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L’Inde veut ramener l’or dans le secteur formel

L’Inde veut ramener l’or dans le secteur formel

Des millions de petites bijouteries familiales sont menacées. Toute la filière pourrait être réorganisée et un marché des lingots créé.

 

 

C’est tout un monde qui pourrait être un jour amené à disparaitre. Ou qui du moins se sent aujourd’hui menacé. Celui des petits négociants d’or indiens. Ces petites bijouteries familiales qui, à elles seules, concentrent près des trois quarts des transactions du pays, sont aujourd’hui dans l’oeil du cyclone du gouvernement.

Les effets de la démonétisation

Depuis la démonétisation de novembre dernier, initiée en vue de traquer l’évasion fiscale, l’or, destination idéale de blanchiment de l’argent, est devenu un des secteurs stratégiques à pister pour les autorités. Accoutumés au paiement en cash, peu adeptes des factures, les acteurs du secteur doivent désormais faire avec un certain nombre de contraintes qu’ils n’avaient pas auparavant. Par exemple, la limitation des dépenses en argent liquide ou l’obligation de présenter sa carte d’identité lors des achats. « Ces mesures vont aider à faire rentrer tout le monde dans le rang », se félicite Ashok Goyal, joailler depuis trois générations à Jaipur et cofondateur de Goyal Paris, et c’est sûr que seuls les gens qui travaillent honnêtement pourront survivre ».

Et il en sera vraisemblablement de même de l’impact de la nouvelle TVA unique entrée en vigueur le premier juillet. « A court terme nous pensons que cette taxe peut poser des défis à l’industrie, explique Alistair Hewitt, directeur de la veille sur les marchés du Conseil mondial de l’or, dans un entretien accordé au magazine Gold Investor, « les petits artisans et commerçants risquent de devoir lutter pour s’adapter ». Et ce, même si l’or, considéré comme un bien acheté par tous en Inde, même les pauvres, a échappé au taux de 18% normalement dévolu aux produits de luxe pour être taxé à 3%. « C’est finalement peu, reconnait Ashok Goyal, et surtout c’est un confort appréciable dans la mesure ou avant il y avait une dizaine de taxes et des lois différentes d’un état à l’autre », ajoute t il.

Les ambitions du groupe Titan

Dans ce contexte dans lequel par ailleurs la concurrence se renforce, avec notamment l’apparition des magasins en ligne, les petits négociants, moins bien armés face aux réglementations que les grands acteurs ne pourront pas tous survivre. D’après l’ICRA, la filiale de Moody’s sur place, il faut s’attendre à une future série de rachats de petits bijoutiers par des chaines plus importantes. Par exemple, le groupe Titan qui appartient à la sphère Tata, ne cache pas vouloir ajouter 25 à 30 nouvelles bijouteries, au travers de franchises, chaque année.

Enfin, d’autres mesures plus spécifiques, toujours en vue d’améliorer la transparence de la filière, sont également dans les cartons. Parmi elles, est évoquée la création d’une banque dédiée au secteur joaillier. Ou encore le lancement d’un nouveau marché au comptant d’échange de lingots. En novembre, des membres des ministères des finance et du commerce ont prévu de se réunir, à New Delhi, avec des fédérations de la profession en vue de finaliser son futur plan de lancement au plus tôt l’an prochain. A cette occasion, plusieurs sujets tels que la mise en place de standards en matière de pureté du métal seront évoqués.

Marjorie Cessac
lesechos

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