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L’euro à l’orée de 1,20 dollar

L’euro à l’orée de 1,20 dollar

A 1,1850 dollar, la monnaie unique s’approche d’un nouveau seuil psychologique important, 1,20 dollar.

L’euro n’en finit plus de grimper . Si les chiffres de l’emploi américain en juillet publiés vendredi sont trop mauvais et en dehors du consensus, ils pourraient provoquer une nouvelle baisse du billet vert qui conduirait l’euro vers 1,20 dollar . Un nouveau seuil psychologique important pour les marchés des changes et trésoriers. Depuis le 26 juin, l’euro a bondi de 1,12 à plus de 1,19 dollar, et s’établissait jeudi à 1,1850 dollar. Plus l’euro se renforce, plus l’inflation diminue, ce qui pénalise l’atteinte de l’objectif de hausse des prix de 2% de la Banque Centrale Européenne (BCE), et retarde tout resserrement monétaire. De quoi en théorie limiter la marge de progression de la monnaie unique.

Retour de la confiance

La monnaie unique tire notamment parti de l’accélération de la croissance et diminution des risques , notamment politiques , en Europe. Sur la principale paire de devise, l’euro-dollar, la monnaie unique fait face à un billet vert très affaibli , qui a connu une correction historique. Autre explication derrière la hausse récente de la monnaie unique, selon Patrick Artus : la meilleure performance des bourses européennes par rapport à Wall Street, qui attire les investisseurs non- résidents vers les bourses du Vieux Continent. Le lien entre l’euro-dollar et l’écart de performance boursière entre les Etats-Unis et l’Europe est deux fois plus fort depuis 2010 qu’il ne l’était durant ces 15 dernières années.

Un impact négatif sur la croissance

Depuis la mi 2015, la monnaie unique est sur une pente ascendante et aurait pénalisé la croissance de la zone euro de l’ordre de 0,2 point de pourcentage, d’après Sophie Haincourt économiste à la Banque de France. Auparavant baisse de la monnaie unique, entre mi 214 et mi 2015, avait profité à l’activité dans la zone euro à hauteur de 0,5 point de pourcentage. La perte de compétitivité liée à l’appréciation de sa devise est plus préjudiciable pour la zone euro que pour les Etats-Unis. Les raisons ? La zone euro est plus « ouverte » que les Etats-Unis et plus exposée aux économies émergentes, et elle souffre donc davantage de la détérioration de la compétitivité de ses entreprises liée à un euro trop fort. Tous les pays européens ne sont toutefois pas affectés de la même façon.

Situations contrastées

Dans son dernier rapport le Fonds Monétaire International (FMI) pointe la diversité des situations en Europe : l’euro est trop haut pour certains pays, et trop faible pour d’autres. « Le taux de change réel de l’euro est sous-évalué de 10% à 20% pour des pays comme l’Allemagne et surévalué de 5% à 20% pour les petits pays de la zone euro ». Pour la France, la monnaie unique est surévaluée de 8% à 14% d’après le FMI, alors que l’Allemagne peut bénéficier pour ses exportations d’un euro sous-évalué de 11% à 16%. La cherté de la monnaie unique entraîne une redistribution des parts de marché à l’exportation entre pays européens.

Dichotomie euro-BCE

Avant la crise de 2008, 40% des citoyens avaient confiance à la fois en l’euro et en sa banque centrale, une proportion qui a chuté à 28% en 2016 et pour se stabiliser (1). Une dichotomie, la confiance des citoyens dans l’action de la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a cessé de reculer mais le soutien à l’égard de l’euro est resté stable avec autour de 45% d’opinions favorables et a remonté en 2017. Les européen reprochent à la BCE de ne pas en avoir assez fait après la crise, ou d’avoir pris des mesures inefficaces ou vexatoires : les avis défavorables à son égard sont plus nombreux dans les pays qui ont le plus souffert de la crise. Même si le mandat de la BCE est centré sur la maîtrise d’une inflation autour de 2%, les particuliers ne peuvent s’empêcher de la rendre responsable du manque de croissance. Le soutien à l’euro est bien moins affecté et pénalisé par la conjoncture. Les particuliers voient l’euro comme une conséquence de l’intégration et identité européennes. Au printemps dernier, autour de un européen sur cinq n’avait confiance ni en l’euro ni en la BCE illustrant la montée du populisme anti establishment.

Nessim Aït-Kacimi
lesechos.fr

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