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L’Italie, nouvel homme malade des marchés

L’Italie, nouvel homme malade des marchés

La Bourse italienne chute depuis le début de l’année. Les taux flambent. Le risque politique s’ajoute à une économie fragile.

C’est la plus mauvaise performance des Bourses mondiales (en monnaie locale, avec celle de Lusaka). Malgré le rebond de ces derniers jours, la Bourse de Milan perd 23,9 % depuis le début de l’année. Loin, très loin du Stoxx Europe 600 pourtant guère vaillant (-7 %). On trouve 6 valeurs italiennes dans le palmarès des 10 plus fortes baisses de cet indice paneuropéen. Si les banques trustent les mauvaises places, la fine fleur de l’industrie italienne n’est pas épargnée, comme Saipem (-57 %), Leonardo-Finmeccanica (-7 %), Fiat (-17 %), Luxottica (-18 %), Mediaset (-40 %) ou Telecom Italia (-42 %). Le tableau n’est guère plus reluisant sur le marché obligataire italien. Les taux s’enflamment depuis quelques semaines. A 2,067 %, le taux à 10 ans est au plus haut depuis juillet 2015. L’écart s’est creusé avec l’Espagne (à 1,60 %), mais, surtout, avec le Bund allemand. Il est passé de 100 points de base en janvier à 180 points. De quoi faire de l’Italie la mal-aimée des marchés européens.

Pourquoi ? D’abord, du fait des banques, parmi les plus fragiles de la zone euro. Un secteur sous-capitalisé par rapport au montant des créances douteuses, dans un pays où le taux de défaut est plus élevé que la moyenne. Ensuite, l’économie italienne est à la traîne de l’Europe.

Un baril de poudre

Le pays est endetté (133 % du PIB), surtout auprès de ses banques et de ses ménages, l’inflation ne remonte pas et le chômage stagne à 11,7 %. « L’Italie souffre, malgré la réforme du marché du travail, d’une perte de compétitivité et de parts de marché, de sous-investissement et de faible compétence de la population active », détaille Natixis, qui insiste sur le besoin de poursuivre les réformes. « La situation s’assombrit, les perspectives économiques se détériorent », ajoute Bank of America-Merrill Lynch. L’Institut national des statistiques ne table plus que sur une croissance de 0,8 % cette année et de 0,9 % en 2017, nettement en dessous de la moyenne de la zone euro. La consommation ralentit alors que la faiblesse des investissements reste l’un des points noirs du pays.

« Par bien des aspects, l’Italie ressemble à un baril de poudre » , avertit Bruno Cavalier chez Oddo Securities. Avec un risque politique qui pourrait allumer la mèche. Le 4 décembre, les Italiens s’exprimeront sur le référendum constitutionnel, dont l’objectif premier est de mettre fin à l’instabilité politique qui a longtemps miné l’Italie. Mais le scrutin est en train de se transformer en question de confiance sur la politique de Matteo Renzi, qui a réitéré, vendredi, son intention de démissionner en cas d’échec. Or le « non », favori des sondages, pourrait « ouvrir la porte à une période d’instabilité et le marché pourrait miser sur la possibilité d’une sortie de l’Italie de l’Union européenne », s’alarme Western Asset.

« Amis italiens, c’est votre tour, faites-nous peur », interpelle Bruno Cavalier chez Oddo Securities. S’il ne croit pas à ce scénario d’une sortie de l’Italie de l’Union européenne, il estime que le « non » « risque de renchérir le coût de la dette, de geler l’agenda des réformes et de compromettre ou de différer les projets de recapitalisation de MPS, la troisième banque italienne ». Déjà, estime BofA ML, le risque politique « détourne les politiques de leur volonté, déjà affaiblie, de faire des réformes. La politique économique n’est plus une “top priorité” pour le gouvernement, ce que le projet de budget 2017 semble confirmer ». Ce que semble indiquer aussi la baisse conjointe des actions et des obligations italiennes.

P. Fay, Les Echos

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