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M. Pasquale Ferrara, ambassadeur d’Italie en Algérie : « Les contrats gaziers seront reconduits »

M. Pasquale Ferrara, ambassadeur d’Italie en Algérie : « Les contrats gaziers seront reconduits »

«Les contrats gaziers à long terme entre ENI et Sonatrach, qui prendront fin en 2019, seront renégociés. Il n’y a aucune raison pour que ce partenariat ne se poursuive pas.» Telle est l’annonce faite, en cette fin de semaine, par l’ambassadeur d’Italie en Algérie, M. Pasquale Ferrara, lors d’un entretien qu’il a accordé à un confrère quotidien arabophone.

S’étalant longuement sur l’«excellence» des relations qui prévalent entre les deux pays, le diplomate rappelle que l’Algérie et l’Italie sont liées, depuis 2003, par un traité d’amitié qui a constitué le véritable levier à la promotion des relations politiques et économiques. «Dès l’année 2007, nous avons vu le lancement de la grande commission mixte. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer la quatrième édition qui devrait se tenir ici à Alger, d’ici l’automne prochain», a-t-il précisé, faisant état également du dialogue stratégique sur les questions politiques et sécuritaires, qui est mené conjointement par notre ministre des Affaires étrangères, M. Abdelkader Messahel, et le sous-secrétaire d’État italien au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, M. Vincenzo Amindola.

Une coopération sécuritaire multiforme

Pour ce qui est de la coopération sécuritaire entre les deux pays, le diplomate la qualifiera également d’«excellente», notamment en matière d’échange d’informations, pour ce qui concerne, entre autres, «tout mouvement suspect signalé dans le Sahel et la région méditerranéenne».
Justement, en matière de coopération militaire entre les deux pays, M. Ferrara a rappelé qu’un accord de partenariat industriel et commercial a été conclu par le ministère de la Défense nationale avec le groupe italien Leonardo-Finmeccanica (SPA-Italie), pour la création d’une société commune dédiée à la production d’hélicoptères à Sétif. Il ne s’agit pas, précise l’ambassadeur, d’exportation à partir de l’Italie, mais de production d’une centaine d’hélicoptères qui serviront localement, notamment à la surveillance des frontières et du territoire. Le diplomate a également fait état de la conclusion d’un accord-cadre pour des activités périodiques communes et un protocole d’accord dans le domaine de la formation destinée aux forces armées.

«C’est ainsi, qu’à travers les capacités dont disposent les deux pays et leur bonnes relations politiques, nous voulons aller plus loin pour que la coopération multisectorielle se conforte davantage», a-t-il dit, ajoutant, qu’au-delà du plan bilatéral, l’Algérie et l’Italie «peuvent jouer un rôle dans le rapprochement entre les continents africain et européen». Illustrant ses propos, l’ambassadeur rappelle le fait que la société italienne ENI a tenu son conseil d’administration à Hassi Messaoud. Aussi, selon lui, l’intérêt d’ENI ne se limite pas aux secteurs pétrolier et gazier, mais s’étend également à l’énergie solaire, au secteur de la pétrochimie et à l’exploration pétrolière offshore sur la côte algérienne.

Affaire Saipem : « C’est la seule affaire de corruption après plusieurs décennies de coopération intense »

Évoquant, sans détour, l’affaire Saipem, M. Ferrara remet les pendules à l’heure en précisant que «c’est la seule affaire de corruption» qui a été enregistrée après plusieurs décennies de coopération intense, signalant qu’il ne veut pas en dire plus, pour ne pas interférer dans le travail de la justice. Néanmoins, celui-ci précise que l’affaire remonte à des années déjà, et que, depuis, tout le staff dirigeant a été changé en faveur de nouvelles compétences. «Mais nous attendons la décision de justice, parce qu’il y va de la réputation des entreprises italiennes qui activent à l’étranger», a-t-il dit, ajoutant : «Personnellement, j’estime que cette affaire n’a pas d’impact sur les activités des autres sociétés italiennes en Algérie.»
Justement, pour ce qui est de la coopération économique, le diplomate affirme que l’Algérie est un partenaire très important de l’Italie, signalant que son pays demeure le premier partenaire commercial de l’Algérie, avec des échanges estimés à plus de 9 milliards de dollars. «L’Algérie est notre premier exportateur, et nous sommes son troisième fournisseur. Notre partenariat traditionnel est dans le gaz, mais également dans les grands ouvrages et l’équipement industriel.»

