractivité du pays vis-à-vis des fonds étrangers[7].

Enfin, le secteur du capital-investissement en Afrique fait également face au défi du développement d’un tissu d’investisseurs locaux, sur lesquels il doit pouvoir s’appuyer pour assurer son plein développement. Les pays africains qui réussissent le mieux sont ceux qui font l’effort d’attirer et de cultiver un réservoir de talents locaux, faisant le choix de secteurs situés au cœur des économies afin de s’inscrire dans une perspective locale de création de champions régionaux. C’est également la marque de fabrique de certains fonds qui en font les conditions du développement d’un véritable capital-investissement à l’africaine, l’ « africapitalisme ». Une autre démarche proche consiste à privilégier les entreprises favorisant l’inclusion financière, développant les infrastructures, l’agroalimentaire et les soins de santé : elles sont dites à « additionnalité » positive[8]. Faire le choix du local et des activités impactant directement les citoyens, voilà peut-être le pari que devraient prendre les investisseurs africains afin de faire du capital-investissement un véritable outil au service du développement de l’économie de leur pays.

 

Thierry BARBAUT – Numérique et NTIC Afrique

 

 

[1] Ressources financières regroupant notamment les avances en comptes courants d’associés, les obligations donnant accès au capital et les prêts participatifs.

[2] Également appelée leverage buy out (LBO).

[3] Source : 2016 Annual African Private Equity Data Tracker, African Private Equity and Venture Capital Association.

[4] Source : Emerging Markets Private Equity Association (EMPEA), chiffres de septembre 2016.

[5] Source : RisCura.

[6] Loi n°18-14 modifiant et complétant la loi n°41-05 relative aux organismes de placement en capital, promulguée le 19 février 2015.

[7] Notamment en élargissant les prérogatives de l’autorité de contrôle, et en mettant fin à la situation de double imposition des fonds qui perdurait.

[8] Source : Le capital-investissement en Afrique à l’appui de la croissance inclusive et durable, Banque Africaine de Développement, 2012.

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