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Les Vingt-Sept affichent leur fermeté face au Brexit

Les Vingt-Sept affichent leur fermeté face au Brexit

L’Union a présenté les grandes lignes de son approche de la négociation, et quelques principes de fermeté qui provoquent déjà, sur la question de Gibraltar, une onde de choc outre-Manche.

 

La sortie réelle du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est pas pour demain. L’Union a présenté, vendredi, une première ébauche de ce qui pourrait constituer les grandes lignes de son approche de la négociation.

Les Vingt-Sept s’efforcent d’y faire preuve de pragmatisme et affichent une volonté d’éviter toute confrontation inutile vis-à-vis de Londres. « Le Brexit, en lui-même, est déjà suffisamment punitif », a estimé Donald Tusk, le président du Conseil européen. Mais ils se tiennent aussi à quelques principes de fermeté qui pourraient faire de la sortie du Royaume-Uni un processus bien plus long que ne l’auraient souhaité les partisans du Brexit. Et qui provoquent déjà, sur la question de Gibraltar, une onde de choc outre-Manche.

Trois préalables
Dans le document dont il a esquissé le contenu, Donald Tusk confirme que l’Union entend se tenir à un séquençage clair des ­discussions. Dans un geste d’apaisement, elle ouvre la porte à des négociations rapides sur le futur partenariat avec le Royaume-Uni, mais pas avant que des « progrès suffisants » n’aient été effectués au sujet des trois points jugés cruciaux concernant le divorce (le chèque que la Grande-Bretagne devra signer pour solde de tout compte à l’UE, le statut des citoyens, et celui de la frontière irlandaise).

On évoque l’hypothèse de discussions sur la relation future dès cet automne. Mais si les discussions peuvent aller vite, les Européens n’entendent pas dévier de leurs procédures, notamment au sujet des ratifications de ce futur accord, qui impliqueront l’aval des Parlements nationaux de tous les Etats. Une procédure longue par définition, qui rendra indispensable la mise en oeuvre d’un statut transitoire.

Tensions sur Gibraltar

Or cette période offrira probablement aux Britanniques une forme d’accès préservé au marché unique. Pour empêcher que cet accès constitue un avantage indu pour Londres, il faudra par conséquent « le maintien du rôle des institutions européennes et notamment de la Cour de justice » afin d’en assurer le contrôle, explique un responsable. Non seulement le Brexit risque de n’être pleinement effectif que dans plusieurs années, mais sa négociation promet de mettre sur la table des questions sensibles.

A ce stade, c’est celle du statut de Gibraltar qui s’impose comme la plus inquiétante. Les Européens préviennent en effet qu’après le Brexit « aucun accord entre l’UE et le Royaume-Uni ne pourra s’appliquer au territoire de Gibraltar sans un accord entre le Royaume d’Espagne et le Royaume-Uni ». Madrid pourrait donc refuser à Gibraltar, territoire britannique mais convoité par l’Espagne, le droit de bénéficier du futur partenariat entre Londres et les Vingt-Sept. Une logique de solidarité européenne dans un différend que l’Union avait jusqu’à présent soigneusement évité.

Outre-Manche, le sujet fait grand bruit. Dimanche, Theresa May a affirmé qu’elle ne conclurait « jamais d’accord qui laisserait passer les habitants de Gibraltar sous une autre souveraineté sans leur volonté librement et démocratiquement exprimée ». « Gibraltar n’est pas à vendre. Gibraltar ne peut pas se marchander. Gibraltar ne sera pas soldé », avait auparavant déclaré Boris Johnson, son ministre des Affaires étrangères.

Volonté de ne pas se laisser intimider

Derrière les principes européens se dessine donc la volonté de ne pas se laisser intimider, notamment par les allusions de Theresa May concernant le fait de monnayer la contribution britannique future aux enjeux de sécurité européenne. En affichant une unité qui apparaît réelle parmi les Vingt-Sept.

« Plus nous plongeons dans les enjeux de la future négociation, plus nous prenons conscience, ensemble, du caractère précieux de cette union, et plus nous réalisons que, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer », lâche un haut responsable à Bruxelles.

Gabriel Grésillon,
lesechos

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