L’ambassadeur dit également que son pays projette d’aller plus loin, en s’inscrivant dans le cadre de la nouvelle politique économique algérienne. «Nous comptons établir de nouveaux partenariats dans le domaine des énergies renouvelables, les industries alimentaires et le tourisme», a-t-il dit, affirmant être «confiant» quant à la poursuite de ce nouvel élan dans les relations bilatérales.

S’exprimant sur la place de l’Italie dans l’industrie automobile locale, il fait savoir qu’une délégation du constructeur Fiat- Chrysler est venue en Algérie pour identifier les secteurs qui peuvent établir un partenariat avec elle, ajoutant que l’Italie est aussi intéressée par le partenariat dans une entreprise dans la production de tracteurs à Boumerdès et une pour les camions à Bouira. «Aussi, vous ne pouvez pas dire que l’Italie est absente du marché algérien de l’automobile, qui est le deuxième marché le plus important du continent», a-t-il ajouté.

« Je suis admiratif du rôle de l’Algérie pour le rétablissement de la paix en Libye »

S’exprimant sur la situation en Libye, l’ambassadeur italien s’est dit admiratif du rôle tenu par l’Algérie, en particulier les étapes successives franchies par le ministre Messahel pour communiquer avec toutes les parties libyennes. «L’Italie partage avec l’Algérie le principe de base, selon lequel il n’y a pas de solution militaire, mais il y a une solution politique qui passe par le dialogue entre les parties libyennes, sous les bons offices des Nations unies. Il ne peut y avoir de solution imposée de l’extérieur», a-t-il dit, faisant l’aveu implicite qu’il y a eu des erreurs commises dans l’intervention de l’Otan en Libye, tout en estimant, toutefois, qu’«il ne sert à rien de revenir sur le passé».

L’autre dossier d’importance traité dans cet entretien, concerne le phénomène de l’immigration clandestine auquel fait face l’Italie. À ce propos, l’ambassadeur précise que l’immigration en provenance de notre pays est «infime» par rapport à celle venant d’autres pays. L’apport de l’axe Annaba-Sardaigne est «limité», puisqu’ils ne sont qu’un peu plus de 1.200 Algériens à être arrivés sur les côtes italiennes en 2016, «ce qui est infime comparé aux 180.000 migrants arrivés depuis la Libye», a-t-il indiqué, saluant par là, l’efficacité du travail des garde-côtes algériens dans la surveillance des eaux territoriales. Pour ce qui est de l’immigration légale, le diplomate indique que la communauté algérienne enregistrée en Italie, estimée à 28.000 personnes, est «bien intégrée».

L’immigration clandestine algérienne est « infime » par rapport à celle d’autres pays du sud de la Méditerranée

La question des visas a également été évoquée. M. Ferrara a signalé que la demande est en nette augmentation, et que pas moins de 30.000 demandes ont été traitées en 2016, contre ce même chiffre pour le 1er semestre 2017, ce qui a nécessité d’ouvrir des centres à Adrar et à Constantine. «Nous sommes actuellement le premier bureau consulaire italien en Afrique du Nord», a-t-il signalé, affirmant que les délais de traitement des dossiers ont été raccourcis à 5 jours, une fois regroupés. Enfin, le diplomate a tenu à faire état de sa satisfaction de voir la progression de l’enseignement de la langue italienne en Algérie, puisque celle-ci est la troisième langue enseignée dans le secondaire, ce qui représente quelque 11.000 élèves encadrés par 180 enseignants algériens. Ceci sans compter les 2.000 étudiants inscrits dans les modules de cette langue dans les facultés d’Alger, de Blida et d’Annaba.

Dernier point d’importance, celui relatif au fameux projet Galsi lancé depuis plus de dix années déjà. M. Ferrara réfute le fait que celui-ci soit gelé, lui préférant le terme de projet en «stand-by». «C’est un projet très important pour nos deux pays, mais la crise de 2008 est passés par là, et puis il y a eu plein d’événements, comme la baisse de la demande. Néanmoins, il y a bon espoir pour ce que celui-ci reprenne un jour», conclut-il.

Amel Zemouri
elmoudjahid

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