Accueil / Mines & Energies / Liban: Les prestataires privés d’EDL veulent jouer les prolongations

Liban: Les prestataires privés d’EDL veulent jouer les prolongations

Liban: Les prestataires privés d’EDL veulent jouer les prolongations

Les sociétés Bus, KVA et New Electricty Utility, mandatées par EDL pour gérer la distribution d’électricité, la collecte des factures et la réhabilitation des infrastructures électriques, demandent une extension de leur partenariat. Ce, pour rattraper le retard provoqué par les grèves des travailleurs journaliers l’année dernière et réaliser les projets de modernisation du réseau prévus initialement.

Le partenariat public-privé (PPP) entre Électricité du Liban (EDL) et ses sous-traitants pourrait bien être prolongé de plusieurs mois. Les sociétés Bus, KVA et New Electricty Utility Company (NEU), qui gèrent pour son compte la distribution de courant et la collecte de factures depuis avril 2012, ont demandé une prolongation du partenariat qui les lie au fournisseur d’électricité. « Les trois sociétés engagées avec EDL ont effectivement formulé le souhait de voir le PPP prolongé de quatre mois au moins. Cette demande est actuellement étudiée par nos services », a confirmé la direction de l’établissement public à L’Orient-Le Jour. Aucune date butoir n’a pour l’instant été fixée.
Pour justifier leur requête, les prestataires invoquent la nécessité de rattraper le retard accumulé en 2014 suite aux mouvements de grève des journaliers, qui avaient paralysé une partie de leurs activités ainsi que celles du fournisseur d’électricité. Le directeur général de Bus, Fadi Abou Jaoudé, rappelle « qu’une première extension de quatre mois avait déjà été accordée par EDL auparavant suite au mouvements sociaux qui avaient éclaté en 2012, repoussant la fin du partenariat à août 2016 ». « L’une des clauses du contrat prévoit que tout arrêt forcé de l’activité des partenaires puisse être compensé par une prolongation de sa durée », corrobore Carla Aoun, directrice générale de NEU.

Recouvrement
Pendant des années, un peu moins de 2 000 travailleurs journaliers étaient employés par EDL, sans toutefois être cadrés. Lors du lancement du PPP, ils avaient été répartis au sein des effectifs des trois prestataires de services – 950 d’entre eux avaient intégré NEU, près de 600 Bus et le reste KVA. Leur mécontentement face à cette nouvelle donne, qui diminuait à leurs yeux leurs chances de pouvoir intégrer à terme la fonction publique, les avait conduits à lancer plusieurs mouvements de grève dès 2012. Le dernier en date s’est traduit par une occupation du siège d’EDL pendant quatre mois en 2014, jusqu’à ce qu’un accord politique mette un terme définitif à ce conflit social.
L’une des conséquences principales de ce conflit avait été l’interruption de la collecte des factures d’électricité auprès des usagers. « Les prestataires de services ne sont que des intermédiaires qui encaissent les bordereaux pour le compte d’EDL à qui l’argent est directement reversé. Après avoir encaissé ces recettes, l’établissement public doit à son tour régler son ardoise auprès de chacun des prestataires, conformément aux dispositions prévues par le contrat de partenariat », développe M. Abou Jaoudé. La grève de 2014 avait donc provoqué d’importants retards dans les versements des sommes dues par le fournisseur à ses sous-traitants au début de l’année 2015. « Pour Bus, les impayés ont atteint les 50 millions de dollars à cette époque », illustre M. Abou Jaoudé.
Face à la gravité de la situation, Bus, NEU et KVA avaient un temps envisagé de rompre leur partenariat avec EDL jusqu’à ce que l’établissement public s’engage à recouvrir l’intégralité des sommes dues via des versements hebdomadaires. La mise en place de ce mécanisme de recouvrement a permis à EDL de rattraper l’essentiel de son retard. Aujourd’hui, le fournisseur ne doit par exemple plus que 20 millions de dollars à Bus qu’il doit régler d’ici à septembre. Pour NEU, toutes les sommes dues par EDL jusqu’au mois de décembre ont été honorées.

Modernisation
Selon les sous-traitants, cette solution ne règle toutefois que le volet financier du problème. « Les prestataires de services ont été mandatés pour une mission de maintenance et de modernisation. Or, la majorité des projets initialement programmés pour la durée du partenariat n’ont pas encore pu être réalisés », rappelle Mme Aoun. Pour NEU, qui gère le sud du Mont-Liban et le Liban-Sud, moins d’un tiers des chantiers de rénovation sont achevés. Même proportion pour Bus avec huit projets complétés sur vingt-neuf dans l’ensemble du nord du Mont-Liban et du Liban-Nord. Contactée par L’Orient-Le Jour, la société KVA, qui gère les régions de Beyrouth et la Békaa, n’a pas communiqué de détails sur cette affaire.
Au-delà de la réhabilitation du réseau, l’installation des compteurs « intelligents » qui permettent de communiquer directement les données enregistrées au fournisseur via un protocole de communication a également pris du retard. « Bus a réussi à optimiser de 40 % en deux ans le taux de collecte des factures d’électricité et à diminuer la marge d’erreur entre la consommation réelle et celle reportée sur les relevés. Il nous sera difficile de faire mieux sans installer de nouveaux compteurs », déplore M. Abou Jaoudé. Même son de cloche du côté de NEU. « Nous avons sélectionné deux prestataires potentiels (le français Sagemcom et l’espagnol ZIV) et attendons la décision d’EDL pour démarrer la mise en place de ces compteurs », révèle Mme Aoun.

Philippe HAGE BOUTROS
lorientlejour.com

Aller en haut