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« L’inclusion financière en Afrique centrale a besoin d’une harmonisation des politiques nationales et régionales »

« L’inclusion financière en Afrique centrale a besoin d’une harmonisation des politiques nationales et régionales »

En marge de la conférence de Brazzaville sur l’inclusion financière en Afrique centrale, Anne-Marie Gulde-Wolf (photo), directrice adjointe au Département Afrique du FMI a accepté de répondre aux questions de l’Agence Ecofin sur les opportunités et les défis liés à ce concept dans la sous-région

Agence Ecofin : Du point de vue du Fonds Monétaire International, quel est le niveau d’inclusion en Afrique Centrale et quels sont les risques et les opportunités qui y sont attachés ?

Anne-Marie Gulde-Wolf : Le niveau d’inclusion financière en Afrique Centrale est assez bas, c’est plus bas qu’en Afrique subsaharienne en général, or, dans cette région, on est encore en dessous du niveau des pays en voie de développement. Donc c’est vraiment une préoccupation à prendre en compte dans la sous-région. On a vu un changement positif durant l’année dernière, mais les performances actuelles sont parties d’un niveau extrêmement bas ce qui fait que le niveau de réalisation actuel reste encore inférieur à ce qui est nécessaire pour soutenir la croissance. Pour ce qui est des opportunités, je dirai que l’inclusion financière est très importante pour la croissance, il y a des analyses économiques qui le démontrent clairement, aussi c’est une question de qualité de vie pour les personnes pauvres. Pour ce qui est des risques , il est clair que si on assiste à une augmentation importante du crédit sur une courte période, cela peut apporter de l’instabilité, c’est pourquoi on a rappelé, au cours de cette conférence de Brazzaville, l’importance d’avoir une bonne surveillance et une bonne régulation. Il faut donc permettre l’accès au crédit, mais d’une manière qui soit soutenable pour le système financier.

AE : Vous parlez de régulation et on se rend compte que, dans une certaine mesure, celle-ci peut devenir un frein à la capacité des banques et des établissements de micro finance a prêter à l’économie. Quel est votre avis sur les réformes entreprises par la BEAC, pour effectivement favoriser un plus grands concours des établissements financiers aux économies de ses pays membres ?

AMGW : Il est difficile de parler d’une mesure spécifique, mais au regard de tout ce qui a été fait, le message est désormais clair : il est très important d’analyser tout ce qui peut présenter un obstacle à l’inclusion financière et développer des plans qui puissent permettre de surmonter ces obstacles. Nous avons visité l’Afrique centrale dans le cadre [d’une mission FSAP] et les conclusions du staff du FMI seront disponibles en juillet. Je ne peux pas encore, malheureusement, parler des conclusions de cette visite. Nous avons pu, cependant, voir que la sous-région a pris des mesures importantes, relatives à l’inclusion financière et nous, ainsi que la Banque mondiale, sommes prêts à accompagner les autorités de la CEMAC dans la mise en œuvre de ces mesures.

AE : La Banque mondiale que vous venez de mentionner a participé à cette conférence et a présenté son projet d’inclusion financière pour tous en 2020. A quel niveau se situent les objectifs du FMI, par rapport à ce projet de l’institution sœur?

AMGW : Les deux organisations sont en harmonie sur la nécessité et sur les objectifs de l’inclusion financière. Cependant, les objectifs de la Banque mondiale en matière d’inclusion financière pour 2020 n’ont pas été discutés avec le FMI. Ils ont plus d’expérience que nous, et leur objectif est très ambitieux au regard des défis qu’il faudra surmonter, mais cela ne doit pas être un frein.

AE : Comment peut-on parvenir à une véritable inclusion financière en Afrique centrale, lorsque les politiques monétaires sont appliquées avec des niveaux différents en fonctions des groupe de pays ?

AMGW : La politique d’inclusion financière est vraiment partagée entre les Etats membres de la CEMAC et la Banque centrale. Il existe beaucoup de règlementations au niveau national, relativement au climat des affaires, et à l’environnement juridique, donc il y a des points qui sont vraiment du ressort des pays, mais il y a d’autres aspects qui concernent la sous-région, comme la politique monétaire. Si je devais donner un conseil dans ce sens ce serait qu’il y ait une parfaite coordination entre les politiques nationales et les politiques régionales

AE : Est-ce qu’on peut s’attendre à voir le FMI apporter plus de soutien aux parties prenantes, notamment les Établissements de Microfinance, en termes de formation, de renforcement des capacités pour une meilleure contribution à l’inclusion financière ?

AMGW : Cet aspect des choses est du ressort de la Banque mondiale, qui gère les aspects d’accompagnement sur le terrain, le FMI se situe à un niveau plus global. Cependant, nous avons des programmes d’accompagnement, notamment dans le domaine de la régulation des micro-finances et nous avons déjà effectué ce type de travaux avec la BEAC. Mais pour nous, c’est davantage l’adaptation de la règlementation. Pour ce qui est de l’éducation, de l’accompagnement et même de faire les prêts à des individus, c’est soit la Banque mondiale, soit la Société Financière Internationale. Cependant, nous avons des échanges sur ce qui est faisable, notamment sur les impacts macroéconomiques de ces interventions. Mais chacun joue son rôle et le nôtre, c’est de nous assurer de la stabilité macroéconomique.

AE : Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants de la CEMAC, à partir de cette conférence de Brazzaville, pour atteindre les objectifs d’inclusion financière sur le moyen terme ?

AMGW : Il faut déjà faire une étude de base, la plupart des pays ne savent pas quels sont les éléments de base. Deuxièmement, il faut établir une hiérarchie des objectifs à atteindre. Il faudrait bien choisir si c’est d’abord la pauvreté qu’on veut éradiquer, ou alors si ce sont les PME qu’on veut soutenir. Troisième chose, il faut qu’il y ait une responsabilisation des politiques. On doit pouvoir déterminer qui fait quoi et quand et qui est responsable, afin qu’il y ait un suivi de la population. Enfin le partage d’expérience est très important, on doit apprendre des autres pays et ne pas se livrer seul à des expérimentations.

Propos recueillis par Idriss Linge
agenceecofin.com

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