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L’industrie minière en 2016 : ralentissement cyclique ou changement fondamental ?

L’industrie minière en 2016 : ralentissement cyclique ou changement fondamental ?

Depuis quelques semaines, plusieurs grandes entreprises minières ont déclaré des résultats financiers déficitaires, notamment pour l’année 2015.

• Alcoa : A déclaré une perte de $500 million au Q4-2015 et une perte de $121 million pour l’année 2015, en tenant compte des items reliés aux fermetures d’usine dans les deux cas. Alcoa a aussi enclenché un processus de «scission en deux (2) entités» distinctes qui devra se poursuivre d’ici juin – juillet 2016. Cette «scission» doit permettre au groupe Alcoa de créer une entité (dont le nom sera dévoilé plus tard) qui s’occupera des produits à valeur ajoutée (ex : pièces pour l’aéronautique) et celle dont le nom demeurera Alcoa gèrera les produits «primaires» (ex : bauxite, alumine et aluminium de base). Lors d’une présentation à Montréal un VP d’Alcoa a admis qu’il y aurait sans doute des délais additionnels quant à l’approbation des projets en 2016 dû à la restructuration.

• Anglo American : Sa cote boursière a été réduite de BB+ à BBB. L’entreprise prévoit se départir de 30 «actifs non stratégiques» et réduire le nombre d’employés de 135 000 à 50 000. Au 16 février 2016, Anglo American a déclaré une chute de ses revenus de l’ordre de 26% et une perte financière (avant taxes) de $5.6 milliard. Anglo American (propriétaire de DeBeers) a annoncé la fermeture de 2 mines de diamant (Afrique et Canada), dont celle de Snap Lake (NWT). Une partie des employés de Snap Lake pourra se joindre à la mine de Gahcho Kué.

• BHP : Va réduire significativement son dividende (pour la première fois en 15 ans) suite à une perte financière de $5.67 milliard pour les six mois se terminant le 31 décembre 2015 (annoncée le 23 février 2016). Sa cote financière a été réduite de A+ à A (S&P). BHP souffre aussi de la chute de prix du pétrole et a aussi eu à éponger une charge financière de $858 million suite à l’incident au barrage Samarco – Brésil (projet en joint-venture avec Vale).

• Glencore (Xstrata) : Doit trouver une façon de gérer une dette de $30 milliard dans un marché dont le prix de vente des métaux est au plus bas. Glencore prévoit réduire sa dette de l’ordre de $10 milliard en raising equity, en vendant des actifs, en réduisant les coûts et en «faisant une pause» en ce qui concerne les dividendes. La cote boursière de Glencore a été réduite à A.

• Rio Tinto : Va mettre de côté le principe de dividendes «progressifs». Rio Tinto a annoncé une perte financière (avant taxes) de $726 million pour l’année se terminant le 31 décembre 2015. Les dépenses de type Capex (dépenses en capital) seront réduites de $3 milliard et les coûts d’opération doivent être réduits de $2 milliard d’ici 2 ans. Rio Tinto va continuer de «pousser» la production de minerai de fer malgré la chute des prix des commodités.

• Vale : A annoncé une perte financière de $8.57 milliard au Q4-2015, c’est la plus importante perte financière de son histoire. Elle veut abaisser la dette de l’entreprise de $25.23 milliard à $15 milliard d’ici les prochains 18 mois. Le président du conseil d’administration a été remplacé. L’entreprise «explore la vente d’actifs stratégiques». Vale a dû absorber un «write-down» de $182 million suite à la rupture de la digue du barrage Samarco en novembre 2015. Malgré tout, Vale demeure une entreprise minière compétitive, pouvant produire du minerai de fer à un coût de $11.9 par tonne (sans inclure les redevances).

Si l’industrie minière connaît des cycles de ralentissement et de reprises depuis plusieurs décennies, la conjoncture actuelle est suffisamment inquiétante pour que l’agence de notation Moody’s prévoit un changement fondamental dans les opérations du secteur minier.

L’une des explications du contexte actuel se trouve notamment dans la baisse de la demande de la Chine en métaux précieux, en minerai de fer et en charbon. Le ralentissement de la croissance chinoise a un impact significatif sur l’industrie car la consommation chinoise représentait environ 50 % de la demande mondiale en métaux.

Gisèle Belem
Analyste en environnement-Mines

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