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Les tractations commencent pour les bonus des banquiers européens

Les tractations commencent pour les bonus des banquiers européens

Le plafonnement des bonus est en vigueur depuis le 1 er janvier.
Il promet des tensions entre le régulateur et les banques car les primes sont prometteuses.

C’est une année qui promet d’être à haut risque pour la fiche de paie des banquiers d’investissement. Depuis le 1er janvier, les banques ne peuvent plus faire miroiter, ni à leurs traders, ni à leurs spécialistes des marchés et de la banque d’affaires, ni à leurs dirigeants, un bonus représentant plus du double de leur salaire fixe. Ce plafond imposé par Bruxelles va concerner au bas mot 20.000 personnes rémunérées plus de 500.000 euros en Europe (ou faisant partie des 0,3 % du personnel de la banque les mieux payés), selon les premiers calculs de l’Autorité bancaire européenne (EBA).

Toutefois, environ 6.300 banquiers devraient pouvoir y échapper grâce à des systèmes de dérogation, qui devront être avalisés par les autorités réglementaires, avait estimé l’institution. Ces calculs sont tirés d’un échantillon représentant la moitié seulement de la masse salariale du système bancaire européen (36 banques comptant 1,5 million de salariés). D’autres cadres pourront-ils donc tirer leur épingle du jeu ? La question sera au centre de nombreuses tractations entre les banques et les autorités réglementaires dans les prochaines semaines pour restreindre au maximum le périmètre de banquiers concernés par le plafonnement.
« Allowances »

L’enjeu est à la hauteur des enveloppes de bonus qui seront versées au printemps 2015 pour récompenser l’année 2014. Elles s’annoncent en effet importantes pour certains métiers. « Au global, l’année passée est certainement moins bonne pour les banques d’investissement, du fait de l’absence de volatilité significative sur les marchés. Mais, dans les métiers de M&A et d’émissions primaires actions, les variables seront orientées à la hausse, comme l’an dernier », témoigne un responsable dans une grande banque. Dans un marché redevenu ultracompétitif en banque d’affaires, il est essentiel de pouvoir à nouveau bien rémunérer ses équipes pour garder leurs réseaux et piocher les meilleurs éléments des concurrents. Les maisons indépendantes, comme Lazard et Rothschild, qui ne sont pas soumises au plafond et chez qui les variables s’annoncent de bonne facture, tirent leur épingle du jeu.

« La tendance chez nous est plutôt à la baisse sur les métiers de banque d’investissement, d’où la nécessité d’être sélectifs en matière de bonus sur les meilleurs profils », prévient au contraire un responsable dans un autre grand établissement. Sans compter le lot de banques sous enquête ou qui se sont acquittées d’amendes en 2014. Fin décembre, la britannique RBS a dit qu’elle gelait les bonus de 18 traders liés à des enquêtes sur la manipulation des taux de change. Ensemble avec Citigroup, HSBC, JPMorgan Chase et UBS s’apprêteraient ainsi à annuler des millions de dollars de bonus accordés sous condition à quelques douzaines de traders, avait relevé le « Financial Times » en novembre. Deutsche Bank va aussi bloquer le paiement d’une partie de l’intéressement d’actuels et anciens membres de son directoire en attendant les conclusions d’enquêtes en cours.

Pour adoucir la pilule, la plupart des banques ont mis en place des « allowances », des primes de spécialités rattachées à la fonction des banquiers. Autrement dit du simili salaire fixe, qui leur permet d’augmenter les bonus tout en respectant le plafond de l’EBA. Mais celle-ci a relevé qu’au moins 39 banques de quatre pays avaient des structures abusives. La partie promet d’être serrée dans les prochaines semaines.

Anne Drif
lesechos.fr

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