Accueil / International / Les secteurs qui ont le plus à craindre d’un retour au franc

Les secteurs qui ont le plus à craindre d’un retour au franc

Les secteurs qui ont le plus à craindre d’un retour au franc

L’agriculture, le secteur manufacturier et la finance seraient pénalisés par la fin de l’euro, pilier du programme de Marine Le Pen. La France aurait une devise plus faible que celle de l’Allemagne, mais plus forte que celles de quatorze pays européens.

Imaginer que sortir de la zone euro permettra à la France de regagner automatiquement en compétitivité au sein de l’Europe est une illusion. Telle est la conclusion d’une étude dirigée par Anne-Laure Delatte, économiste et directrice adjointe du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

Une raison simple est avancée : alors que l’on se focalise sur la relation avec l’Allemagne, premier partenaire commercial de l’Hexagone, ce pays ne représente en réalité que 35 % de nos échanges dans la zone euro. Si l’on tient compte de l’ensemble de nos partenaires, alors le retour au franc n’est pas avantageux, ou seulement pour quelques secteurs comme le tourisme.

L’étude part de l’hypothèse selon laquelle un « Frexit » provoquerait un ajustement général des taux de change dans la zone euro. Autrement dit, si la France quittait l’euro, ce serait la fin de la monnaie unique et chaque pays reviendrait à une devise nationale. « Si l’on devait réaligner les parités dans la nuit, la France dévaluerait vis-à-vis de quatre pays de la zone euro (dont l’Allemagne) mais s’apprécierait vis-à-vis des quatorze autres partenaires (dont l’Italie) », estiment les auteurs de l’étude.

Selon ce modèle de taux de changes réels d’équilibre (qui ne s’appuie donc pas sur des prévisions des mouvements de marchés), la France bénéficierait d’un effet devise favorable face, dans l’ordre, à l’Irlande, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Agriculture, secteur manufacturier, finance…

Problème, le poids de ces quatre pays dans nos exportations est inférieur à celui des quatorze autres. Les premiers représentent 45 % de nos biens exportés, les seconds 55 %. Plus de la moitié de nos ventes en Europe seraient donc pénalisées par le retour au franc. Et, côté importations, l’abandon de l’euro ne serait que très légèrement avantageux : 51 % des biens importés seraient moins chers. Mais avec l’Allemagne, première source de nos importations, ainsi qu’avec les Pays-Bas et l’Irlande, la facture augmenterait. L’étude a volontairement ignoré les ajustements auxquels procéderaient les entreprises pour s’adapter au nouvel environnement. D’une part parce que ces ajustements prendront du temps, d’autre part parce que ce type de projections sont hasardeuses.

Quel serait l’impact d’un retour au franc sur les différents secteurs de l’économie ? L’agriculture, qui emploie plus de 700.000 personnes, serait pénalisée. « La France est exportatrice de biens agricoles (essentiellement du vin, des céréales et des produits laitiers), et comme elle exporte davantage vers le sud que vers le nord de l’Europe, les produits français deviendraient plus chers pour ses principaux clients ». L’industrie manufacturière (1,5 million d’emplois) serait elle aussi désavantagée. L’Hexagone est importateur net de biens manufacturés, mais il achète surtout aux pays du Nord.

Dans les services, deux secteurs verraient leur compétitivité se détériorer nettement : le secteur financier (850.000 emplois) et celui de l’information-communication (plus de 700.000 postes). A l’inverse, comme la France accueille plus de touristes des pays du nord, l’hôtellerie et la restauration, qui représentent près de 900.000 emplois, deviendraient plus compétitives. Le services de transports et entreposages (1,4 millions d’emplois) , ainsi que la construction seraient gagnants.

Isabelle Couet
lesechos

Aller en haut